MANUAL DE LA COUR DE LA CHATELLENIE DEYEVEY, F
Séance du 24 avril 1728.
M. le châtelain a l'ait rapport d'avoir parlé à notre Seigneur ballif, ensuitte de la délibération de mercredi dernier et qu'il a fait ses protestes au nom de ce Corps pour tout ce qui pourroit être fait contre les loixet au préjudice des droits tant de ce Corps que des créanciers de M. De Warens, sur lesquelles protestes sa Seigneurie ballivale a fait inscrire ses contreprotestes, l'instance en cour ballivale de M. Jaubert au nom du magnifique Seigneur Tiller, gouverneur de Konigsfelden, n'ayant pas été suivie à cause des dittes protestes.
M.VM'AL DE LA COUR DE LA CHATELLENIE DE VeVEY. F. 193 V.
Séance du 26 avril 1128.
M. notre châtelain a communiqué le mandat que Monseigneur le ballif lui a adressé le 24 du courant à l'instance de M. le collonel De Tavel l, du Conseil souverain de Berne, aux fins d'aporter certaine explication en sa faveur dans le mandat d impétration du décret des biens de M. De Vuarens, insinuant conséquemment à M. le châtelain de donner lieu à la continuation de la barre faitte par le dit seigneur de Tavel sur M. le major Berger, de Lausanne, au plus ample du mandat. — L'on a trouvé que le Seigneur châtelain peut représenter là dessus à notre Seigneur Ballif que ce noble Corps de justice étant nanti et saisi des biens et effets de M. De Vua-
1 Etienne-Siffismond de Tavel.
rens, conformément aux lois et à l'usage, pour être discutés par les voyes ordinaires, sa Seigneurie ballivale ne peut pas y toucher et donner atteinte ni déroger au droit et ressorl de la noble Justice et dépendances. Qu'ainsi il le prie de révoquer le dit mandat en laissant tout ce qui concerne les biens et le décret de M. DeYuarens se traitter et régir par M. le châtelain et cette noble justice, selon leur devoir et office. Ce dont sa Seigneurie ballivale pourra rendre sachant M. le collonel De Tavel. Et en cas qu'elle refuse M. le châtellain et la Justice dans la liberté de leur droit et fonctions, l'on se verra obligé de prendre d'autres mesures.
Manual de la Cour de la chatellenie de Vevey, f. lili. Séance du 1er mai 172s.
M. le châtelain a représenté qu'ayant a pris que Monseigneur le ballif avait reçu hier une lettre de LL. EE. des suprêmes appellations, sur les informations que sa Seigneurie ballivale a faites à LL. EE. du Sénat, du 20e du courant, aux fins d'attirer en cour ballivale la discution des biens de M. le conseiller de Yuarens, si elle a lieu, il en avoit demandé communication à sa Seigneurie ballivale. La traduction des quelles lettres il produit par lesquelles parroissenl que LL. EE. de la suprême chambre croient, sur les dites informations de sa Seigneurie ballivale, que cette discution est du ressort de la chambre ballivale. Ce qui n'étant pas el sa Seigneurie ballivale en aiant saisi ce noble Corps de justice conformément aux loys, comme est dit cy-devant, il avoit cru a propos do représenter d'avance par la poste d'hier les faits à Leur Grandeur, en attendant une représentation plus ample de ce Noble Corps, donl l'honneur es! intéressé dans cette affaire plus que l'intérêt. — L'on a remercié M. le chà
telain de son attention à cette affaire et l'on a trouvé à propos de faire une représentation convenable à LL. EE. là dessus; en aiant chargé moi, curial, si je vai à Berne la semaine prochaine pour d'autres affaires, comme je le crois.
Manual de la Cour de la chatellenie de Vevey F. lï)6 v.
Séance du 10 mai 1728.
Cette assemblée ayant été convoquée au sujet de la lettre que M. le conseiller Grenier, curial de scéans, présentement à Berne, a addressé au noble Seigneur châtelain de cette ville, concernant la discution impétrée de M. De Yuarens. — Lecture de dite lettre ayant été faite , il a été délibéré que comme ce Corps a donné charge et procure raisonnable à ce sujet au dit sieur Grenier le noble seigneur châtelain est prié et s'est chargé d'écrire par l'ordinaire de demain au dit sieur Grenier, de représenter et maintenir l'honneur et l'intérêt de ce Corps à ce sujet, en vertu de la dite procure à luy conférée pour ce fait.
Manual de la coin de la chatellenie de Vevey f. 199 v.
Séance du 29 mai 1 728.
Suivant la lettre que M. le conseiller Grenier a écrite à M. le châtelain au sujet de la discution impétrée des biens de M. De Yuarens, par laquelle lettre le dit M. Grenier fait sentir les difficultés qu'il y auroit à faire révoquer l'arrêt de LL. EE. à ce sujet présentement. — Délibéré que, comme M. les parents ont pris la dite liquidation en mains par laquelle ils
pourraient éviter la discution des biens du dit M. De Vuarens, il est inutilede prendre pour le coup des précautions jusqu'à ce que l'on sache de quel côté la chose tournera, mais que pourtant l'on ne perdra pas cela de vue pour qu'en cas de discution ce noble Corps puisse faire ses représentations à LL. EE. pour estre maintenus au bénéfice de ses droits et privilèges.
Manual du Conseil de Vevey, N° 4, p. 573. Séance du 15 juillet 1728.
M. le conseiller Gignilliat produit une lettre de M. de Vuarens, présentement en Angleterre, par laquelle il prie qu'on ne remplisse pas sa charge de conseiller en luy marquant qu'il escrira clans peu luy-même à nos honorés seigneurs du Conseil pour les prier de cela. Il a esté délibéré que l'on attendra la lettre de M. de Vuarens, après quoi l'on verra quelles mesures l'on prendra là dessus.
Manual du Conseil de Vevey, N° 4, i>. GOi. Séance du 28 août 1728.
Sur la lettre que M. de Vuarens a adressé à ce noble Corps, datée du 22 juillet de Brentenod-Inesse1, par laquelle il demande excuse de ce qu'il s'en est allé sans demander aucun congé, priant de conserver son poste, voulanl venir fonctionner sitôt que l'arrangement de ses affaires dans cette ville sera fait. Délibéré d'attendre.
1 Brentwood in Essex.
Archives de Yevey. Registre d'inféodations, coté I.
Assujetissemeni à fief en faveur des seigneurs de Blonay contre les nobles et généreux Daniel De Loys et Charles-Guillaume De Loys, agissant au nom de la noble famille De Loys, de Lausanne, reçu et expédié en parchemin, signé Grenier.
