Correspondance (Œuvres complètes), U V, p. 274 et
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ET JEÀH-JACQUKS ROUSSEAU. 413
ennemis dont son esprit, déplus en plus égaré, grossissait le nombre et les attaques. Malgré ce trouble de son intelligence, il produisit encore des œuvres où le philosophe, le polémiste et le poète se retrouvent- Les Rêveries furent son dernier ouvrage. Elles sont divisées en dix promenades. Dans la troisième , il rappelle qu'il a toujours été chrétien ;
Enfant encore et livré à moi-même, alléché par des caresses, séduit par la vanité, leurré par l'espérance, forcé par la nécessité, je me fis catholique; mais je demeurai toujours chrétien ; et bientôt gagné par l'habitude mon cœur s'attacha sincèrement à ma nouvelle religion. Les instructions, les exemples de madame de Warens m'affermirent dans cet attachement.
Voilà donc le souvenir de la bonne maman qui revit. Puis viennent les Rameaux de 1778.
Cette date rappelle à son esprit l'arrivée à Annecy en 1728, et sa première entrevue avec madame de Warens; il compose sa dixième promenade :
Aujourd'hui, jour de Pâques fleuries, il y a précisément cinquante ans de ma première connaissance avec madame de Warens. Elle avait vingthuit ans alors étant née avec le siècle. Je n'en avais pas encore dix-sept, et mon tempérament naissant, mais que j'ignorais encore, donnait une
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nouvelle chaleur à un cœur naturel le meut plein de vie... Mon ame dont les organes n'avaient point développé tes plus précieuses facultés, n'avait encore aucune forme déterminée. Elle attendait, dans une sorte d'impatience, le moment qui devait la lui donner, et ce moment, accéléré par cette rencontre ne vint pourtant pas sitôt... Elle m'avait éloigné. Tout me rappelait & elle : il y fallut revenir. Ce retour fixa ma destinée et longtemps encore avant de la posséder, je ne vivais plus qu'en elle et pour elle. Ah I si j'avais suffi à son cœur comme elle suffisait au mien! quels paisibles et délicieux jours nous eussions coulés ensemble! Nous en avons passé de tels, mais qu'ils ont été courts et rapides, et quel destin les a suivis!... J'engageai maman à vivre a la campagne. Une maison isolée, au penchant d'un vallon fut notre asile; c'est là que, dans l'espace de quatre ou cinq ans, j'ai joui d'un siècle de vie et d'un bonheur pur et plein ', qui couvre de son charme tout ce que mon sort présent a d'affreux.... Tout mon temps était rempli par des soins affectueux ou par des occupations champêtres. Je ne désirais rien que la continuation d'un état si doux; ma seule crainte était qu'il ne durât pas longtemps et cette crainte née de la géae de notre situation n'était pas sans fondement... Je pensai qu'une provision de talents était la plus sûre ressource contre la misère et je résolus d'employer mes loisirs à me rendre en état, s'il était possible, de rendre un jour a la meilleures des femmes l'assistance que j'en avais reçue... »
La rêverie s'arrête brusquement. Rousseau