A PARIS
La pauvre femme se retourna alors vere la cour de Turin. Le 4 mars elle écrit à M. de Robilant, et demande sa protection...
... J'espère que H. Valin aura eu la bonté de vous parler de moi...
1. D'après l'original qui noua a été communiqué par H. HeLiger. Madame de Warens donne à Rousseau le litre de secrétaire d'ambassade par celte manie de genlilhommiter dont on était possédé a cette époque. Le titre d'homme de lettres n'avait pas encore été adopté. — Le texte de l'Imitation auquel paraît se rapporter la prétendue citation de madame de Warens est celui-ci : • Ne comptez point sur vos amis ni sur vos proches,... car les hommes vous oublieront plus vite que vous ne pensez • (Livre I, eh. mu, 5, trad. de l'abbé de Lnmennais),
1,„,ny GOOglC
308 MADAME DK WAREHS
Le même jour, à M. de Carolis :
Pour l'amour de Dieu, monsieur, ayez pitié de moi; je suis sans pain cl sans crédit par la malice de ceux qui cherchent & me détruire; que votre charité me procure un secours de Sa Majesté et que sa protection daigne me faire sentir les effets de ses grâces... (Elle énumère ses découvertes, ses fabriques, etc.). Faudra-t-il après cela que mes adversaires me fassent mourir de misère et serai-je privée de la juste récompense de mes travaux par surprise ou longueur des procédures, manque de force ou d'appui pour me défendre?... Votre bon cœur et les grandes vertus que vous pratiquez chaque jour me font espérer que vous accorderez vos soins charitables à une pauvre femme étrangère qui n'a rien & se reprocher dans sa conduite que d'avoir agi avec trop d'honneur et de franchise...
Monsieur, au cas où vous jugerez que Sa Majesté ne m'accorde pas un don gratuit, implorez au moins je vous prie la clémence du roi pour que sa charité daigne permettre que la Trésorerie me fasse une avance de cent louis ce qui pourvoira aux besoins de pain quotidien pendant que ma pension est engagée pour une année à mes créanciers et cela me donnera en même temps des forces pour soutenir avec honneur la suite de mes opérations et de mes travaux.
Quatre jours après elle écrit M. de Saint-Laurent et à M. de Gregori, contrôleur général des finances. C'est la môme demande d'une avance de cent louis. Elle vante d'abord sa réussite
dans la découverte des mines, sa fabrique de poterie, ses charbons de terre et de pierre.
J'ai fait à mes frais toutes les premières avances; il n'est pas surprenant que je me trouve aujourd'hui dans un si pressant besoin '...
Entre temps, le 3 mars, elle est marraine, avec Wîntzinrîed pour parrain, de la fille de M. Cagnon, son notaire ordinaire à cette époque. L'enfant reçoit tous ses prénoms '.
Le jour même du baptême de sa fille, M. Cagnon était au Reclus chez madame de Warens, et y donnait acte à Mathieu Cash de ce qu'il révoquait le procuration générale qu'il avait passée en 1752 à ta baronne. Celle-ci acquiesçait et promettait de ne jamais plus s'en prévaloir \
t. Les lettres à MM. de Carolis, de Itobilanl et de Gregori sont tirées d'une copie du xviii* siècle aui Archioesdiparlementâtes.
2. Le 3 mars 1154 s Été baptisée Fra nçoi se -Louise- Éléonore Cagnon, fille de Claude-François Cagnon notaire; parrain : noble Jean-Samuel WinUinried de Courtilles, catholique romain : marraine, madame Francoise-Louise-Éléonore de La Tour, épouse du seigneur baron de Voiran, catholique romaine; représentés par noble François Davied seigneur de Foncenex et dame Prospère de M en thon, veuve du seigneur de Marcley [Registre paroitiiai de Saint-Léger).
3. Le li mars 1758 le sieur Jean Cash.deLancastre, fondeur et anlneur aux Fourneaux (prés Modane) achète une maison à Chambéry au faubourg Montmélian à coté de celle de Claude Vidal.
1,„,ny GOOglC
310 MADAME DE WABEHS
Le S mars, c'est une nouvelle défection. Jean-Charles Perrin se retire officiellement de l'entreprise contractée avec madame de Warens, de Courtilles et Reveyron pour l'exploitation des charbons de terre. Le notaire Cagnon rappelle les différentes phases de l'affaire : le désistement de Reveyron, l'entrée des Bérard et de La Corbière dans la Société, etc. M. Perrin cède son cinquième à ia baronne moyennant l'engagement qu'elle prend . de lui rembourser dans un an la somme de mille livres qu'il avait versée à la caisse. L'engagement de madame de Warens est cautionné par François de Foncenex '.
Ayant ainsi repris ta prépondérance dans l'association des charbons, madame de Warens écrit au contremaître de l'exploitation du Bourget en Ullie :
J'ai l'honneur de vous donner avis que M. Perrin Langlay {l'anglais) s'étant départi, par contrat, de sa part dans la Compagnie des charbonnières, je me trouve dans le cas d'être chargée de nos affaires pour vos travaux des Hullies et du Bourget * comme étant la seule a la portée de cette
1. Actes du notaire Cagnon, au Tabellion. 3. Ou» la vallée de la Rochette, a SS kilomètres sud environ de Chambéry-
1,„,ny GOOglC
partie, les autres associés de Genève (les Bérard) et de Tarentaise ( Wintùnried) étant trop éloignés. Ainsi je vous prie, monsieur, de vouloir agir en bonne intelligence avec moi, suivant la coutume allemande et de prendre la peine de faire pour tout le charbon qui est dans les fosses que je viens de vendre au sieur Joseph Tournier ; il m'en offre un douzen (12 m/i?) le quintal pour l'avenir. Je lui ai fait un rabais pour celui qu'on a tiré & cause qu'il est encore un peu mêlé de cervelle; il vous en pavera dis sols le quintal.
Elle le prie ensuite de prendre soin des outils et de venir conférer avec elle avant de reprendre les travaux au printemps '.
Le même jour, la baronne et Cash, l'une dope, l'autre dupeur probablement, font on emprunt et à des conditions singulières, pour désencombrer le filon de la Colombier*. Les galeries n'étaient pas accessibles pour madame de Warens; Cash pouvait donc impunément lui faire croire que, derrière quelques toises de déblais, l'on trouverait le filon merveilleux qui devait payer les dettes et ramener la fortune.
Nous, soussignés, en considération et par reconnaissance du service que H. Tomas, maître fondeur saxon vient de nous rendre en nous prêtant