Co n feu ion t, fin du livre VI
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monseigneur, par égard pour ma situation, ordonner en 1733 (en 1 734) qu'elle me fût payée exactement et si les conjonctures sont pareilles, mes besoins sont encore plus pressants aujourd'hui que chargée d'infirmités et qu'ayant choisi ma retraite dans une campagne où j'ai été contrainte de faire des réparations assez considérables suivant ma situation, peut m'incommoder beaucoup et me laisser sans aucun espoir de ressource la moindre suspension des bontés du roy. J'ose supplier très humblement Votre Excellence de vouloir me réitérer la même grâce aujourd'hui que mon zèle et ma respectueuse reconnaissance pour ses bontés ont acquis des forces qui peuvent me tenir lieu de quelque mérite '.
M. Perrero pense qu'elle n'obtint pas ce qu'elle demandait parce que les Espagnols envahirent presque immédiatement la Savoie. Il croit en conséquence pouvoir révoquer en doute l'assertion des Confessions (livre III) que madamedeWarens n'a jamais perdu sa pension.
L'écrivain turinais s'est trompé et Rousseau a raison. Tout au plus cette pension fut-elle suspendue pendant une partie de l'occupation espagnole de 1743 à 1749; mais la baronne fut
1. Parrero, Curioiilà, clc., toc. cit. L'inversion tout italienne de l'avant-dernière phrase « petit m'incommoder beaucoup la moindre suspension » indique ici l'intervention d'un fonctionnaire picmonlais dans la rédaction de la supplique.
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assez habile pour obtenir, à !a paix, le rappel des quartiers qu'elle n'avait pas touchés.
A la fin de 1741, M. d'Orraea put encore écrire au comte de Saint-Laurent de donner les ordres nécessaires pour que madame de Warens reçût plus exactement ses quartiers; il n'en fut plus de même l'année suivante, car, le 13 février 1742, M. de Saint-Laurent cessa d'être contrôleur général et devint premier secrétaire d'État pour les affaires extérieures.
Le 5 janvier 1742, Jean-Antoine Charbonnel, le marchand drapier, l'ami de madame de Warens et de Rousseau, mariait sa fille à Jacques Bazille ', confiseur du roi. Madame de Warens fut certainement conviée au mariage. Quel dommage que Jean-Jacques ne se soit pas alors trouvé à Chambéry! Il aurait assisté à la noce avec maman et les Confessions auraient compté une page charmante de plus. Nous aurions su peut-être quels étaient les bonbons préférés de la société et par quel chef-d'œuvre l'époux montra qu'il était digne
i. Peut-être un parent de M. Bazile de Turin qui, vers la Ma de 112$, trouva mauvais que le petit Rousseau fiU trop bien accueilli par sa femme.
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de ce titre de confiseur du roy qui s'étalait sur son enseigne. A défaut, nous devrons nous contenter d'indiquer le costume de la mariée. Mademoiselle Gharbonnel ' portait une robe rouge de gros de Tours; sur un tour de gorge à dentelles reluisaient un collier à sept tours de grenade et une croix de grenat montée sur or. Elle avait des bas de soie et des souliers de dame. Sa coiffe était ornée de dentelles. Madame de Warens et Wintzinried exploitaient alors la petite ferme des Charmettes. Ils y employaient, semble-t-H, un personnel de quatre personnes. Nous trouvons en effet dans
1. Par contrat de mariage du 5 janvier 1742, du notaire Pacoret, Jean ne -Marie Charbonnel reçut en dot mille livres; son mari lui fit augment de la moitié, suivant le droit et l'usage, et un cadeau de cinq cents livres. Son père lui constitua comme Irossel et f ordalies objets suivants :«Deux robes de gros de Tours avec leurs jupons, l'une rouge et l'autre de couleur canelle, une robe de moncayard verte (étoffe de laine) avec son jupon d'indienne, un collier h sept tours de grenade Une, une croix de grenu montée sur l'or, quatre douzaines de chemises garnies, dix tours de gorge A dentelles, deux autres unis; dix-huit mouchoirs de toile blanche, six draps de six aunes pièce, deux douzaines de serviettes fines d ta Venue avec six nappes, quatre paires souliers dames, six paires de bas de aoje, deux de floret, six paires de manches à deux rangs, six autres simples, quatorze coiffes de nuit garnies, quatre autres garnies de dentelles, six fichus mousseline, et c'est outre ses autres habits, linge* et effets quotidiens (Sur les trouelt, voir Fa. Muqkier, Troueseaux de mariées en Savoie aux xvi> et xvn* siècle*).
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un recensement d'août 1743 fait par les soins des syndics de Chambéry cette indication :
Madame la comtesse de Voirai), quiestconsigo.ee à lagrand'rue, a une grangerie aux Charme ttes où elle tient quatre domestiques parce qu'elle fait faire son bien à la main, un desquels la sert en ville.
Le serviteur de ville et de campagne serait-il Courtilles? C'est peu probable.