30 septembre 1728.
Comme ainsy soit que les nobles et généreux Daniel De Loys, seigneur de Mides, conseiller de la ville de Lausanne et capitaine de fusilliers et Charles-Guillaume De Loys, seigneur de Bochat, professeur en droit et recteur de la vénérable Académie dudit Lausanne, agissant en qualité de commis de la noble famille De Loys, autorisée par LL. EE. pour disposer et vendre les biens et effects de n. et gén. Isaac-Sbastian De Loys, cy devant seigneur de Yuarrens , conseiller de cette ville, leur parent, se soyent engagés cy devant et avant le neuvième juillet dernier, d'assujettir à fief et directe seigneurie en faveur de la noble et très honnorée Dame de Blonay, les trois morcels cy après spécifiés, sans que l'acte de cette assujection ave put être rédigé par écrit jusqu'à ce jourd'huy trentième septembre mille sept cent vint et huict. Que par devant le curial sous signé, et en présence des témoins sous nommés, se sont en personnes constitués et etablys les dits nobles conseiller De Mides et recteur De Bochat, lesquels, sachants et bien avisés en leur dites qualités, ont assujetti à fief et directe seigneurie en faveur de la dite noble Dame De Blonay, au nom de laquelle a été présent et acceptant noble et généreux Phillippe de Blonay, son fils aine, assavoir les trois morcels ci après limittés, situés rière Blonay, tenus et réputtés de franc alaud, 1° un demi fossorier de vigne au Croniolley, 2° un fossorier aux Utins (cette vigne est limitée
par une vigne procédante de M. DeVuarrens et auparavant de noble Jean-Baptiste De la Tour), deux fossoriers et demi en Champ Rover.
Lesquels ayant été estimés cinq cent quarante fl. les trois, les dits nobles conseillers De Mides et recteur de Bocbat confessent avoir receu par encontre le prix convenu de cette assujection, dont ils quittent la ditte noble Dame De Blonaj et les siens à perpétuité par les présentes, se dévestissant et investissant la dite noble Dame, autant que besoin en peut être, de la directe seigneurie avec un denier de censé imposé sur chaque morcel pour marque d'icelle, lesquelles censés devront être payées annuellement sur chaqun jour et terme de S1 Martin par le n. et gén. Yincent-Sigismond De Joffrey, lieutenant baillival et châtelain de cette ville, qui a acquis ce jourd'huy les dits morcelsdes dits nobles De Mides et De Bo-
chat, sous la charge et condition de pareille assujection •
Ainsy faict et passé à Yevay sous les promesses d'agréement, renonciations et autres clauses requises en présence de noble Frederich, baron de Bondely et du Chattelard, bourgeois de Berne, et d'honnête Gabriel Balmat, bourgeois de la Tour de Peilz, témoins.
Manual du Conseil de Vevey, N° i, i>. <>:! •"> Séance du 7 octobre 1728.
Messieurs le Commandeur et Conseiller Grenier se sont déchargés de 221 livres 14 sols 8 deniers, mis dans la caisse de la ville, qu'ils ont receus au nom de la Ville do Mess, do Mide et de Bochat pour soude de six cents Imitante sept Livres douze sols que se monte le laud réglé avec eux, que M. de Vuarens doit à la ville pour les fonds de jadis Mmc son épouse,
1 C'est pour tirer un prix plus élevé de ces fonds de terre que MM. de Middcs et de Bochat les avaient d'abord assujettis à flef, puis vendus.
scavoir de la maison et grange d'icy et d'encore quatre poses de vigne et pré, rière Blonay, après une remise de quatre cents soixante et cinq Livres 17 sols quatre deniers qu'ils ont faite sur M. le Commandeur, qui doit par conséquent quattre mille six cents Livres, y compris les quatre mille cent trente quattre Livres 2 sols 8 deniers qu'ils ont déjà remis sur luy pour le paiement de trois créances. Et quant aux cinq autres créances qu'ils doivent encor l'on les sollicitera à ce payement. Et quant au laud des fonds de rière Montreux, consistant en un seytour de pré avec une grange, lieu dit au Basset et demi seytour de pré au Chevallier et autres articles qu'il y pourroit avoir, ils n'ont pas été payés, parce qu'il faut convenir de certains préalables avec M. le baron du Chatelard.
Archives de Loys
4 novembre 1728.
Monsieur Sébastien-Isaac De Loys étant dès hier de retour d'un voyage qu'il a fait dans les pays étrangers depuis la fin du mois de mars dernier et ayant appris que pendant son absence les créanciers qu'il avoit dans ce pays ont donné lieu à une liquidation de ses biens, qui a été faite parle ministère de Messieurs Daniel et Charles-Guillaume De Loys, commis à ces fins par Messieurs ses autres parents, ensuite de la permission qu'ils en ont eu de l'illustre chambre des suprêmes appellations, ressortissantes du Pays de Vaud, à Berne, il est ainsi que ce jourd'huy quatrième novembre mille sept cent vingt et huit, les dits sieurs Daniel et Charles-Guillaume De Loys étant à Wllierens1 avec le dit sieur Sebastien-Isaac De Loys et à sa réquisition pour luy rendre compte de l'état où sont ses affaires, par rapport à la dite liquidation, qui n'est
1 Vullierens.
pas encore tout à fait finie, on l'a informé: 1° des ventes qui ont été faites de ses meubles et immeubles et de l'application qu'on a fait des deniers, qui en sont provenus, pour payer les dits créanciers : 2° de ce qu'il y a encore à payer et enfin de ce qu'on suppose à vue de pays qu'il rentrera de clair et de liquide des dits biens, après toute dette payée. Ensorte qu'après mure délibération et examen le dit sieur Sekistien-Isaac De Loys a approuvé et, en tant que de besoin, ratifié dites ventes, telles qu'elles ont été faites, de même que l'application des deniers qui en sont provenus, et a prié les dits sieurs Daniel et Charles-Guillaume De Loys de vouloir conduire la dite liquidation à sa perfection. Et d'autant que l'état de ses affaires l'appelle de nouveau dans les pays étrangers, où il se dispose de retourner incessamment, ne pouvant attendre la fin de ditte liquidation, que d'ailleurs les dépenses qu'il a été obligé de faire dans son dernier voyage ont à peu près épuisé le viatique qu'il avoit pris avec luy et qu'il ne peut rien faire ni entreprendre sans avoir de nouvelles ressources, il a exi^é des dits sieurs Daniel et Charles-Guillaume De Loys de luy remetre en valeur ou en nature ce qu'ils estiment qui peut rester de clair et de liquide de ses biens, après toute dette payée. En conséquence de quoy, ils luy ont présentement remis un billet à son ordre de la somme de deux-mille francs sur M. le major Bergier, soit M. Jean-François Grand, de Lausanne, son charge ayant, payable à Pâques mille sept cent vingt et neuf, à tant moins du prix de la terre de Warens, vendue au dit sieur Bergier par acte du vingt huitième mars dernier.
