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WArve, qui se jette dans le Rhône, près de Genève

1,„,ny GOOglC

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J'ay dans ce village une honnête gentilhommière, un vaste et beau jardin, bien soigné et enrichi d'une quantité d'excellents fruits. A cent pas du jardin, un bouquet de bois de haute futée, que les rossignols habitent par prédilection ; nombre de promenades champêtres et solitaires sans inspirer ta tristesse; finalement un petit logement exposé au midi, visant sur un jardin séparé du mien : quoique petit, je le crois suffisant pour un philosophe avec sa gouvernante que vous n'oublierez pas s. v. p. d'amener avec vous, mon cher ami, pour que je puisse me reposer sur elle des soins nécessaires à votre santé. N'oubliez pas cet article. Voilà, mon cher Rousseau, ce que je vous offre et ce que je désire infiniment vous pouvoir convenir, après néanmoins que vous aurez vérifié sur les lieux mon exposé. Si vous y trouvez quelques obstacles; j'attends de mon cœur qu'il saura bien suggérer à mon imagination des ressources pour l'exécution de notre dessein, puisque vous me dites qu'il doit décider votre tranquillité et par conséquent le bonheur de votre vie qui m'intéresse si intimement. A ce propos je suis bien fâché que vous m'ayez désabusé sur l'état parfait de votre santé qu'on m'avoit donné pour sûr et dont j'étais si charmé.

Venez, mon cher ami, venez me voir a Arenthon avec votre gouvernante, j'y serai votre Esculape, et aurai la douceur en épanchant mon cœur dans le vôtre de vous prouver que je suis autant digne de l'amitié que vous me conservez, que vous l'êtes de la vénération et de l'estime des gens qui savent s'intéresser à l'avantage et à l'honneur de l'humanité. Vale et ilerum vale.

Coxzik.

Rousseau avait fait part de son projet au duc de Wirtemberg et c'est vraisemblablement à celui-ci que M. de Conzié écrivit le 15 mars cette lettre qui ne lui parvint peut-être jamais.

Rousseau, par l'intermédiaire de qui elle était envoyée, aura jugé à propos de la conserver, parce qu'il pensait que les ordres formels du roi de Prusse allaient assurer sa tranquillité... ou parce qu'il lui déplaisait de présenter le gentilhomme savoyard à l'Altesse allemande.

De Chnmhéry, te 15 min ITOj.

Monseigneur, J'étois déjà prévenu des nouvelles persécutions qu'on suscite à notre respectable ami, et des intrigues qu'on trame contre cet honnête homme en le faisant passer pour un criminel de lèze majesté envers sa patrie. Ses ennemis en ont écrit ici, ainsi qu'à Turin dans ce goût, Cependant je ne vois rien qui puisse l'empêcher de se retirer dans quelque province de ce duché, pourvu qu'il n'y vienne pas avec son habillement singulier pour nous, qui étant devenu son cachet reconnu de tous, le dénoncerait publiquement. J'ay écrit avant hier à un de mes amis en place dans notre cour pour sonder le terrain sur cet article sans rien avancer de plus, parce que dans nombre d'occasions notre ministère refuse ce qu'il veut lorsqu'on ne lui demande pas. Je serois doublement enchanté si ce digne ami voulait se retirer dans ma terre proche de Genève dans l'espoir flatteur qu'il pourrait vous y attirer par fois. Monseigneur, et par ce moyeu me procurer l'avantage de vous faire ma cour et la liberté en vous rendant mes hommages, de vous protester de vive voix les sentimens du respect distingué avec lequel j'ay l'honneur d'être, Monseigneur,

de Votre Altesse le très bumble et très obéissant serviteur,

Conzié.

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C'est aux ordres du grand Frédéric que fait allusion une nouvelle lettre de M. Gonzié à Jean-Jacques.

