Senebier, Hiitoire attirait* de Oentre, t. III, p
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El JEAN-JACQUES ROUSSEAU. 189
En effet, madame de Warens eut alors l'heureuse fortune de lui trouver une place honorable.
Par l'intermédiaire de ses amis M. et madame d'Eybens, de Grenoble, elle obtint pour lui le poste de précepteur des fils de M. de Mably, prévôt général du Lyonnais. Dans une lettre de mars ou d'avril 1740, qui sent encore un peu le pédant ', Rousseau remercie M. d'Eybens de son entremise et le prie de fixer lui-même ses appointements avec M. de Mably. Il accepte même d'être pour ainsi dire pris à l'essai : « Je n'ai point de répugnance à me laisser éprouver pendant quelque temps. >
Le jeune précepteur ne se rendit pas directement à Lyon; il passa par Grenoble pour remercier ses protecteurs et recevoir d'eux quelques conseils pratiques. Le 23 avril il va partir et l'annonce à madame de Warens dans une lettre qui, malheureusement,
i. Lettre XX. — • Madame de Warens' a bien voulu me pousser dari9 les belles connaissances, mais les principes dont je fais profession m'ont Tait souvent négliger la culture do l'esprit en faveur de celle du cœur, et j'ai bien plus ambitionné de penser juste que de savoir beaucoup, etc.. •
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ne nous est pas parvenue tout entière '.
Madame, ma très chère maman,
J'ai été obligé de séjourner à Grenoble un jour de plus que je n'espérais par le manque de voilures... H. de Mably ne me donnera que trois cent cinquante livres de fixe; les cinquante livres restantes seront par forme d'étrennes. Je pars demain pour Lyon en même temps que M. l'abbé pour Chambéry. On n'a point ouvert ma malle {allusion à la mésaventure de ta douane des /tousses)-., votre santé. J'en recommande instamment le soin à toute votre maison, et surtout à M. de Courtilles que je salue de tout mon cœur. Tâchez de la rétablir cette santé afin de donner b. votre fils un motif de zèle et d'encouragement plus efficace que toutes les vues du monde.
J'ai l'honneur d'être avec un profond respect et avec la plus tendre reconnaissance, madame, ma très chère maman, votre très humble et très obéissant serviteur et Dis.
Rousseau.
Nous connaissons ainsi Cappointement que Jean-Jacques reçut de M. de Mably qui, en se réservant de donner cinquante livres à titre
t. Ce fragment de lettre est reproduit d'après la brochure de M. Gustave Vallier : Un Billet inédit de Jean-Jacquet How- ■irau (Genève, 1883). M. Vallier t'avait tiré lai-meme du Coui~ rier français, n" du 3 mars 1837, où il faisait partie d'une réclame pour la vente d'autographes. Nous n'avons pu savoir ce que la lettre même est devenue.
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d'étrennes, semble avoir accepté l'offre de Rousaeau d'être pris à l'épreuve, et ne les aurait pas payées si les services du précepteur ne l'avaient pas contenté.
Le 1" mai, Rousseau est installé; il écrit de nouveau à madame de Warens. Cet empressement ne concorde pas bien avec ce qu'on Ht aux Confessions, qu'il l'avait quittée « sans laisser ni presque sentir le moindre regret d'une séparation dont auparavant la seule idée nous eût donné les angoisses de ta mort ». Après quelques détails sur M. de Mably et sur son petit élève, il la charge de ses très humbles respects pour les Révérends Pères Jésuites et la prie « de l'éclaircir sur ce qui lui est uniquement important, sa santé et la prospérité de ses affaires. Que font les Charmettes, les Kiki, et tout ce qui m'intéresse tant? » (lettre XXI.)
Hélas! la prospérité de madame de Warens n'était pas grande. En octobre suivant, elle fait porter par une dame Genevois un pot d'argent à Rousseau pour qu'il le vende et lui en transmette le prix. Elle en veut cinq louis; il le vend quatre et demi à madame de Mably et remet l'argent à madame Genevois « avec ce que sa misère lui permet d'y joindre ». II la
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remercie de lui avoir envoyé des livres et des chemises et la gronde d'avoir acheté la toile de celles-ci, au lieu d'avoir employé la bonne toile rousse des Charmettes, et d'y avoir mis des garnitures. Ainsi faites il les portera fort bien de jour. Il demande si les Pères Jésuites ont reçu deux paquets par M. Charbonnel et enfin envoie le bonjour à Zizi'.