Plus ils luy ont encor remis un billel payable a ordre, comme le précédent, sur eux mêmes à la susdite qualité, de la somme de sept cents francs, payable an Ier juin mille sept cents vingt et neuf. Plus ils luy ont encore remis les créances et papiers de son hoirie qui restent en nature, suivant !>• bordereau qui en a été fait aujourd'hui.
Et au moyen des dites remises le dit sieur Sebastien-Isaac De Loys promet d'en imputer la valeur dans le compte que les dits sieurs Daniel et Charles-Guillaume De Loys luy rendront de leur administration, soit à ceux qui seront établis de sa part pour recevoir et clorre le dit compte. D'intention que si contre espérance il ne restoit pas entre leurs mains suffisamment de quoy payer toutes ses dettes, qu'il leur en procurera les moyens efficaces, sur le premier avis qui luy en sera donné.
Et par contre s'il y a des reliquats ou du surabondant entre les mains des dits sieurs administrateurs, ils le tiendront de même à sa disposition et seront obligés de le livrer sur ses assignations et à ses ordres. Ainsi fait et passé à double au dit Wllierens en présence des témoins soubsignés, les parties susnommées ayant réciproquement promis observer le contenu des présentes, chacun pour ce qui le concerne, sous toute due obligation de biens, renonciations et autres clauses requises, le dit jour quatrième novembre mille sept cent vingt-huit.
Sebastien-Isaac De Loys. De Mides. G. de Loys.
Gomme témoin me trouvant à Vullierens.
signé au dit lieu ce 4 sept, (sic) 1728. E. Boive.
S. Sandoz, aussi comme témoin demeurant àYverdon.
(Au dessous, d'une écriture postérieure.) Ceci n'a plus lieu après les comptes que M. De Mides m'a rendus et la procure que je luy ai donnée pour régir mes affaires pendant mon absence le 25 août 1729.
Lettre de Sébastien-lsaac de Loys à Daniel de Loys, seigneur de Middes, sou beau-frère*, au sujet de la requête adressée
par sa femme au Sénat de Chambéry.
22 septembre, anc. style, ou 3 octobre 1732.
Ta lettre, mon très cher frère et ami, du 5e du courant nouveau style, m'a fait d'un côté un vray plaisir en m'apprenant que toute la famille jouit d'une parfaite santé, et par les nouvelles assurances que tu m'y donnes de ton amitié, qui me sera toujours très chère.
De l'autre, elle m'a mortifié extrêmement en y voyant les nouvelles persécutions que la Savoyarde me suscite et surtout les insinuations calomnieuses et les voyes indignes qu'elle met en usage pour arriver à son but. Il y a longtemps que j'aurois vu avec plaisir que mon père eut retiré les sommes qui luy sont dues en Savoye, parce que j'ay toujours craint quelque croc-en-jambe de ce côté là. Cependant la tentative, que ma déserteuse fit en 1728 pour rentrer dans ses prétendus biens, et en empêcher la vente, ayant été sans succès, et elle étant restée dès lors dans le silence quoyqu'elle n'ignorât pas que Mess, de la Bastie et le Jeune2 fussent débiteurs de mon père, je me flattois d'être à l'abri de ses poursuites. J'étois enfin parvenu, avec l'aide des deux meilleurs médecins, le temps et la réflection, à regarder en stoïcien cette époque tragique de ma vie, et à supporter avec patience la situation
1 Le seigreur de Middes, d'une autre branche de la famille de Loys, avait épousé la sœur aînée de Sébastien-lsaac, Sophie de Loys-Villanlin.
2 Louis-Amé de Loys, baron delà Bàthie, en Chablais. Le sieur Lejeune est très probablement celui, dont Mmt de Warens loua la maison et le jardin pendant son séjour à Evian en 1751 et 1755. (Voyez Hugnier, Mmt de Warens <•! J.J. Rousseau, p. 110 et 327.)
fâcheuse dans laquelle elle m'avoit mis. Cette dernière attaque m'a été un coup de foudre.
Je n'ay pu parcourir la copie que tu m'as envoyée de la requête, présentée au Sénat de Chambéry, sans être pénétré de la douleur la plus vive en la voyant remplie de faits supposés, de circonstances entièrement contraires à la vérité, et mes démarches les plus innocentes déguisées sous les plus noires couleurs. Un procédé si noir a retracé si vivement dans mon esprit l'idée de tous mes malheurs et m'a si fort frappé, que, dévoré par un chagrin que j'étois obligé de concentrer en moy-même , pour ne le laisser paroitre à personne, j'ai été absolument hors d'état, pendant deux ou trois jours, d'écrire trois lignes de suite.
Enfin, revenu un peu de mon étourdissement et sentant la nécessité de te répondre au plus tût, je le fais le quatrième. Mais mon esprit est encore si agité, que je suis forcé de quitter et reprendre la plume à tout bout de champ. N'ayant aucun de mes papiers avec moy, il m'a falù travailler de mémoire et si je n'a vois pas eu la précaution de faire brouillon sur brouillon, pour ranger un peu mes idées, tu n'aurois rien compris à mon galimatias, encore crains-je fort que ma lettre ne s'en sente.
Je n'ajouteroi rien à ce préambule, qui n'est déjà que trop long, si ce n'est que je me flatte, que les insinuations malicieuses, contenues dans la requête en question, ne feront aucune impression sur l'esprit des personnes de qui j'ay l'honneur d'être connu; et qu'elles me rendront justice. J'ay lieu de l'espérer, puisque ma conduite les a parfaitement démenties et que, d'ailleurs, cet écrit est un tissu de mensonges d'un bout à l'autre, qui sont même si grossiers, qu'ils sautent aux yeux. Malgré tout cela, comme rien n'est plus cher à un honnête homme que son honneur et sa réputation et n'ayant rien à me reprocher, que trop de foiblesse pour une femme à qui j'avois laissé prendre trop d'ascendant, je n'ay pu tenir
contre ce comble de malice. Il m'a mis au non pins, et m'a d'autant plus surpris que je n'avois point d'ami assés particulier pour luy décharger mon cœur. L'ayant un peu soulagé auprès de toy dans cette lettre, dont je te prie de me passer le verbiage, je viens au fait et commencerai par cette requête, qui est un ouvrage digne du lieu d'où il sort.