Vous voilà finalement, mon tendre et respectable ami, à l'abri de vos injustes persécuteurs et persécutions. Que vous devez être flatté de n'eu être redevable qu'aux lumières d'un monarque qui sachant priser le vertueux où qu'il soit, s'est Tait une loi de le protéger. Je vous avoue que dès longtcms j'admirois déjà délicieusement ce seul vray roy, mais qu'actuellement U est devenu cher à mon cœur puisqu'il vous a couvert de ses bonnes et brillantes ailes. Jouissez donc à Gogoz, mon cher Rousseau, de celte douce tranquillité qu'il veut vous procurer en vous adoptant pour son sujet. Ne vivez plus que pour vos vrais amis, vous n'en manquez pas de dignes de contenter votre cœur par les sentiments qu'ils ont pour vous, de vous faire oublier vos chagrins passés et d'adoucir même les douleurs de votre santé dérangée. Ne vous occupez plus que de ces doux et précieux avantages, seuls capables de vous Taire jouir de cette sage et voluptueuse tranquillité qui fait à si juste titre l'objet de vos désirs depuis si longtemps. Les miens les plus constants sont de vous savoir heureux. Je ne vous ai jamais soupçonné, mon cher Rousseau, susceptible de haine, je vous connois trop pour errer jusqu'à ce point; ce vice est trop vil pour le philosophe et d'ailleurs incompatible avec les senlimens des belles âmes. A ce propos, vous m'avez fait connaître un de ces mortels qui fait à son âge le plus d'honneur à l'humanité '. Si je n'étois retenu par un reste de vanité de ne savoir lui exprimer tous mes sentiments d'estime, je volerois à lui pour lui faire ma cour, ou pour parler plus vray, pour rendre hom-

t de Rousseau,

mage à ses vertus dont le prince d'Holstein que nous avons à demeure ici avec sa mère, m'a fait un précis; car je vous avoue que je ne connoissois ce prince vray philosophe que par l'almanach.

Si par hasard vous faisiez un voyage cet automne & Moirond, instruisez m'en, et je vous y irois joindre, présumant que le mérite de vous aimer, et celui d'être présenté par vous mon estimable ami, me seroit un litre suffisant pour être reçu avec bonté; ainsi ne manquez pas de me mander vos intentions sur cet article; je persiste toujours dans celle d'aller ce mois d'août a Arenthon, d'où je vais chasser les premiers jours de septembre dans une terre de mon neveu à deux lieues de Thonon, durant quinze jours. Si à peu près dans ce tems vous alliez voir votre duc, je m'y rendrais avec un plaisir peu commun puisque j'y verrois et conaoitrois un grand sage, et y épancherais mon cœur dans celui d'un ancien ami et vertueux.

Adieu, j'attends ce doux moment impatiemment. Bien ne vous empêche de venir dans ma campagne près de Genève avec votre habillement, dès que vous n'y voudrez pas garder l'incognito. Enfin, arrangez- vous, je vous conjure, mon cher ami, pour que je vous voie dans le courant de cet automne, car vous devez vous rappeler que celle de Consxê est sur sa fin.

Lord Kcith était alors en Prusse, auprès de Frédéric; le 10 février 1765, il écrit à Rousseau : « Je persiste dans mon opinion que vous quittiez ce pays ». Le 27 mars il lui mande qu'il a écrit au comte Sartiranne, à ta cour de Turin, pour savoir s'il peut assurer au philosophe une retraite en Savoie. Il a écrit aussi à Venise d'où un de ses amis, membre du Con-

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seil des Dix, lui a répondu que les États de la République étaient ouverts à Rousseau :

Nous avons l'État de Venise, la Silesie, l'Angleterre peut-être la Savoie, et Mo tiers si vous voulez y rester. Prenez du temps; rien ne vous presse plus.

Puis le 11 mai, milord Maréchal écrit encore :

11 faut rayer de notre compte la Savoie; j'ai réponse de Turin; n'importe, nous ne sommes pas embarrassés d'avoir des retraites '.

Jean-Jacques n'abandonne pas sans peine son projet. Le 1" août 1765 il écrit à H. d'Ivernois :

J'ai grande envie de voir H. de Comté; niais, je ne compte pas pouvoir aller à sa terre pour cette année : j'ai regret aux plaisirs dont cela me prive ; mais il faut céder A la nécessité *.

Pourtant, M. de Conzié, qui est à Arenthon, le convie de nouveau à venir l'y rejoindre :

Quoique je sois ici depuis presque un mois, mon cher et respectable ami, je ne vous ai point fait part de mon arrivée, eu égard que j'ay voulu préalablement être délivré de ces embarras inséparables des devoirs de la

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