Confessions, fin du livre VI
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ET JEAK-JACQUKS ROUSSEAU. t9<i
M. Favre ', une lettre injurieuse pour madame de Warens. Rousseau, qui y était aussi pris à partie, à raison d'un habit crasseux et retourné dont ta dame lui avait fait don, répondit assez vivement. Sa lettre nous apprend que madame de Sourgel avait destinédes flambeaux d'argent à M. Perrin, vicaire de police, dont sa situation en Savoie lui rendait les services indispensables, mais que le magistrat refusa le cadeau. Il finît en attribuant à madame de Warens, qu'il appelle ici sa marraine, les sentiments élevés que grand nombre de personnes de mérite et de distinction lui reconnaissent :
J'ai l'honneur d'être le filleul de madame la baronne de Warens, qui a eu la bonté de m'élever et de m'inspirer des sentiments de droiture et de probité dignes d'elles.
Madame de Warens écrivit de son côté à M. Favre afin d'effacer l'impression défavo-
i. M. Miisset-Palav, trompé par l'identité du nom, a pensé qu'il s'agissait d'un oncle maternel de M. de Conzié avec qui madame de Sourgel désirait brouiller madame de Warens. Les premières lignes de la lettre de celle-ci & .11. Favre démontrent que c'était un avocat ou un procureur. Madame de Conzié n'avait d'ailleurs pas de frère, ou n'en avait plus. S'il en eol été autrement, elle n'aurait pas été propriétaire de la seigneurie elcomléden Channellts.
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196 MADAME DE WAREKS
rable que les malignes insinuations de madame de Sourgel auraient pu produire dans son esprit :
Je vous aurais écrit plutôt si j'avais été instruite de votre mérite, de ce que vous étiez véritablement et que je n'eusse pas été prévenue par eux que vous étiez leur homme d'affaires.
H. et madame de Sourgel ont paru dans un fort triste équipage, chargés de dettes, sans le sou; et comme j'ai fait une espèce de liaison avec la femme, qui venait quelquefois chez moi et à qui j'avais été assez heureuse pour rendre quelques services, ils se sont présentés à moi pour implorer mon secours, me priant de leur faire quelques avances qui pussent les mettre en état d'acquitter leurs dettes et de se rendre à Paris. N'ayant pas de l'argent comptant, je l'ai emprunté avec la peine qu'ils savent et & gros intérêts. — ... Je suis la seule personne qui ait daigné les regarder. J'ai sollicité pour eux, j'ai apaisé leurs créanciers,... j'ai assigné mes quartiers en trésorerie pour le paiement de leurs créanciers. Quant aux effets qu'ils ont laissés chez moi, je vous ferai quartier du catalogue. Les expressions magnifiques de madame de Sourgel ne leur donneront pas plus de valeur qu'ils n'en avaient quand elle délibéra si elle ne les abandonnerait pas avec son logement... A l'égard des présents, il serait à souhaiter pour madame de Sourgel qu'elle m'en eût offert de beaux; car n'étant pas accoutumée d'en recevoir de gens que je ne connais point et principalement de ceux qui ont besoin des miens et de moi-même, «lie aurait aujourd'hui le plaisir de les retrouver
avec tous ses meubles. Il est vrai qu'elle eut la politesse de me présenter une petite cave a tabac de noyer, doublée de plomb, laquelle me paraissait de très petite considération et fort chétive, je crus pouvoir et devoir même l'agréer sans conséquence; d'autant plus que ne faisant nul mage du tabac, on ne pouvait guère m'accuser d'avarice dans l'acceptation du présent. Elle est avec les meubles. Hais ce qu'elle a oublié, cette dame, c'est une petite croix de bois incrustée de nacre que j'ai mise au lieu le plus apparent de ma chambre, pour vérifier la prophétie de mademoiselle de Sourgel qui me dit, en me la présentant, que toutes les fois que j'y jetterais les yeux, je ne manquerais pas de dire : voilà ma croix...
Pour le collier de grenats, il est juste de le reprendre s'il n'accommode pas madame de Sourgel; elle aurait pu se servir d'expressions plus décentes à cet égard ; elle sait à merveille que je n'ai point cherché à lui en imposer; je lui ai vendu ce collier pour ce qu'il était et Bur le même pied qu'il m'a été vendu par une dame de mérite, laquelle je me garderai bien de régaler d'un compliment semblable à celui de madame de Sourgel.
Madame de Sourgel m'accuse d'avoir mal agi avec elle. Est-ce mal agir que d'attendre deux ans un argent prêté dans une telle condition... Ne lui ai-je pas écrit nombre de lettres pleines de cordialité et de politesses qui, lui peignant l'état des choses au naturel, auraient dû lui faire tirer l'argent des pierres, plutôt que de rester en arrière à cet égard '.
198 HADAHE DE WAHENS
Cette plaidoirie où madame de Warens déclare qu'elle n'use pas de tabac, mais avoue qu'elle fait un peu de brocantage, montre qu'elle avait la langue bien pendue à l'occasion. Elle a inspiré la lettre, Rousseau l'a écrite.
Si l'on n'est pas certain de la date de ces deux pièces, l'on sait du moins que Rousseau occupa les derniers mois de son séjour aux Gharmettes à composer sa méthode de notation de la musique par les chiffres. Lorsqu'il l'eut achevée, il crut sa fortune faite et s'en alla à Paris présenter son œuvre à l'Académie '.
Avant de partir il avait laissé à madame de Warens une prière dont on a cherché la date aussi.
Souveraine puissance de l'Univers, Être des êtres, sois-moi propice, jette sur moi un œil de commisération, vois mon cœur, il est pur, il est sans crime. Je mets toute ma confiance en ta boute sublime, tous mes soins à m'occuper de ton immensité, de ta grandeur, de ton éternité. J'attends sans crainte l'arrêt qui me séparera
1. Rousseau avait pu puiser l'idi'e de la méthode dans l'ouvrage d'un ecclésiastique savnyurd, l'abbé Démoli de la Sale, de Rumilly : Méthode de musique selon un nouveau, système tris court, très facile et tris sûr, dédiée à la reine de France et approuvée par l'Académie des sciences de Paris le 5 juin 1726 (in-8° de 332 pages. Paris, chez Pierre Simon, 1128). Celle méthode de M. De mol!, appliquée surtout aux cbanls d'Église, obtenait un certain succès précisément en 1141-1742. La méthode de Rousseau avait un précédent beaucoup plus direct encore dans celle du P. Souhait}* du siècle précède ni.
des humains. Prononce; termine ma vie et je suis prête à paraître aux marches de ton trône pour y recevoir la destinée que tu m'as promise en me donnant la vie, et que je veux mériter enfaisanllebien,en accomplissant ta loi1.
M. Musset-Patay croit cette Prière antérieure à 1735 parce que, « depuis lors toute espèce de prière dut être très négligée entre madame de Warens et son élève ». Il n'a pas pensé qu'à cette époque la sensibilité n'excluait pas la pureté du cœur. Cette pièce où respire un vague déisme doit être d'une époque où Rousseau n'avait encore aucune philosophie arrêtée, de 1739 ou de 1740 \
C'est à cette époque encore qu'il faut placer, croyons-nous, une autre pièce religieuse trouvée dans le résidu des matériaux employés pour la première édition des Œuvres de Rousseau* :
Dieu puissant, Père éternel, mon cœur s'élève en votre présence pour vous offrir les hommages et les adora-