‹ Madame de Warens, et J.-J. RousseauChapitre 90 sur 139 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Visite de Rousseau et de Thérèse Le Vasseur à madame de Warens. — La baronne va les voir à Genève. — Orthographe de Thérèse. — La dernière bague. — Lettre de madame de Warens à Gauffecourt. — Elle veut rouvrir la fabrique de Chambéry fermée par ses associés. — M. Perrichon achète aux enchères publiques la part de madame de Warens dans la société des mines de Maurienne. — La baronne quitte Chambéry pour se fixer dans les environs de Genève. — Lettre de reproches et de supplications de Courtilles. — Mort de M. de Warens. — Madame de Warens à Evian. — M. Daviet de Foncenex intermédiaire entre la baronne et ses parents de Vaud. — Mort de Jacques de Coudrée, marquis d'Allinges. — Il ne fut pas l'amant de madame de Warens. — Erreur de la Revue britannique. — Lettre de Courtilles; détails sur la Société des charbons. — Fabre, maître fondeur, chez le baron d'Angeville. — Lettre de M. de Loys. — Madame de Warens achète une maison à Evian. — Supplique au roi pour obtenir la prolongation du délai de rachat de sa part de la Société des mines de fer. — On lui accorde un an ; puis encore six mois. — Elle demande l'autorisation de faire transporter sur la rivière d'Arve les charbons d'Araches. — Retour à Chambéry; elle engage la moitié de sa pension à ses créanciers — Instructions pour des sollicitations à Turin, afin d'obtenir des privilèges personnels.

Le 1er juin 1754, Rousseau partit pour Genève avec son ami Gauffecourt et Thérèse Le Vasseur1.

\. Thérèse Le Vasseur, née à Orléans en 1721, est morte en 1801 au Plessis-Belleville, près d'Ermenonville. Voici comme

Laissant Gauffecourt à Lyon, il vint à Ghambéry avec la gouverneuse pour revoir maman.

Je la revis... Dans quel état, mon Dieu! Quel avilissement! que lui restait-il de sa vertu première... Que mon cœur fut navré! Je ne vis plus pour elle d'autre ressource que de se dépayser. Je lui réitérai vainement et vainement les instances que je lui avais faites plusieurs fois de venir vivre avec moi qui voulais consacrer mes jours et ceux de Thérèse à rendre les siens heureux. Attachée à sa pension, dont cependant, quoique exactement payée, elle ne tirait rien depuis longtemps, elle ne m'écouta pas. Je lui fis encore quelque légère part de ma bourse, bien moins que je n'au-

échantillon de son orthographe et de son style une portion de la lettre qu'elle écrivit à Jean-Jacques le 23 juin 1762 :

Ceu merquedies a guateur Su matin ceu vintroies (juin mi ceu çan soismite edeu.

Mon cher ami que le goies que (je ves deureuceu voier deu voes nou telle (jeu vous a surre que mon 7ies pries neu tes nés plus arien deu dou leur deu neu jias vous voir e deunous ceuparer can pou voir vous dire tous mes santimans gvemonquer atovs (jour êtes pour vous e quies ne

changeraes <ja mes tan que dieu vous doneuraes des gour eamoiosics

geu neutien plues arien qua vous mon cher amies, (je sut avestous lamities e la reu cônes caceu posible e la tacheuman mon cher bonnamies votreu enble e bon amie,

THERESS LE VASSEUR.

(Traduction) : Mon rher ami, quelle joie j'ai eue de recevoir de vos chères nouvelles, je vous assure que mon esprit ne tenait plus à rien de douleur de ne pas vous voir et de nous séparer sans pouvoir vous dire tous mes sentiments : que mon cœur a toujours été pour vous et qu'il ne changera jamais, tant que Dieu vous donnera des jours et à moi aussi... Je ne tiens plus à rien qu'à vous, mon cher ami. Je suis avec toute l'amitié et la reconuaissance possibles, mon cher bon ami, votre humble et bonne amie,

Thérèse Le Vasseur.

(Jean-Jacques Rousseau; Ses amis et ses ennemis, p. 452.)

rais dû, bien moins que je n'aurais fait, si je n'eusse été parfaitement sûr qu'elle n'en profiterait pas d'un sou '.

Rousseau disposait bien facilement des»jours de Thérèse. Et vraiment, imagine-t-on madame de Warens vivant à Paris, en tiers avec Jean- Jacques et mademoiselle Le Vasseur ! Dès les premiers moments la mère de la gouverueuse serait bien vite arrivée pour lui faire quitter la place. Puis, Rousseau ne paraît pas s'être aperçu qu'en quittant la Savoie la baronne aurait fait banqueroute aux personnes qui lui avaient prêté de l'argent sur le gage de sa pension.

Après avoir achevé à Chambéry la dédicace de son Discours sur l'inégalité, Jean-Jacques partit pour Genève. Le 1er juillet, il est déjà, installé aux Eaux-Vives à la porte de la ville; vers le 10 octobre il est de retour à Paris 2. Avant son départ il reçut à Grange-Canal, la visite de madame de Warens qui faisait à cette époque un voyage en Chablais.

Elle manquait d'argent pour l'achever; je n'avais pas sur moi ce qu'il fallait pour cela; je le lui envoyai une heure après par Thérèse. Pauvre

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