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la prose; elle était sans doute destinée à être transmise à Charles-Emmanuel III en même temps que la demande de pension. Après avoir décrit sommairement la solitude qu'il habite, Jean-Jacques y énumère â plaisir ses lectures, ses études des poètes, des philosophes, des mathématiciens. S'il peut ainsi • goûter un repos innocent, c'est à la sage Warens, élève de Minerve, qu'il le doit ». Par cette transition il arrive à célébrer les vertus de sa bienfaitrice, à lui conseiller le dédain des envieux. C'est surtout pour dissiper les" fâcheuses impressions que certaines accusations auraient pu laisser dans l'esprit du roi qu'il s'écrie :
Qu'ils exhalent en vain leur colère impuissante. Leurs menaces pour vous n'ont rien qui m'épouvante. Ils voudraient d'un grand roi vous Aler les bienfaits; Hais de plus nobles soins illustrent ses projets : Leur basse jalousie et leur fureur injuste N'arriveront jamais jusqu'à son tronc auguste... C'est ainsi qu'un bon roi rend son empire aimable... Charles, ou reconnaît ton empire à ces traits... Ta main porte en tous lieux la joie et les bienfaits... Quel autre plus que toi pouvait être invincible Quand l'Europe t'a vu guidant tes étendards Seul entre tous ses rois briller au Champ de Mars?... Et vous sage Warens que ce héros protège, En vain la calomnie en secret vous assiège, Craignez peu ses effets, bravez son vain courroux; La vertu vous défend, et c'est assez pour vous...
Revenant sur lui-même il attribue à madame de Warens tout ce qu'il y a d'élevé et d'austère dans son âme :
Vertueuse Warens, c'est de vous que je tiens
Le vrai bonheur de l'homme et les solides biens...
Un passage mérite aussi d'être relevé, car il montre qu'à ce moment Rousseau était encore attaché au catholicisme, à moins qu'il n'y ait là qu'une flatterie à l'adresse du gouverneur et de la cour de Turin.
Il lit l'Histoire de Genève, de Spon, et dit :
Tantôt aussi de Spon parcourant les cahiers,
De ma patrie en pleurs je relis les dangers.
Genève, jadis sage, ô ma chère patrie !
Quel démon dans ton sein produit la frénésie?.,.
Transportés aujourd'hui d'une soudaine rage,
Aveugles citoyens, cherchez-vous l'esclavage?
Trop tôt peut-être, hélas! pourrei-vous le trouver...
Heureux si, reprenant la foi de vos uieux.
Vous n'oubliez jamais d'être libres comme eux!
Il rappelle enfin qu'il est malade, près de mourir :
Hais le mal dont mon corps se sent presque abattu N'est pour moi qu'un sujet d'affermir ma vertu.
C'est encore en 1739, vers la fin de l'année, ou dans le commencement de 1740, qu'il faut
placer la lettre X que M. Musset-Patay a datée de 1737, puisque Rousseau y offre à sou correspondant resté inconnu, deux ou trois exemplaires du Verger. On y voit qu'à cette époque l'on chantait encore chez madame de Warens, mais que l'orchestre manquait de violoncelle.
Maman ne pouvait chanter autant qu'elle l'aurait souhaité, à cause de ses infirmités continuelles : actuellement elle aune fièvre habituelle, des vomissements fréquents et une enflure dans les jambes qui s 'opiniâtre à ne nous rien présager de bon.
A cela s'ajoutaient les besoins d'argent, les dettes criardes. Pour les payer madame de Warens a recours a un expédient. Le 3 janvier 1739 elle cède à Charbonnel quatre annuités de la pension de cent cinquante livres que M. de Bernex lui avait léguée sur sa terre de Challonges, soit six cents livres qui, ajoutées aux deux cents livres que Charbonnel reconnaît lui devoir pour solde de compte entre eux, font huit cents livres. Charbonnel s'engage au moyen de cette cession à payer dans six mois trois cent soixante livres que la baronne doit à Richard, de Saint-Germain ', cent qua-
t. Sa int-f Germain .sur- Rhône, village prÈB de Chillongefl.
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raote à Claude-Louis Bonjean, marchand de Chambéry, et à se payer à lui-même deux cent quatre-vingt-douze livres « pour les marchandises fournies à madame de Warens par la maison Charbonnel et Chafarod, sauf à compléter si la note ne s'élève pas à ce chiffre ». L'acte est passé dans la maison Saint-Laurent, à Chambéry, en présence de Jean-Samuel de Wintzinried de Courtilte, habitant avec tadorne de Warens \
Voilà Wintzinried à peu près gentilhomme ! Il habite avec la baronne, et Jean-Jacques, malgré l'hiver, est relégué aux Charmeltes. Depuis le milieu de février il n'avait pas vu madame de Warens, lorsque, le 18 mars (1739), ii répond à un billet un peu dur qu'elle lui avait écrit le dimanche 15. par la lettre la plus affectueuse et la plus soumise qui se puisse concevoir :
...J'ai convenu sincèrement avec moi-même que puisque vous trouviez que j'avais tort, il fallait que je l'eusse effectivement; ainsi sans chercher à chicaner, j'ai fait mes excuses de bon cœur a mon frère (Wintzinried) et je vous fais de même ici les miennes très humbles... Vous m'avez fait dire