M. Musset-Patay conclut de cette lettre que Rousseau venait au secours de sa bienfaitrice quand sa position le lui permettait. C'est vrai, croyons-nous; mais cette fois-ci, il ne fit que payer une partie du prix de la toile achetée.
Suivant son habitude, cet amoureux de toutes les femmes le devint de madame de Mably qui < ne prit pas garde à ses lorgneriez et à ses soupirs ». Son cœur passa alors, et très vivement (Confessions, livre VII), à mademoiselle Serre.
Rousseau se dégoûta vite de sa situation chez M. de Mably; après un an d'essai, il se déter-
1. OEuv<-eicomplit<!3,l.XXm,toilŒuvrtsinédUa,\<MnW. Il résulte de celle lettre que madame de Wurens cultivait le chanvre au* Charmetles. On le teillaii dani les soirées d'hiver (Confusion*, livre VI) «t ton en faisait ensuite de bonnes chemises de toile rousse pour Jean-Jacques.
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mina à quitter ses élèves '. En réalité, il avait la nostalgie de maman et des Charmettes. Bien que, l'année précédente, il se fût senti isolé dans cette maison dont auparavant il avait été l'âme, bien qu'il eût constaté que madame de Warens avait pris une manière d'être dont il ne faisait plus partie, il y revint au commencement de mai 1741.
Je pars, je vole... et je me retrouve a ses pieds. Ah! j'y serais mort de joie si j'avais retrouvé dans son accueil... dans sou coeur, le quart de ce que j'y retrouvais autrefois et que j'y reportais encore. Affreuse illusion des choses humaines ! Elle me reçut toujours avec son excellent cœur qui ne pouvait mourir qu'avec elle; mais je venais rechercher le passé qui n'était plus et qui ne pouvait renaître... Je me retrouvai dans la même situation désolante que j'avais été forcé de fuir et cela sans que je puisse dire qu'il y eût de la faute de personne ; car, au fond, Courtilles n'était pas mauvais et parut me revoir avec plus de plaisir que de chagrin... J'avais mis les choses dans sa maison sur le pied d'aller sans empirer {quelle illusion]); mais depuis moi tout était changé. Son économe était un dissipateur. Il voulait briller... il faisait
1. Dans un plan d'éducation qu'il aurait adressé à M. de Mably avant d'entrer a son service, l'on rencontre déjà plusieurs des idées que Jean-Jacques développera dans V Emile. Elles durent sans doute être l'objet de ses entretiens avec madame de Warens et les Révérends Pérès Jésuites. Il serait intéressant d'en rechercher les germes dans les traités de pédagogie de Y Ordre.
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des entreprises continuelles. La pension se mangeait d'avance, les quartiers en étaient engagés... Je prévoyais qu'elle ne tarderait pas d'être saisie et peut-être supprimée. Enfin je n'envisageais que ruine et désastre et le moment m'en semblait si proche que j'en sentais d'avance toutes les horreurs. Mon cher cabinet était ma seule distraction ' .
L'on suppose que c'est durant le dernier séjour de Rousseau aux Charmettes qu'il faut placer sa correspondance avec madame de Sourgel. Quelque deux ans auparavant, un certain aventurier du nom de Tnibol, qui se donnait pour imprimeur, était arrivé à Chambéry avec sa femme, son fils et sa fille. Ils se lièrent avec madame de Warens ; ce qui n'était pas difficile. A l'exemple de Wintzinried, ils prirent un nom ronflant : M. et madame de Sourgel. Malgré cela ils ne réussirent pas à Chambéry et furent obligés de s'en aller, les uns à Lyon, les autres à Paris. Madame de Warens emprunta une certaine somme pour leurs frais de voyage; ils lui laissèrent, en cadeau ou en gage, quelques objets mobiliers que madame de Sourgel réclama deux ans plus tard, en 1741, avec beaucoup d'aigreur. Elle écrivit à ce sujet a