Elle est addressée au Sénat de Chambéry. Depuis quand ce tribunal est-il le juge des faits et actes privés dans notre pays, entre les sujets de LL. EE. ? Et qui luy a donné le droit de contreroller les arrêts de nos souverains? — Mais continuons notre examen.
L'extrait qu'elle donne du malheureux contrat de 1713 est fidèle. C'est le seul endroit ou elle accuse juste et dise les choses telles qu'elles sont. Elle a voit emporté son double avec elle.
Elle dit ensuite que }'ay joui de ses biens jusqu'en L~i>ti sans en faire dresser aucun inventaire, ce qu'il étoit aisé d'ometre arec une jeune personne.
Comment peut-elle se plaindre à cet égard? Il y en avoil un passé en justice à Monstrueux1, après le décès de son père. L'on en avoit tiré diverses copies, signées du curial2. L'une me fut remise. Les autres restèrent entre les mains de ses parents. Je leur donnai une décharge des effets qu'ils me remirent. Ces effets consisloient en biens fonds, qui ne sauroient être distraits sans qu'on s'en aperçoive, en meubles qui dépérissent par l'usage et en quelques papiers dont je ne me rappelle pas la juste valeur, mais qui n'eccedoit pas celle de mille escus. Je soudoi d'ailleurs un compte final de partage, entre son cousin de la Tour et elle. Nous en avions chacun un double, signé de tous les intéressés. Il me semble que ces précautions étoient plus que suffisantes et il faul bien
1 Montreux.
2 Greffier ilu tribunal inférieur.
qu'elles ayent paru telles à ses parents, puisqu'ils n'ont rien exigé de plus de moy à cet égard, quoiqu'ils y eussent un intérêt particulier en cas de mort sans enfants et ab-intestat de la eomplaignante.
L'article de sa requête qui regarde la prétendue donation entre vifs, passée en ma faveur à Annecy au mois de septembre 1726, trois mois après sa désertion, part de la malice la plus noire. Il tend uniquement à donner de moy des impressions sinistres, en supposant des faits directement opposés à la vérité, sans qu'il en revienne aucun avantage réel à la personne qui les forge. Mettons ce fait au jour. Détaillons en toutes les circonstances. Je ne risque rien en le faisant. Il ne s'y trouvera quoyque ce soit qui porte ateinte au caractère du chrétien protestant et d'homme d'honneur, titres qui me sont infiniment plus chers que la vie et dont j'espère, avec l'aide de Dieu, de faire profession jusqu'à mon dernier soupir.
Ne diroit-on pas à l'entendre que je me rendis exprès à Annecy pour faire fabriquer cette belle pièce ? 11 n'en est cependant rien. Je ne fis ce voyage que sur les pressantes prières qu'elle m'en fit, par deux lettres datées d'Annecy. J'y avois même une telle répugnance que je n'y aurois point été du tout, si le pauvre défunt Fontanes, qui étoit chez moi à Yevay lorsque je reçus la dernière, ne m'avoit pas disposé à le faire. C'étoit peu de jours après notre retour du premier voyage à Berne, où il m'avoit accompagné, et dans le temps que nous étions occupés à dresser l'inventaire ordonné par LL. EE. Il trouva que je pourrois retirer quelque utilité de cette course et que du moins elle ne pouvoit me causer aucun préjudice. Je me rendis à ses raisons.
J'arrivay à Annecy le 24e septembre sur le soir. Comme ma déserteuse logeoit chez les Dames de l'Annonciade ', je ne ju-
1 Ce n'est pas chés les dames de l'Annonciation que ma déserteuse logeoit. C'étoit chés les dames de la Visitation. Il y a deux maisons de cet ordre dans Annecy. L'une appelée de la grande Visitation, qui est celle-ci, et une autre
geai pas à propos de l'aller voir ce jour-là. Je me contentai de luy envoyer S1 André, qui m'avoit accompagné dans cette course pour l'avertir de ma venue cl luy dire que je la verrois le lendemain. Elle me fit prier de venir le matin, à une telle heure. J'y fus. Je la trouvai au lit, situation qu'elle avoit apparemment choisie pour couvrir une partie de sa confusion. Elle me demanda pardon, toute en larmes. J'avois toujours été si aveuglé sur son compte et luy avois laissé prendre un tel ascendant que j'avoue naturellement, que cette scène m'attendrit. Elle abbatit une bonne partie de mon ressentiment et je fus même quelque tems sans pouvoir prononcer une parole. Ayant eu celui de me remetre et de réfléchir que je n'étois pas dans un lieu propre à la quereller, je crus que le parti de la douceur étoit le seul à prendre. Je me trouvai bien de l'avoir suivi car l'on etoil aux écoutes. Dès que j'eus ouvert la bouche pour luy faire sentir les fatales conséquences du parti qu'elle venoit de prendre, elle me pria de regarder dans un tel endroit, derrière la tapisserie de sa chambre. Je le fis et ayant ouvert une espèce de petit armoire, je vis qu'il avoit une porte s'ouvrant du côté du cloître. En un mot, il était tel que le double guichet par lequel on tend aux chartreux leurs vivres. Ce qui fit que nous pariâmes bas, pour être plus en liberté. Et étant seuls dans sa chambre, qui que ce soit ne fut à portée de nous entendre. Je commençai par la religion. Je lui représentai aussi fortement qu'il me fut possible, qu'abandonner une église donl on a sucé les principes avec le lait, pour se jeter dans les liras d'une autre, sans se donner le teins d'en examiner auparavant la doctrine ne laisseroit pas d'être une très fausse démarche, quand même la dernière se trouveroit être la véritable; que ce qui aggravoil la sienne et la rendoit inexcu-
que l'on nomme de la petite Visitation, et qui est hors de la ville sur une hauteur et relève de la première. [Note de M. de Warens. |
sable, étoit que de toutes les églises du monde chrétien, celle qu'elle venoit de quitter, étoit la plus conforme à la pureté de l'église primitive, tant pour le culte que pour les dogmes ; que c'étoit justement tout le contraire de celle dont elle venoit de se faire membre, que le clergé en avoit défiguré le culte par des coutumes et des cérémonies empruntées du paganisme, et que pour les dogmes ils etoient si fort remplis d'absurdités, de fables et d'erreurs grossières qu'il étoit impossible qu'elle les crût de bonne foy, quoiqu'elle les professât de bouche ; qu'elle pouvoit tromper les hommes mais non pas Dieu ; qu'apparamment éblouie par les promesses qu'on luy avoit faites pour la gagner, elle avoit cru pouvoir accorder son ambition avec sa conscience : qu'elle pouvoit endormir cette dernière pour un teins, mais qu'elle se reveilleroit tôt ou tard; que la suite, suivant toutes les apparences, ne répondant pas aux espérances qu'elle avoit conçues, elle sentiroit alors vivement toute la grandeur de sa faute et que, malgré mon juste ressentiment, je ne laissois pas de prier Dieu de tout mon cœur, de luy faire la grâce de s'en relever un jour.
