‹ Madame de Warens et J.-J. RousseuaChapitre 56 sur 139 · La Fontaine, Hv. III, fable xui · texte numérisé non relu

La Fontaine, Hv. III, fable xui

Ils (fer lonpi) kmh prennent la temps que dus lu bergerie

Messieurs les hérite» n'étaient pas.

Étranglent U moitié des agneaux loi plus gras.

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ET JEÀK-JÀCQUF.S ROUSSEAU. 213

Je ne souffre chez moi que d'honnêtes gens dont la conduite est irréprochable, qu'on ne peut taxer de trop de zèle pour mes intérêts et qui, enfin, ne voudraient faire nulle comparaison de procédé à ceux qui les accusent.

Pour juger du caractère de H. Renaud H suffirait de faire un détail de la manœuvre qu'il a pratiquée en me remettant ce bien et de l'état où je l'ai trouvé. Aujourd'hui qu'il voit les soins que j'y ai pris et les bénédictions que la Providence répand sur mon travail, il s'est proposé de me le faire abandonner à force de chicanes, afin d'en profiter lui-même; car voilà le vrai mobile de tout, et c'est en effet & quoi il faudra bien qu'il réussisse à la fin, en continuant de ce train-la; car moi je n'y peux plus tenir et j'ai bien peine à croire qu'après moi il se trouve personne d'assez hardi pour se mettre a portée d'un si redoutable voisin... Je ne lui demande rien sinon qu'il ne se plaigne pas quand il me fait du tort. Je ne suis pas assez ridicule pour prétendre qu'il soit coulant et qu'il agisse comme un autre homme; je sais quels sont les droits de sa profession; mais je souhaiterais du moins qu'il voulût se résoudre & ne me faire que le mal qui peut lui rapporter du profit. Votre Excellence a bien voulu se charger des intérêts de M. Noeray, et je la supplie aussi de disposer absolument des miens... Toutes les fois qu'elle daignera décider.... sur ce qui me regarde, elle éprouvera en moi une obéissance et une docilité bien éloignées du Génie dont on a osé m'accuser auprès d'elle.

M. Renaud affirmait sans doute que sa voisine était entreprenante et brouillonne. L'in-

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tervention du gouverneur mit fin vraisemblablement à leurs querelles, car madame de Warens continua à jouir des Charmettes et nous n'avons pas rencontré de traces de procès entre elle et le procureur.

En 1742 éclata la guerre de la Succession d'Autriche. Charles-Emmanuel III prit parti pour Marie-Thérèse. Sans se déclarer d'abord, la France laissa les Espagnols passer sur son territoire d'où ils pénétrèrent en Savoie le 2 septembre. Vers la fin du mois ils occupèrent Chambéry que le gouverneur et les troupes piémontaises avaient abandonné. En octobre, un retour offensif du roi leur fit quitter la ville, mais ils la reprirent le 24 décembre. Charles-Emmanuel repassa les Alpes, et, le 5 janvier 1743, l'infant don Philippe1 prit possession du pays. Il établit sa petite cour à Chambéry, s'y fit construire un théâtre, où il appela des acteurs de la Comédie française \ et donna des fêtes fort suivies par la société. Nous ne pensons pas que madame de Warens y ait été admise. Ses infirmités l'auraient

1. Second Ole du roi d'Espagne Philippe V, el d'Elisabeth de Parme, maria depuis quatre ans, à la aile aînée de Louis XV.

S. Fr. Huftnior, le Théâtre en Savait, p. 59 et s. ; S8ï, Î8S.

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empêchée d'y prendre grand plaisir, et sa pauvreté ne lui aurait pas permis d'y faire bonne figure. Elle devait supposer d'ailleurs que l'occupation ne serait pas bien longue et craindre de perdre sa pension, si on la voyait dans les salons ou seulement dans l'antichambre du prince espagnol.

Pendant ce temps, Rousseau, qui n'avait pas su, dit-il, tirer parti de sa Méthode de musique, était allé à Venise remplir les fonctions de secrétaire deM.deMontaigu, ambassadeur deFrance.

A Lyon, j'aurais bien voulu prendre la route du mont Cenis, pour voir en passant ma pauvre maman, mais je descendis le Rhône et fus m'embarquer à Toulon, tant h cause de la guerre que par raison d'économie.

Rousseau semble ici avoir manqué de mémoire. Il poussa bien jusqu'à Chambéry car, lorsqu'il s'agit de régler ses honoraires avec M. de Montaigu, il porta sur sa note les frais de ce petit voyage. On lit, en effet, dans une lettre qu'après la brouille, M. de Montaigu écrivit à l'abbé Alary, de l'Académie française, l'un des protecteurs de Jean-Jacques :

Je lui dis (à Rousseau) qu'il avait toutes les qualités d'un fort mauvais valet et que je traiterais le

compte qu'il m'avait donné de son voyage sur ce pied-là; que les cinq jours qu'il disait avoir demeuré à Marseille pour attendre la felouque qui le porta & Gènes lui seraient payés, mais point les autres, ni son voyage de Ckambéry, ni les seize livres pour venir de Padoue ici, puisqu'il y serait venu fort décemment pour deux livres '.

En tout cas, on voit par sa correspondance que Rousseau n'avait oublié à Venise ni madame de Warens ni ses autres amis de Savoie. Le 21 septembre 1743 * il écrit à M. de Conzié, et, suivant une manie invétérée déjà, il annonce sa mort prochaine :

Je compte pour rien les infirmités qui me rendent mourant au prix de la douleur de n'avoir aucune nouvelle de madame de Warens quoique je lui aie écrit depuis que je suis ici par une infinité de voies différentes. Vous connaissez les liens de reconnaissance et d'amour filial qui m'attachent à elle, jugez du regret que j'aurais à mourir sans recevoir de ses nouvelles... Ne me déguisez rien, monsieur, je m'attends & tout, je souffre déjà tous les maux que je peux prévoir, et la pire de toutes les nouvelles pour moi, c'est de n'en recevoir aucune... J'ai appris que votre aimable marquise s'est remariée il y a quelque temps. Adieu, monsieur, puisqu'il faut mourir tout de bon, c'est à présent qu'il faut être philosophe. Je vous dirai une autre fois quel est le genre de philosophie que je pratique.

Ce genre, si l'on en croit les Confessions, n'avait rien d'austère, et pour un mourant, Jean-Jacques se portait assez bien.

Le 5 octobre suivant, il écrit à madame de Warens :

Quoi, bonne maman, il y a mille ans que je soupire sans recevoir de vos nouvelles, et vous souffrez que je reçoive des lettres de Chambéri qui ne soient pas de vous! ... Cependant les lettres dussent-elles voler par l'air, il faut que les miennes vous parviennent, et surtout que je reçoive des vôtres sans quoi je suis tout à fait mort... J'écris aujourd'hui à M. de Lautrec exprès pour lui parler de vous. Adieu derechef, très chère maman, je me porte bien et vous aime plus que jamais. Permettez que je fasse mille amitiés à tous vos amis, sans oublier Zizi et Taleralatalera et tous mes oncles.

Si vous m'écrivez par Genève, en recommandant votre lettre à quelqu'un, l'adresse sera simplement a H. Rousseau secrétaire d'ambassade de France à Venise... 0 mille fois chère maman, il me semble déjà qu'il y a un siècle que je ne vous ai vue! en vérité je ne puis vivre loin de vous '.

Qui sont ces divers amis aux noms de fan-

Taieralatalera, c'est sans doute le bruyant Courtilles ; les oncles sont l'abbé Léonard, l'abbé Giloz dont il est question assez souvent, et les

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