‹ Madame de Warens et J.-J. RousseuaChapitre 83 sur 139 · SainUGeuis, HUtotrt 4e Savoie, III, p. S3R · texte numérisé non relu

SainUGeuis, HUtotrt 4e Savoie, III, p. S3R

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qui par la ne parait pas d'une bonne sauté, la mère en at été fort malade et a présent le laict lui fait une cruelle guerre. Toutes ces circonstances me ■ tiennent dans la gène et pour ainsi dire dans l'esclavage. Si cependant j'avois cru de pouvoir trouver un cheval ie serois parti aujourd'hui pour vous aller rendre mes devoirs et repondre de vive voix a toute vos bontés et confiance que vous me témoingnés, ie suis obligé par disette de fourrage de tenir les miens (chevaux) dans ma campagne qui est à 2 lieux d'icy. Demain il viendra quelqu'un de mes gens a qui je donneray ordre de me l'amener et si Dieu me conserve et qu'autre mal n'arrive & ma femme; j'auray l'honneur de vous aller trouver ces premiers jours sans faute.

En attendant permettez que j'aye l'honneur de me dire avec un profond respect, madame,

Votre très humble et très obéissant serviteur. De Lobs.

Thonon, 3' M»y 1755.

En juin, madame de Warens songe, seroblet-il, à se fixer définitivement à Evian. Elle y achète, le 19, de Jean-François Joudon, notaire et secrétaire de la ville, une maison, une grange, et une grève au bord du lac pour le prix de deux mille six cents livres, payable : trois cents livres dans un mois et le surplus à raison de trois cent soixante-quinze livres par an à prendre sur le quartier de sa pension à échoir à la Saint-Jean de chaque année

(24 juin). La grange achetée servait alors d'entrepôt pour la douane sarde; elle avait vue sur le lac. La maison ouvrait sur la rue de Dessous, aujourd'hui Rue inférieure '.

Il est difficile de démêler exactement à quels sentiments madame de Warens obéissait alors. Voulait-elle seulement surveiller de près ses intérêts au pays de Vaud, ou simplement réjouir ses yeux du spectacle des rives lointaines où s'étaient écoulées son enfance et sa jeunesse? Ou bien, lasse de la vie de mensonges et d'expédients à laquelle elle se voyait condamnée, voulait-elle refaire, mais en sens inverse le voyage de 1726? Un bateau de pêcheur pouvait, en quelques heures, comme il l'avait jadis amenée à Evian, la reconduire à Vevey. Elle aurait pu mourir sur la terre natale après y avoir reçu le pardon des siens et recouvré la tranquillité. Ou bien, vraiment, s'occupait-elle de former en Suisse une nouvelle société, comme elle le dit dans la requête dont nous allons parler?

1. Acte du notaire Buttet d'Eïian. Les biens vendus sent désignés par les numéros 2211, 2252 et 2253 du cadastre. Ils appartiennent aujourd'hui en grande partie à M. Henri Cottet, et sont situés dans la partie la plus agréable et la plus brillante de la ville.

L'acte par lequel la part de madame de Warens avait été adjugée à M. Perrichon laissait à la débitrice le droit de reprendre sa propriété, pourvu que dans l'année elle remboursât la dette au créancier, en capital, intérêts et frais. Elle essaya sans doute de se procurer des fonds, mais n'y ayant pas réussi, elle recourut au roi pour que le délai de rachat fût prolongé de deux ans.

Voici quelques extraits de sa supplique :

An Roi Sire,

Expose avec la plus profonde humilité pauvre ' Françoise El. ...veuve du baron de Warens... dont l'attestation de pauvreté est ici jointe,

Qu'ayant abandonné les richesses de son père et de son mari pour s'attacher au giron de l'Église elle fut accueillie par les bienfaits de S. H. le feu roy Victor de glorieuse mémoire, qui la gratifia d'une pension que la piété de Votre Majesté fait toujours continuer.

La suppliante, par reconnaissance, crut devoir employer au bien des États de Votre Majesté ses connaissances et ses lumières en fait de minéraux, aidée par les secours de noble de la Balme elle acheta avec lui les fabriques... du marquis de La Roche... Elle crut toujours mieux procurer le bien

1. Ce mot D'est pas destine à appeler la pillé sur 1b daroandereue, mais 11 Indique qu'elle plaidait en pauvre; soit avec le secours de Ceutûtanee judiciaire.

