I. La Nouvelle Htlotse, partie V, lettre Vil
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plus simples et les grappes plus abondantes. Claire d'Orbe, c'est madame de Warens; le chasseur pourrait bien être M. de Conzië venant causer avec le voisin et la voisine. En effet Rousseau et le gentilhomme savoyard voisinèrent beaucoup.
Jean-Jacques passa probablement aux Cbarmettes tout l'hiver de 1738-1739. Il y était certainement installé dès le mois de mars 1739, car, le 3, il écrit à madame de Warens pour lui transmettre le brouillard d'un mémoire qu'il croit être son chef-d'œuvre :
Il est écrit avec les sentiments d'un homme que vous honorez du nom de Ûls... Au reste je souhaite plus que je n'espère de ce mémoire à moins que votre zèle et votre habileté ordinaire ne lui donnent un puissant véhicule... Je n'ai pas fait le rodomout hors de propos. Je me suis raisonnablement humanisé. Je sais bien que sans cela Petit aurait couru grand risque de mourir de faim... Le mémoire est tout dressé sur le plan que nous avons plus d'une fois digéré ensemble... Il y a ce maudit voyage à Besançon dont pour mon honneur j'ai jugé à propos de déguiser un peu le motif; voyage éternel et malencontreux... Quoi qu'il en soit, j'ai mis à cela un emplâtre... Si l'on vient me faire subir l'interrogatoire aux Charmetles, j'espère bien ne pas rester court... Depuis que vous êtes établie & la ville, ne vous
prend-il point fantaisie, ma chère maman, d'entreprendre un jour quelque petit voyage à la campagne ?. . .
Le travail dont Rousseau parle ici doit être le Mémoire au gouverneur de Savoie *. Il est vrai que, dans la pièce imprimée sous ce nom aux CEuvres de Rousseau, l'on ne trouve aucune allusion au voyage de Besançon; cela tient peut-être à ce que, en femme avisée, madame de Warens supprima ce qui avait trait à un événement qui, pour une cause restée inconnue, n'était pas à l'avantage de son protégé. Dans ce Mémoire, Rousseau parle de ses faibles talents, d'une maladie affreuse qui le défigure; il se dit près de la tombe et demande une pension. Il comptait peu d'ailleurs sur le succès et continuait ses démarches auprès de l'abbé Arnaud.
M. de Conzié a fait du Rousseau de cette époque un portrait qu'il convient de rappeler ici :
' Jean-Jacques me voyait journellement. Son goût décidé pour la lecture faisait que madame de
1. Œuvre* complètes, I. X, Mélangea, p. 3. On a placé parfois le Mémoire h l'année 1131, tuais il esl évident qu'il est postérieur à 1138, puisque Rousseau y parle de la maladie mortelle de M. de Ûonac qui ne mourut qu'en 113N.
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Warensle sollicitait vivement pour qu'il se livrât tout entier à l'étude de la médecine, ce à quoi il ne voulut jamais consentir. Comme je le voyais tous les jours et qu'il me parlait avec confiance, je ne pouvais douter de son goût décidé pour la solitude, et je puis dire un mépris inné pour les hommes, un penchant déterminé à blâmer leurs défauts, leurs faibles; il nourrissait en lui une défiance constante en leur probité. Ce fut dans cette maison de campagne qu'il commença à barbouiller du papier, soit en vers, soit en prose, sur différents sujets dont il me faisait lecture plutôt, je crois, comme à son voisin que pour se décider par mes lumières, en quoi il pensait très juste. Étant arrivé à Paris, il fit imprimer, pour son coup d'essai, une méthode qu'il avait forgée aux Charmettes, pour apprendre la musique en moins de trois mois '.
Les poésies auxquelles M. de Gonzié Tait allusion sont la petite Êpttre à Fanie, que Rousseau lui envoya avec un court billet, le 14 mars 1739' et le Verger des Charmettes '.
Cette dernière pièce, d'environ deux cent quarante vers assez médiocres, est certainement contemporaine du Mémoire au gouverneur i/e Savoie. La poésie essaye ici de compléter
I . Notice citée, dans les Mémoires de ta Société savoisienne ifhùtoire, t. I", p. 82.
î. Correspondance, lettre XVII. Elle est de 1739 et non de 1138. comme H. Miisset-Palay a cru pouvoir la dater. — fanie est le diminutif de Françoise. C'était peut-être le petit nom de madame de Warens.