‹ Madame de Warens et J.-J. RousseuaChapitre 113 sur 139 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La Société de Chambery de 1130 à 11*0. — Us Milliet, les Bellegardc, Mellarède, Costa, Menthon; François- Joseph de Coniié; M. Coccelli, le P. Caton; les docteurs Salomon et Grossi; mademoiselle PéronneLsrd;

— son cahier de musique, airs d'opéras et chansons.

— Les religieux. — Antoine Charbonnel. — Portrait

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il est essentiel à votre tranquillité, mon digne ami, que je m'entretienne avec vous sur les moyens que je crois capables de vous la procurer, ce qui ne peut s'effectuer par lettres; ainsi si votre séjour actuel vous est interdit, venez droit à Arenlhon accompagné de votre gouvernante, maïs avec la précaution, je vous le répète, de vous séparer de votre signalement pour l'habit, et j'oserai pour lors répondre que vous y serez ignoré aussi longtems que nous le jugerons à propos. Voilà, mon cher ami, la première ressource que vous ayez pour un azile sûr. Comptez que mon cœur ingénieux pour votre repos me suggérera, en vous parlant, des moyens de nature à vous procurer une retraite paisible; mais pour y parvenir, il faut, je vous le répèle, que nous jasions ensemble pour combiner nos arrangements. J'attends du tendre intérêt que mon cœur prend à votre félicité que vous m'instruirez, cher ami, du parti que vous prendrez; c'est un tribut que vous devez à ma constante amitié pour vous et à mon estime décidée. Adieu, ne vous laissez point effrayer par le grondement de la tempête, ni abattre par les idées horribles de l'injustice du plus grand nombre des mortels. La haine est indigne des belles âmes comme la vôtre, n'en ayons que pour le vice et pardonnons aux vicieux, ils sont formés comme nous de la main de notre créateur, ils sont nos frères, c'est là, cher ami, la réflexion fréquente que j'oppose si souvent au désir que j'aurais de l'anéantissement de l'injuste et du scélérat. Adieu de rechef, tranquillisez votre esprit et votre cœar cher ami, pour que votre santé n'en soit point altérée. Ne redoutez rien de Voltaire, il est trop mésestimé chez nous pour avoir le moindre petit crédit. Il n'en est pas de même de vos citoyens, leur richesse fait qu'on les ménage ainsi que les Anglois. Malgré cela le chevalier Wilkes ' a séjourné longtems à Turin et sans l'Envoyé d'Angleterre il y aurait fixé sa demeure.

Comté.

Voici le billet adressé au régisseur :

ChamMiy, ce 10 man 1701.

Je vous adresse, mon cher Ducimetière, un de mes amis qui a besoin pour sa santé de changer d'air.

Vous lui donnerez mon appartement et ma cuisine, ainsi que mon lit, et le cabinet de ma gouvernante pour la sienne. En un mot je vous le recommande comme un ami intime à moy. Vous luy remettrez de mon linge, de ma batterie de cuisine, eu un mot tout ce dont il pourra avoir besoin. Songez que les services que vous et votre fils luy rendrez me seront très agréables,

Adieu, je suis votre bon ami,

Conzié.

M. de Conzié n'avait sans doute pas pris de telles dispositions sans l'assentiment de Rousseau. Cependant celui-ci ne quitta Motiers qu'au commencement d'août. Il avait ressenti des atteintes de sciatique et se proposait d'aller prendre des douches à Aix. Après avoir suivi la route d'Yverdun et de Morges et traversé le lac en bateau, il arriva à Thonon le 5 ou le 6 août; mais là il fut obligé de rétrograder. Il en dit le motif à lord Keith dans sa lettre du 21 août 1764, datée de Motiers où il était de retour depuis le 18 :

Je m'étais donc mis en chemin pour Aix dans l'intention d'y prendre la douche et aussi d'y voir mes bons amis les Savoyards, le meilleur peuple,

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& mon avis, qui soit box la terre '. J'ai fait la route jusqu'à Morges pédestre ment à mon ordinaire, assez caressé partout. En traversant le lac et voyant de loin les clochers de Genève, je me suis surpris & soupirer aussi lâchement, que j'aurais fait jadis pour une perfide maltresse. Arrivé a Thonon, il a fallu rétrograder, malade et sous une pluie continuelle.

Il s'écoulera encore quelque temps avant que Rousseau puisse réaliser son désir de revenir en Savoie. L'hiver arrive, il se décide à le passer à Motiers. La lettre suivante de M. Conzié indique cependant qu'il a hâte de quitter cette résidence. La gracieuse épftre du gentilhomme et l'attrayante description qu'il y fait d'Aranthon sont bien de nature à presser sa détermination *.

i. Lettre CCCCLXXXVH. Voy. aussi lettres DI1I et DV. — Cette opinion de Jean-Jacques sur les Savoyards et spécialement sur les habitants de Cbambéry n'a pas varié. On la retrouve dans divers passages des Confusions, où, pourtant, il ne fait grâce à personne. Son affection pour la Savoie n'Était, du reste, que justice, car il y a vécu d'une vie tranquille et y a trouvé des amis simples, sincères et fidèles.

2. Cette lettre du 29 janvier 1165 est sans doute une réponse a la lettre que Rousseau envoyait à Cbambéry le U du même mots par l'intermédiaire de M. d'Ivernois. Voir la lettre DXL1I; voir aussi la lettre DLXIIl du 11 février 1765 à M. Dastier :

... J'ignore encore ce que je

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BT IBA5- JACQUES ROUSSEAU. 399

Chambéry, H » de 1756.

L'auteur des Lettres écrites de la montagne, malgré sou style nerveux et l'énergie de ses expressions, rendrait difficilement la tendre et délicieuse impression qu'a fait à mon cœur le projet que vous me communiquez, mon cher et respectable ami; ainsi jugez si je veux entreprendre de vous en donner la moindre idée. Il me suffit donc de vous dire et assurer que vous devez juger de mon cœur par le vôtre; il est digne sans me flatter de lui être associé, le commerce du monde ne lui ayant jamais pu donner d'atteintes perverses; mais venons en tout de suite à notre projet qui peut se réaliser aisément à ce que je pense, en s'y prenant à l'avance et avec certaines précautions que je vous communiquerai les premiers jours du mois d'août prochain, si vous voulez effectuer votre promesse de venir dans ma terre d'Arenthon, qui me rapproche de vous de deux journées, puisqu'elle est a trois lieues de Genève en remontant votre rivière '.

Je croirais donc ce village d'Arenthon convenir parfaitement à votre idée de retraite du tumulte du monde. 11 est éloigné de toutes grandes roules. Les paysans seuls des montagnes du Faucigny la pratiquent pour aller débiter leurs denrées a Genève. La situation est jolie, c'est un pays de plaine, assez éloigné des montagnes pour que le climat y soit tempéré et plus doux qu'en Chablay ; l'air y est aussi très sain, l'eau bonne, le blé excellent et les vins blancs salutaires. Le curé n'y est point cagot tant s'en faut, le paysan bon, il s'occupe de labourer la terre, d'en porter le produit deux fois par semaine au marché de Genève, d'où il rapporte volontiers tout ce dont on peut avoir besoin ; autre qu'on est & portée de tirer nombre d'articles pour la victuaille de deux petites villes voisines, l'une nommée La Roche, distante d'une lieue, et l'autre la Bonne- Ville d'une lieue et demie.

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