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de l'État en y faisant verser l'argent des paye étrangers, elle intéressa a, ces fins le sieur Camille Périchon ancien prévôt des marchands et commandant à Lyon par conventions du 20 décembre 1749 par lesquelles il était seul obligé de faire toutes les avances; mais ce qu'elle crut être le comble du bonheur est devenu le comble de sa perte. Cet étranger flatté par le succès des dites fabriques pensa a se les approprier- en entier et a exclure celle même qui l'y avait placé; pour y réussir il a payé a l'insu de la suppliante le prix de ladite acquisition au marquis de La Roche, s'en est procuré la cession en cachette; sachant bien que la suppliante n'était pas pour lors en état de le rembourser, il n agi rigoureusement contre elle... en paiement d'environ dix mille livres qu'elle reste devoir... La voila donc exclue des fruits de ses peines, de son industrie et de ses Iravaux... Elle a pris tous les mouvements possibles pour payer ledit Périchon et racheter dans l'année, mais elle n'a pu encore réussir. Elle est à ces fins en négociation avec des riches suisses, et même pour s'aboucher avec eux elle s'est rendue dans votre ville d'Evian. Elle espère de former une nouvelle compagnie utile & la Savoye, qui y versera l'argent étranger et profitable à elle-même parce qu'elle compte de trouver un bénéfice dans l'abandon qu'elle leur fera de ses portions dans lesdites fabriques, usines, etc. Hais, Sire, pour conclure avec des étrangers qui veulent et qui ont raison de s'instruire, il faut du temps, et c'est seulement le temps que la suppliante ose demander a Votre Majesté. L'année pour racheter est prête d'expirer. 11 s'agit de tout le bien de la suppliante dont un étranger veut s'emparer, et sachant qu'elle ne vit

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que des dons charitables de Votre Majesté il veut se prévaloir de son influence... Cest pourquoi, elle recourt à Votre Majesté que par ua trait de ses grâces il lui plaise lui accorder un terme de deux ans à partir de l'expiration du courant (délai) pour racheter les biens que le Sr Périchon s'est fait adjuger à son préjudice, et c'est en dérogeant au besoin à la disposition contraire des Royales Constitutions \

PlCOLET,

Le 22 août, le roi accorda un délai d'un an. En 1756, le terme élait près d'expirer et la baronne n'était pas plus avancée. Elle en sollicita un autre. Dans sa requête, elle rappelle son recours de 1755 et se borne à ajouter que < la brièveté du délai ne lui a pas permis de mener à terme diverses négociations avec les étrangers qui doivent former une nouvelle compagnie et rembourser M. Périchon ».

On eut la faiblesse de lui envoyer des patentes, en date du 22 mai 1756, par les-

1. Le royaume de Sardaigne possédait alors sous le nom de Royales Constitutions un code de lois excellentes. Malheureusemen t il y était dérogé tris souvent par des faveurs du genre de celles obtenues par madame de Warens, par des restitutions contre des prescriptions, par des ordres de révision de procès paraissant jugés définitivement, perdes tours de faveur accordés à l'expédition des procès des grands seigneurs, etc.

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quelles on lui accordait six mois de plus ', au bout desquels elle se trouva encore sans argent. Étant ainsi expulsée des mines de fer, elle reporta ses efforts sur les houillères. Elle sollicita l'intendant de Faucigny de lui accorder la- faculté de faire transporter à Genève au moyen de radeaux sur l'Arve ses charbons d'Araches, et en reçut la réponse suivante :

11 est vray, madame, que j'ay, et aurois toujours pour voua un respect infini, sur ce principe tous devés être plus que persuadée madame que je n'échaperay pas une occasion a tous eu convaincre et de rendre à M" vos associés que j'estime beaucoup tous les services qui dépendront de moy, je n'ignore point non plus les avantages que nous procurera la Minière abondante de bons charbons que vous faites exploiter à Araches, et je pense que H" nos Ministres en sont informés; maïs souffres, madame, que je vous représente que sans un ordre de mes supérieurs, je ne peus donner le sentiment que vous me demandés à cet égard, et qu'aux dits cas je ne manqueray pas de leurs faire envisager autant qu'il me sera possible et que l'intérêt du roy et du public l'exigeront touttes les raisons que vous me faites l'honneur de me suggérer dans votre dite lettre vous prévenant néantmoins, madame,

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que sans un ordre de la Cour je ne sçaurois permettre le transport des dits charbons par des radeaux sur la rivière d'Arve '.

Pendant ce temps les créanciers que madame de Warens avait laissés à Chambéry s'impatientaient; ils étaient inquiets de son absence prolongée et se préparaient sans doute à faire saisir sa pension. Pour les apaiser, elle revient, et le 22 août 1755, dans la maison du sieur Antoine Thorin *, au faubourg Montmélian, elle déclare qu'étant actuellement à Chambéry, mais forcée de s'absenter pour des affaires particulières et importantes, elle donne mandat à Claude Vidal, l'ancien caissier, d'exiger et de recevoir de la Trésorerie la pension faite par Sa Majesté, à commencer au quartier de Pâques de 1756, pour lui en remeltre la moitié et distribuer l'autre moitié à ses créanciers, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'ils soient payés a.

Cela fait, elle s'en va à Genève d'où, le 4 septembre, elle adresse diverses lettres à des protecteurs ou à des amis pour solliciter leur

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