J'y ajoutai que, quand même elle ne se seroit déterminée à changer qu'après connoissance de cause, cela n'empêcheroit pas que la manière, dont elle s'y étoit prise pour exécuter son projet, ne luy fit grand tort dans le monde, même dans l'esprit de ceux de son parti; que déserter un mari, de qui elle n'avoit jamais eu lieu de se plaindre et, en décampant, le dépouiller de tout ce dont elle avoit pu se garnir les mains, étoit une action impardonnable ; et que je payois bien cher toutes les foiblesses que j'avois eu pour elle.
M'ayant laissé parler jusques-là sans m'interrompre, elle prit la parole. Elle n'excusa point son changement par des motifs de conscience; au contraire, elle laissa paroitre tant d'indifférence à cet égard, que j'en fus frapé. Elle me dit que le dérangement de nos affaires l'avoit en partie portée à faire
ce coup ; qu'on l'avoit flatée d'honneurs à la cour de Turin : que ce qu'elle m'avoit emporté étoit pour avoir de quoj vivre en attendant qu'elle eut une place ou une pension fixe: que d'ailleurs m'ayant connu très tolérant en matière de religion, elle avoit crû qu'elle pourroit me porter à suivre son exemple ; qu'en ce cas là, je pourrois compter de n'être pas oublié, et que l'on me donneroit une place qui me dédommageait grassement de ce que j'abandonnerais dans mon pays.
Je luy répondis, qu'il faloit qu'elle eut bien peu apris à me connoitre dans douze ou treize ans que nous avions vécu ensemble, pour me faire une telle proposition et encore moins s'imaginer que je la pusse goûter ; que la tolérance dont je faisois profession à l'égard de ceux d'une créance contraire à la mienne, n'avoit rien d'incompatible avec les principes de ma religion, de la vérité de laquelle j'élois si persuadé que rien au monde ne seroit capable de me la faire abandonner.
Changeant ensuite de thèse, je lui communiquai le pied sur lequel les choses étoient au pays au sujet de son évasion ; l'arrêt de LL. EE., émané quelques années auparavant, qui confisque à leur profit les biens de ceux de leurs sujets qui changent de religion ; mon premier voyage à Berne, et que le baillif de Yevay avoit pris un inventaire exact de ses biens et effets, pour l'envoyer à LL. EE., suivant leurs ordres. Je luy représentai combien l'état où elle m'avoit mis étoil triste; que la confiscation n'étoit pas la seule chose que j'avois à craindre; que l'ayant autorisée dans les emprunts qu'elle avoit fait pour sa manufacture, dont elle avoit distrait les fonds, je serois obligé de rembourser les créanciers-, que d'ailleurs ses parents ne manqueraient pasde se remuer pour me faire de la peine, et que dans une situation aussi rude, je ne savois ou donner de la tête.
« Je sens fort bien tout cela, me dit-elle. Je n'y sai point de meilleur remède que de suivre le parti que je vous ai proposé; et en ce cas rien ne sera plus aisé, que d'obtenir main
levée des sommes qui sont dues à votre père dans ce pays ci. — Le remède, luy dis-je, seroit pire que le mal. Comment osés-vous me proposer de pareilles démarches. Il est inutile de m'en parler. — Vous avés tort, me répondit elle, mais quoy qu'il en soit, je suis disposée à faire tout ce qui sera en mon pouvoir pour vous assurer la possession tranquille de mes biens. Il ne s'agit que de voir la manière de s'y prendre. — Il n'y a que deux voyes, luy dis-je, le testament et la donation entre vifs. Aucune des deux n'est de poids contre la confiscation, et la donation ne peut m'être de quelque utilité que contre les autres prétendants. »
Voilà le récit fidèle de notre première conversation, dans lequel j'ay tâché de me rappeler, autant que ma mémoire me l'a pu permetre, les propres termes dont nous nous sommes servis.
Là dessus elle se leva. Nous déjeunâmes avec une demoiselle d'Evian, qui luy servoit de compagnie, et S* André, qui entrèrent pour lors dans sa chambre. Après quoy, me priant d'attendre son retour, elle fut entendre la messe, y ayant une communication de son appartement à l'église.
Cet intervale fut assés long, pour me donner le tems de faire mes reflexions. L'aveuglement où j'avois toujours été sur le compte de cette femme m'avoit empêché de connoître tout ce quoy elle étoit capable. Le peu de cas qu'elle me parut faire de toute sorte de religion, l'air cavalier sur lequel elle m'en parla, l'irrégularité des propositions qu'elle me fit, son subit changement de la tristesse à la joye et plusieurs autres circonstances achevèrent de m'ouvrir les yeux. J'en étois indigné. J'aurois voulu être bien loin, mais il s'agissoit de se tirer de ce mauvais pas de bonne grâce. Je conçus que quoiqu'une donation entre mari et femme fut nulle en droit, cependant, comme elle ne pourroit se dispenser de faire coucher cet acte en des termes qui me fussent favorables, ce seroit une espèce de justice qu'elle rendroit aux bonnes ma-
nières que j'avois toujours eu pour elle, que du moins ce seroit une bride qui l'empêcheroit de se répandre dans la suite en invectives contre moy. Voilà ce qui me détermina à user de politique et à ne me servir que de la voye de la douceur ; outre que le lieu ni les circonstances n'en permetaient aucune autre.
A son retour, elle me dit, qu'elle avoit consulté des gens de pratique au sujet de la donation ; qu'elle les avoit chargés d'en dresser la minute dans les termes les plus favorables et dans la meilleure forme possible ; qu'on devoit la luy apporter sur le soir et qu'elle me la donneroit à examiner. Je luy répondis que cela étoit fort bien. Elle ajouta qu'elle espéroit que ce qu'elle faisoit pour moy, nïengageroit à ne pas l'abandonner ; qu'elle étoit mortifiée que l'austérité de la maison où elle étoit l'obligeât de me laisser coucher à l'auberge, mais que, lorsque je viendrais la revoir, comme elle m'en prioit, elle me recevroit dans une maison particulière, où elle prenoit un apartement. Je luy laissai croire ce qu'elle voulut au sujet d'une seconde visite et me contentai de luy dire, par rapport au reste, que la situation où je me trou vois m'empèchoit de m'engager à quoy que ce soit.