L'exploitation des CharmeLtes n'allait pas sans quelques difficultés. Dans les pays où la propriété est très divisée, on dit volontiers qui terre a, guerre a. Madame de Warens, qui savait tant de proverbes, ne tarda pas à vérifier l'exactitude de celui-ci. Ses voisins, maître Pierre Renaud et Jeanne La Rebattière, sa femme, lui suscitèrent divers embarras. Peut-être se repentaient-ils d'avoir renoncé à leur bail et espéraient-ils faire déguerpir la baronne afin de reprendre la ferme avec ses améliorations et sans bourse délier. En gens avisés, lorsqu'ils avaient eux-mêmes commis quelque avanie, ils criaient et se plaignaient. C'est du moins ce qu'affirme un mémoire que madame de Warens dirigea contre eux et qu'elle adressa le 17 juin 1742 à Son Excet-
tenee '; et Son Excellence c'était ou bien le premier président du sénat, M. Horace-Victor Sclarandi-Spada *, ou le gouverneur comte Piccon, tes seuls en Savoie qui eussent droit à ce titre.
Je vois avec beaucoup de regret, que H. Renaud continue a importuner Votre Excellence à mon sujet. J'avais résolu de garder un profond silence sur toutes ses injustices, mais puisqu'il se hâte de m'accuserde ses propres torts, je sens bien qu'au lieu de me plaindre il faut que je me justifie. Heureusement, monseigneur, j'ai une double défense et dans mon propre droit et dans votre générosité qui probablement n'hésiterait, même dans un cas douteux, de favoriser une femme étrangère et infirme contre les vexations d'un procureur acharné;... on sent d'abord de quel côté les préjugés doivent pencher. . .
Il y a deux ans que la famille Renaud exerce la maraude sur mon bien, je l'ai laissé faire... sachant qu'il faut passer quelque chose en faveur du
t. Noua publions le mémoire (dans ses parties principales) d'après une copie assez récente existant aux Archives départementale* de la Savoie. Cest, par ordre chronologique, l'une des premières pièces d'un dossier connu depuis longtemps et souTent feuilleté, qui nous parait avoir fait partie des papiers trouvés à la mort de madame de Warens dans sou pauvre logis de Nexin. 11 contient des brouillons de lettres écrits par la baronne, diverses lettres reçues par elle, etc. Nous les reproduirons, intégralement ou par extrait, suivant leur importance.
2. Nommé le 23 novembre 1739 en remplacement du comte de Saint-Georges.
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métier ■ ; je me flattais que satisfait de ma complaisance il se contenterait d'une honnête contribution... Hais il prit la peine de conduire des chasseurs dans mes bleds encore en fleurs... Ayant trouvé sa servante et ses enfants occupés & faire des fascines sur mon fonds, je les laissai tranquilles. Madame son épouse jura que nous avions très bien fait et qu'autrement elle serait venue étrangler mes gens jusque dans ma maison. Par un travers incroyable cette dame excite les autres & me dépouiller.
Des chicanes plus graves ont succédé. L'absence de H. Noeray a paru un temps favorable pour faire de nouvelles entreprises... H. Henaud a fait boucher avec des pieux un passage conduisant à l'abreuvoir. Je ne crus pas qu'il me fût. permis de laisser abolir une servitude que j'avais trouvée établie et dont M. Renaud s'était prévalu contre moi lorsque j'étais chez madame Revil et lut chez M. Noeray. Je dis donc à H. Renaud que Votre Excellence ne souffrirait pas qu'on fit ce tort a un officier pendant que Bon devoir l'appelait au service de Sa Majesté. M. Renaud me répondît gravement que ce qu'il avait commencé il le finissait toujours... Votre Excellence jugea à propos pour le bien de la paix de consentir que le bassin restât comblé et que mes bestiaux au lieu d'aller abreuver au verger comme auparavant, allassent désormais au
1. Ces épi grammes contre un procureur au sénat nous donnent presque la certitude que le mémoire était adreué noo h un magistrat, mais au gouverneur, h qui elles pouvaient plaire. A coop sûr, le destinataire n'était pas le comte de Saint-Laurent qui habitait Turin et n'avait aucune juridiction sur maître Renaud.
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chemin, sous diverses conditions néanmoins, qui furent fixées par elle avec ordre à M. Renaud de les remplir dans l'espace d'un mois et défense expresse de ne rien innover d'ailleurs. Qu'est-ii arrive! M. Renaud selon sa coutume a fait ce qui lui était défendu et n'a rien fait de ce qui lui était ordonné. Il a continué à abreuver ses bestiaux dans son verger et d'y faire laver sa lessive et moi je suis réduite a cause de l'incommodité du pieu et de la malpropreté de l'eau d'envoyer abreuver mes bêtes ailleurs.
Madame de Warens reproche ensuite à Renaud d'avoir bouché les petits chemins communs, en y plantant des piquets pour former des passoirt. Elle les fit arracher, craignant que M. Renaud ne finit <• par l'investir dans sa propre maison ».
Puis, faisant allusion à son intendant Wîntzinried :
Je ne puis pas tout voir par moi-même, j'ai besoin de quelqu'un pour y suppléer; c'est ce qui lui fait de la peine et il n'est pas difficile à Votre Excellence de trouver ici l'application de la fable du loup qui voulait faire la paix avec les agneaux à condition qu'ils se déferaient de leurs chiens '.