CHAPITRE II
Naissance de Rousseau. — Sa famille. — Erreurs des Confessions à ce sujet. — François Rousseau ; sa fuite. — Lectures. — Querelles d'Isaac Rousseau avec le capitaine Gautier; sa condamnation; sa fuite. — Jean-Jacques chez le pasteur Lambercier; chez son oncle Bernard; chez le greffier Masseron. — Il devient apprenti du graveur Ducommun; brutalité du maître. — ■ Rousseau quitte son pays. — Visite à M. de Pontverre, curé de Confignon. — Court séjour à Annecy. — Il va à Turin à « l'hospice des catéchumènes »; il abjure le calvinisme. — Ses rapports avec l'abbé Gaime. — Le lever du soleil au Monte.
Jean-Jacques était né à Genève le 28 juin 1712, d'Isaac Rousseau et de Suzanne Bernard, qui s'étaient mariés le 2 juin 1704 et avaient eu un premier fils, François, né le 15 mars 1705. Le second enfant fut baptisé à l'église de Saint- Pierre le 4 juillet, Sa mère mourut de « fièvre continue » le 7 du même mois, à l'âge de trente-neuf ans. Elle avait été assez coquette vers ses vingt ans, et le Consistoire l'avait réprimandée en 1695 pour avoir permis à un
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« grand » de Genève, M. Vincent Sarrazin, marié, père de deux enfants, de lui rendre de fréquentes visites, et aussi pour s'être déguisée en paysanne, afin d'assister sans être reconnue aux farces et comédies que des opérateurs jouaient sur la place du Molard.
Quant à Isaac Rousseau, son fils a dit que c'était un homme de plaisir. Avant son mariage, il avait été maître à danser, et le 6 décembre 169i, il s'était associé avec David Moyret, de Genève, et Jean Clément, de Paris, pour enseigner la danse à Genève. Il suivit ensuite la profession de sa famille. Dans l'acte de décès de sa femme, il est qualifié de citoyen, marchand horloger '. II avait alors quarante ans.
Jean-Jacques eut toujours une grande vanité. Nous pensons que c'est à ce sentiment qu'il obéit lorsqu'il écrit, à plusieurs reprises, que son grand-père maternel était « ministre » du Saint-Évangile. En réalité, cette qualité appartenait à son grand-oncle ; le grand-père était horloger. Ce n'est pas la seule erreur que con-
1. Dufour-Vernes se refuse à croire qu'Isaac Rousseau ait obtenu la place d'horloger du sérail lorsqu'il se rendit à Constantinople peu après son mariage (Recherches sur Jean- Jacques Rousseau).
tiennent les premières pages des Confessions. L'écrivain y fait en quelques lignes un gracieux tableau du double mariage de son père avec Suzanne Bernard et de Gabriel Bernard avec Théodore Rousseau :
Celle-ci ne consentit à épouser le frère qu'à condition que son frère (le père de Jean-Jacques Rousseau) épouserait la sœur. L'amour arrangea tout, et les deux mariages se firent le même jour. 11 en naquit un enfant de part et d'autre au bout d'une année.
Tout cela est ainsi ordonné pour l'effet littéraire. Gabriel Bernard avait épousé mademoiselle Théodore Rousseau, cinq ans auparavant, à la fin de septembre 1699. Son premier-né vint au monde huit jours après le mariage. Le consistoire censura grièvement les époux, et les suspendit de la Sainte-Gène pour anticipation scandaleuse et parce que mademoiselle Rousseau s'estoit espousée arec (a couronne l.
Une tante prit soin de l'orphelin. C'était Suzanne ou Suzon Rousseau, qui devint plus tard madame Gonceru, et que Rousseau aima toujours. Elle n'eut pour l'enfant que des ten-