‹ Madame de Warens, et J.-J. RousseauChapitre 82 sur 139 · Archives départementales, série C · texte numérisé non relu

Archives départementales, série C

Gourtilles était donc malade. Avait-il été battu à son tour, ou craignait-il d'être enfermé dans ces cachots de Miolans au pied desquels il avait passé en se rendant en Tarentaise? Nous ne savons. Il ne perdit cependant pas courage. Il alla se recommander à l'archevêque de Moutiers, monseigneur Glaude-Humbert de Rolland, et écrivit à madame de Warens, la priant de faire intervenir quelqu'un auprès de Son Excellence le gouverneur.

Voici l'épître où il raconte sa mésaventure :

Vos bontés ordinaires pour moi se manifaisttes toujours je tacheray Madame d'en mériter la continuation, voicy don l'istoire en entier de mademoiselle Chaperon et de moy. Dimanche de l'année dernière entre onze et minuit Made Chaperon surpris sa fille avec moi et les deux serventes auprès du feu, elle fit retirer sa fille et ne me dit rien que le lendemain en rue ou elle me dit que javois désonoré sa maison et sa fille en y allant la nuit. Voicy ce que je luy répondit, que je netoit pas capable de désonhoré personne mais comme elle scavoit ce quil se passait entre sa fille et moj que si elle souhaitoit s'expliquer avec moj elle savoit ou je logeoit ou bien j'irois ché elle. Elle ne me repondit rien et des quelle fut chés elle elle fit ce quelle avoit fait la nuit elle bâtit sa fille et luy fit avouer devant plusieurs témoins cy létoit vrai quelle fut grosse de moy comme les servente l'avoit dit elle répondit quelle croyoit l'être et que si

elle ne létoit pas ce n'étoit pas sa faute ni lamiene. Les mêmes personnes mon demandé si laveu que mad,Ue Chaperon avoit fait étoit vray ou non il est vray quej'ay répondu que puisque elle Tavoit avoué à sa mère et à plusieurs autre que cela etoit et que j'étoits trop honnette homme pour m'en dédire et que maime j etoit près a reparer son honneur en lepousen. Sur cela que fait la mère elle a fait enfermé sa fille et a force de menace et de coup luy fon dire ce quil veule quoi quelle dise toujour quelle me veut pour son mary. Mr Enselme et plusieurs autre a qui je feray prêter serment pour dire la vérité de même que les domestiques puisque pendant mon absence à Montagny d'où je ne fait que descendre sur l'avis de M. Tiollier jugemaje de Moutier qu'il m'a communiqué la lètre que la mère a écrit à Son Excellence M. le gouverneur qui luy en renvoyé les informations et m'a dit quil ecriroit à Son Excellence M. le gouverneur ce qui suit quapres m'avoir fait apeller et ouï javois repondu que javois dit que madelle Chaperon etoit ou devoit être grosse de moy après cependant l'aveux quelle en avoit fait elle-même et que j 'etoit prêt a reparer son honneur en l'épousant. Voilà en deux mots le tout. Je vous prie madame d'en faire avertir Son Excellence par quelcun qui lui représente les choses telle quelle sont, voyé madame et très chère bienfaitrice ma situations et cela dimanche ou samedi car par le courier de lundy je ne manquerai pas de recevoir des ordres de Son Excellence la dessus qui pouroit bien ne mètre pas ten favorables par les envieux que j'ai ten ici que alieur qui cherche à me perdre. Pardon de l'embarat que je vous donne et taché madame de ménager votre chère santé a laquelle je minterese véritablement. Enfin je mest

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tout entre les mains de la divine providence et de la Sainte-Vierge.

J'ay l'honneur d'être avec un attachement des plus sincère et le plus profond respect, Madame, Votre très humble et très obl serviteur, De Courtille.

J'oubliais de vous dire que voyant comme madame Chaperon batoit sa fille je pris les mesures les plus convenables en avertissant monseigneur l'archevesque et le grand vicaire des choses telle quelles etoit afin qu'il n'ariva point de malheur a sa fille et que l'on me put rien imputer. Monlier ce 10e de janvier 1754.

Puis, un nouveau et fort long post-scriptum :

Je vient de recevoir un avis de Vidal par ce Courier quil me fait voir quil est de mes amis mais Made une recommandation de la part de S. E. M. le comte de Garbillon a Monseigr l'archevesque qui est son parent et en outre grand amy de M* le Jugemàge tout cela finirait par un mariage ou trompé je suis, mais surtout que Mr Porta ' aile en droiture à S. E. M. le Gouverneur parlé pour moy; je vous prie remercié Mr Daviet 2 pour moi de la leltre. j'aurai l'honneur de lui repondre par un autre courier ne le pouvant aujourd'hui, de même que Mr. Vidal et luy dire que ce nait pas de la flanelle qui me faut que cest de la peluche en laine blanche

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