Nous dinàmes ensuite dans la chambre. L'après-diner un abbé de distinction, dont je ne me rappelle pas le nom, m'y vint voir. Il se jetta sur la controverse. C'était un homme savant et très poli. Après moins d'un quart d'heure de conversation, je luy dis que je connoissois trop la différence qu'il y avoit entre les deux religions et que j'étois trop persuadé do la vérité de la mienne pour me laisser ébranler; qu'ainsi je le priois de se dispenser de m'en parler plus outre, puisque ce ne serait que du tems perdu. Il me répondit, qu'il a'étoit pas venu pour me faire de la peine et nous ne parlâmes plus que de choses indifférentes. La ditte dame, qui par parenthèse avoit jugé à propos de nous laisser seuls, entra, Nous primes le caffé et l'abbé se retira, l'eu après, nu dos prêtres
qui desservent l'église de S1 François de Sales me vint voir. Il voulut aussi me tàter le poulx, mais, comme il étoit réellement un de ceux qu'on appelle pauvres prêtres, je ne fis que le turlupiner et ne jugeai pas à propos de lier avec luy une conversation sérieuse.
Dès que je fus débarrassé de ces visites, j'allai chés Madame la marquise de Sales, qui avoit envoyé le matin son domestique à mon auberge me faire ses compliments. J'y restai une demi heure et nous n'y parlâmes assurément pas de religion. De là je fus chés M. l'abbé, pour luy rendre sa visite. Il n'y étoit pas. Je restai un moment avec M. son frère, qui est officier de cavalerie, et nous ne parlâmes que du service.
Je trouvai à mon retour dans la chambre de ma déserteuse un gentilhomme piémontois, qui m'y atendoit et qui est intendant de ces quartiers là, ou quelque chose d'aprochant. Il ne se jetta pas comme les autres sur la controverse. Il tâcha de me gagner par de belles promesses, m'insinuant qu'il avoit des ordres pour cela. J'y coupai court, en luy disant que si j'avois deux âmes peut être pourrois-je me laisser assés éblouir par quelque avantage considérable pour en sacrifier une ; mais que n'en ayant qu'une, elle n'étoit à vendre à aucun prix. Là dessus il se retira.
Si l'on peut appeller mes réponses des insinuations ou des espérances de changement de religion, je n'ai rien à dire. — Mais continuons.
Quand ce gentilhomme se fut retiré, elle me donna la minute de question à examiner. Elle étoit conforme à l'acte qui se passa le lendemain, à un article près, dont je ne me rapelle pas les propres termes, mais par lequel je me serois engagé à fournir grassement à son entretien. Je n'eus garde de donner dans le piège. Cet article auroit fait contre moy, sans que l'acte même m'eut apporté aucun avantage réel. Je luy dis, en luy rendant cette minute, que je ne pouvois absolu-
ment pas me lier à cette clause: quelle me seroit très à charge par le dérangement qu'elle avbit mis dans nos affaires et que les choses pourraient prendre un tel tour au pays qui me la rendrait impossible, qu'ainsi, à moins que la donation ne fut pure et simple, je ne l'accepterais pas.
« Eh bien, me dit-elle, je ferai retrancher l'article qui vous fait de la peine, mais j'espère que vous aurés soin de moy. - Je vous répète, repartis-je, que je ne puis m'engagera rien. >> Voilà toute la part que j'ay eu à la composition de cette pièce, n'ayant vu et encore moins conféré avec ceux qui la compilèrent que lorsque l'on passa l'acte même.
Comme je sortois : — « Nous souperons ensemble, me dit elle, et pendant que vous ferés un tour de promenade, je métrai les ordres qu'il faut pour la donation. » J'ysoupai et restai avec elle jusqu'entre dix et onze. Elle me dit en la quittant qu'elle me prioit de me rendre le lendemain matin de hou ne heure auprès d'elle et que tout seroit prêt pour passer la donation avant midy.
Je ne puis m'empêcher de mètre ici une particularité, quoiqu'elle ne fasse rien au fait. C'est que, me retirant avec S1 André à mon auberge, qui étoit dans le faubourg, je trouvai la porte de la ville fermée, comme si l'on avoit craint que je n'enlevasse la belle. Le portier, qui étoit à quelques pas de là, vint nous l'ouvrir, et je vis deux autres hommes avec Iu\ Cette précaution nous fit rire. La porte ne s'y ferme pas à l'ordinaire.
Je vins le lendemain, qui étoit le 2(>me 71"'0, sur les liuil heures au couvent. J'y trouvai la daine au lit. S'étanl levée et étant seuls elle me fit voir une lettre du roy de Sardaigne par laquelle S. M. 1 l'assurait de sa protection, et qu'elle auroit soin qu'elle ne manquât de rien. C'était dans le dessein de faire encore une tentative auprès de moy. J'y coupai courl
1 Sa Majesté
en luy disant que je souhaitois qu'elle ne se trompât pas dans ses espérances; que pour moy, rien n'étoit capable d'altérer mes sentiments et mes principes.
Lorsqu'on luy eut donné avis, que toutes les personnes nécessaires pour passer l'acte en question étoient arrivées, nous passâmes au travers de l'Eglise dans l'apartement du principal prêtre qui la dessert1. Avant qu'on en fit la lecture, un de ces messieurs, qui y assistoient, me dit qu'il étoit surpris que je fisse difficulté sur un article aussi raisonnable que luy paroissoit celuy dont j'avois demandé le retranchement. Je lui répondis que je n'avois garde de me lier par une clause qui pourroit me devenir à charge; que la ditte dame avoit si bien senti, que ma situation ne le permettait pas, qu'elle avoit fait retrancher cet article elle-même ; que nous étions assemblés pour passer une donation pure et simple, et que je ne pouvois en accepter aucune autre ni me lier à quoy que ce soit. « — Nous espérons, me dirent ils. que, quoy que vous ne vouliés pas vous engager par écrit, vous ne laisserés pas d'avoir soin de Madame. — Je vous répète, Messieurs, repartis-je. que je ne puis m'engager à rien. »
L'on lut ensuite la donation, qui étoit toute dressée, à la réserve des noms. Elle fut passée et acceptée de la manière que tu la trouveras dans l'acte même, qui est parmi mes papiers2. Nous déjeunâmes tous ensemble et la Compagnie s'é-
1 Cet archiprêtre s'appelait Jean-François Chabod.
2 M. Metzger a publié in-extenso cet acte dans son ouvrage intitulé la Conversion de M™ de Warens, p. 45 à 50. Mme de Warens y fait connaître o qu'elle n'at point quitté sa maison ni les Etats de LL. EE. de Berne, dont elle est née sujette, par aucun mécontentement qu'elle ave reçeu de son mary ny d'ailleurs, mais uniquement pour suivre les mouvements de sa conscience qui l'ont engagé à embrasser la religion catholique romaine, dont elle fait aujourd'huy profession, par la grâce de Dieu, et comme elle a appris que LL. EE., ensuitte de sa retraitte, avoyent fait prendre l'inventaire de tous ses biens meubles et immeubles et qu'elle craint que les suittes de cette formalité ne fassent perdre à son dit mary les légitimes prétentions qu'il a sur ses biens, elle
tant séparée l'on me fit voir le corps de S1 François de Sales et tout ce qu'il y avoit de curieux dans l'église. Nous dinâmes dans l'appartement du prêtre.
Au sortir de table je fus admis au parloir, où je trouvai l'abbesse1, soit supérieure, et quelques religieuses, toutes de la première qualité, auprès desquelles ma déserteuse m'introduisit.
Après les premières civilités : « — Eh bien ! monsieur, me dit la supérieure, n'est-il pas dommage qu'un homme tel que vous vive dans l'erreur? Croyez moy, suives l'exemple de Madame votre épouse. Venez parmi nous, vous y serés reçu d*une manière que vous aurés lieu d'être content. — Je fais gloire, Madame, répondis-je, de professer ce que vous appelés erreur. — Groyés vous donc, me dit-elle, que votre femme soit damnée? —Ma religion m'apprend, dis-je, à ne juger qui que ce soit. » Elle se jetta ensuite sur quelques lieux communs. Je luy répondis de la manière qu'il convenoit à une personne de son rang et me contentai de luy témoigner que j'étois là uniquement pour luy rendre mes devoirs. Ma déserteuse, prenant alors la parole, dit : C'est un obstiné, il n'y a rien à gagner avec luy. »
Après avoir resté là environ une demie heure je pris congé
déclare par le présent acte que son intention at toujours été de luy en laisser la paisible jouissance et possession, dans laquelle elle comptait qu'il ne seroit point troublé, ayant toujours vécu en bonne paix et union avec son dit marv et souhaittant de luy donner des marques de son bon cœur à son égard et de l'amitié qu'elle at pour luy, pour les manières gràtieuses qu'il at eût pour elle. Elle fait ainsy au dit noble Sébastien-Isaae De Loys donnation générale de tous ses biens et droits, sans se réserver autres que la somme de mille livres de Savoye, à prendre sur les biens cy-dessus nommés, pour s'en servir et en disposer comme bon lui semblerat en suppliant très humblement I.l. EE. de
vouloir rattifier la présente donation entre vils, qu'elle at t'ait a son .lit mars
pour une preuve de l'amitié qu'elle conserverat pour lui toutte sa vie
1 La supérieure de ce couvent était alors Françoise-Madeleine Favre des Charmettes. (Voy. M. Mugnier, ouv. cit., \>. '.).)
de ces dames, en leur témoignant ma reconnoissanee pour toutes les honnêtetés que j'avois reçues dans leur maison. Comme je sortois, une de ces dames me dit: « Adieu, Monsieur, j'espère que Dieu vous touchera le cœur et que nous vous verrons un jour parmi nous. — J'espère, madame, repartis-je, que nous nous reverrons tous un jour dans la vallée de Josaphat. »
Un moment après, étant dans la chambre de la prétendue donatrice, l'on apporta l'acte dressé dans les formes. Elle me le remit elle même. Je sortis et fus chés le juge mage, qui acheva d'y mettre les formalités ordinaires et y apposa son sceau1.
Voilà le récit fidèle de tout ce qui s'est passé à cette occasion : dans lequel j'ay tâché de me rapeller jusqu'aux moindres circonstances. Peut on trouver dans tout ce procédé rien qui a proche des promesses et des espérances, que la requête suppose que j'ay données ? Peut-on taxer de compiler ou faire coucher un acte par écrit, celuy qui le refuse à moins qu'on en retranche une clause à laquelle il ne veut pas se lier? Etoit-il nécessaire d'user de stratagème pour engager la prétendue donatrice à passer un acte, qu'elle et son conseil, gens de pratique, savoient parfaitement être nul en droit ? Etoit-ce les surprendre que de ne vouloir pas être leur dupe? Etait il besoin de détours pour gagner ceux qui assistèrent à cette stipulation, puisqu'il n'étoit question que d'entendre la lecture de la donation, qui étoit toute dressée à la réserve des noms, et de l'autoriser par leur présence. Je n'ay rien à dire contre le charactère de ces messieurs, dont je ne me rapelle pas même les noms, et que la requête dit être gens de mérite2. Je ne leur ai jamais parlé avant ce jour là, et je ne
1 Cette charge, qui correspond aujourd'hui à celle d'un président de tribunal, était occupée à cette époque par noble et spectable Noël Viallet, conseiller du roi.
2 Les témoins de cette donation étaient : les deux syndics d'Annecy, noble
sache pas d'en avoir vu aucun depuis. J'ignore si quelqu'un
d'eux à quelque part à cette requête. Mais que n'a t'on pas à atendre de l'esprit de parti !
De chés le juge mage, je fus chés l'intendant, soit gentilhomme piémontois, pour luy rendre sa visite. Je n'y restai qu'un moment et me rendis de là chés la dite dame que je trouvai au lit. Voilà ce qui se passa entre nous pendant le tems qui s'écoula jusqu'au souper. La franchise dont je lais profession ne me permet pas de taire ce fait, quoy qu'elle n"en dise rien dans la requête.
« — Tous partirés donc, me dit-elle, sans que je sache quand j'aurai le plaisir de vous voir et sans me laisser aucune assurance d'avoir soin de moy? — Vous commisses parfaitement, luy dis-je, mes circonstances, et que ma triste situation ne me permet pas de m'engager en aucune manière. « Après un long dialogue, qu'il seroit inutile d'insérer ici, elle s'y prit d'une telle façon qu'elle me porta à avoir quelque condescendance pour elle. Pour couper court je luy fis un billet portant en substance, qu'ensuite de la donation passée en ma faveur le dit jour, et au cas qu'en vertu d'icelle j'eusse la possession tranquille de ses biens, je luy donnerais la rente annuelle de trois-cents livres, argent de Savoye. Je crus que je ne risquois rien en cela, puisque la condition exprimée dans ce billet n'ayant pas lieu, il ne me lioit à rien. J'ay en soin de retirer le billet dès lors, ainsi elle n'étoit pas en état d'en faire usage. Elle se leva, nous soupàmes, et j'y restai jusqu'à une heure après minuit. Elle en eut le lendemain une censure de la supérieure.
Le 27, qui étoit un vendredi, je vins le matin prendre congé d'elle. Gomme je la quitois, il luy prit une espèce «le défaillance. Elle fut si courte, que cela acheva île me convaincre
Gaspard de Lambert, seigneur de Choyrier et spectable Joseph havre, les deux aumôniers de la Visitation, Chabod et Montillet, ainsi qu'uu homme de loi, Maître François Charcot. L'acte fut reçu par le notaire J. Mauris.
qu'elle était une véritable comédienne. Je partis le même jour.
Quelques semaines après je reçus une lettre de sa part qui seroit suffisante pour démentir toutes les prétendues promesses et espérances que la requête suppose. Elle la finissoit en ces termes : Je vous prie de me regarder désormais comme morte et de ne plus penser à moy que si je l'étois réellement. C'est la dernière que j'ay reçu d'elle. Nous n'avons eu aucun commerce dès lors. Je fus en décembre à Berne où LL. EE. du Sénat donnèrent l'arrêt par lequel, après avoir déclaré les biens de la ditte dame confisqués à leur profit, ils m'abandonnèrent leurs droits, me mettant en leur lieu et place. Il est, si je ne me trompe, du 26e décembre. Tu le trouveras parmi mes papiers.
M. de Pluviane» étant à Berne en janvier 1727 je luy écrivis pour le prier de demander un divorce en mon nom, luy envoyant à ce sujet une procure. L'arrêt du consistoire suprême est, je crois, du oe février. Il est aussi parmi mes papiers. Je n'en ay aucun avec moy.
Environ ce tems là, il me tomba entre les mains une lettre de ma déserteuse à S1 André, qui logeoit encore chés moy, mais étoit alors absent. Car il est bon de remarquer que, sous le prétexte de la manufacture, il y a toujours eu de la correspondance entr'eux, ce qui le rend très suspect de connivence. L'envoy qu'il luy fit d'un tonneau de marchandises, la veille du jour qu'elle partit d'Evian, celles qu'elle avoit emporté avec elle, ce qui ne s'étoit pu faire à son insçû, et plusieurs autres démarches donnoient de violents soupçons, mais point de preuves réelles. Je n'aurois, peut-être, pas ouvert cette lettre, dont je connoissais parfaitement le charactère, n'eut été l'affectation avec laquelle elle avoit mal orthographié mon nom sur l'addresse. Cela me détermina à l'ouvrir, mais d'une manière à pouvoir la refermer sans qu'il y parut. Elle étoit sans signature, accusant la datte du mois, mais point le lieu
d'où elle étoit écrite. Elle conseilloit de tirer de moy le meilleur parti qu'il pourroit et qu'on pourrait en cas de besoin faire usage des armes qu'ils avoient en main pour cela. Tout cela n'étoit point encore une évidence; je n'yétois pas nommé par mon nom. Le seul parti que j'avois à prendre étoit de dissimuler. Je le fis et je cancellai la lettre. Je résolus de retirer le billet en question et de me servir de luy pour cela, comme tu le verras tout à l'heure. Mais pourquoy, dira t'on, garder cet homme-là si longtems chés vous? Que ne vous en defaisiés vous plutôt? A cela je réponds qu'il faloit auparavant régler et souder ses prétentions. Ce qui ne se pouvoit faire dans l'état ventillant où étoient les choses et que, durant cet intervalle, il avoit soin des débris de la manufacture.
Sur la fin de février ou au commencement de mars, je fus obligé de faire un autre voyage de Berne. L'arrêt par lequel LL. EE. éconduirent la famille de la Tour de leur demande doit être parmi mes papiers. Je fus de retour en avril.
Me voyant alors possesseur tranquille (à condition s'entend d'acquitter les charges), je dis à S1 André, qu'il s'agissoit de régler ses prétentions. Il me les remit telles qu'il les avoit produit lors de l'inventaire du mois de 7bre 1726. Elles consistaient en déboursés au sujet de la manufacture, et en prétendus dédommagements pour perte de son tems et de s;i pari des profits qu'il auroit pu faire sur les effets distraits. Car, nota bene, par son contrat d'association il n'entroit dans aucune perte. Je luy remboursai ses débourses parce qu'il faloit s'en tenir aux livres. Mais pour les autres prétentions je lu) dis, que, quoy que j'eusse des raisons légitimes pour m'en dispenser, je ne laisserais pas d'y avoir égard, pourvu qu'au préalable il me procurât main garnie du billet en question; qu'il lui serait d'autant plus facile de persuader la jadis dame deWarensdele luy remetre, qu'il luy étoit absolument inutile, puisque ce n'ctoit rien moins qu'en vertu de la donation de la dite dame que j'avois obtenu la paisible possession de ses
biens, et que c'étoit une condition sine quà non. Il fut à Annecy et m'en apporta le dit billet. Il voulut marchander avant que de me le remetre, mais ce fut inutilement. Je tins ferme sur ce préalable et nous brûlâmes tant ce billet que la copie, que j'en avois, signée de la main de la ditte dame. Après quoy je iuy fis une gratification pour ses prétendues pertes, mais non pas si considérable qu'il auroit voulu l'exiger. Je ne te fais un si long détail au sujet de S1 André que pour te faire voir combien il doit t'être suspect.
Me voilà enfin arrivé au bout d'un long et ennuyeux détail, sur la fidélité duquel tu peux compter. La vérité y paroit toute nue. Il m'a coûté beaucoup par le soin que j'appris de mètre les choses dans leur véritable jour et de me rappeler jusqu'aux moindres circonstances. Plusieurs te paroitront sans doute inutiles? Mais il y en a, dont on ne laissera pas de pouvoir tirer quelqu'usage. Tu en feras celuy que tu jugeras à propos pour détromper les personnes d'honneur, sur qui les insinuations malicieuses de la requête pourraient avoir fait quelqu'impression. Pour ceux d'un autre charactère, je ne m'en embarasse pas. L'on ne sauroit plaire à tout le monde et je ne le prendrai pas à tâche.
Continuons de parcourir cette requête :
Elle se trouve, dit elle, obligée de combattre la prétendue donation de nullité par le droit romain et les royales constitutions. N'est ce pas une preuve tacite qu'elle et son conseil, gens de pratique, la connoissoient telle dans le tems même qu'on la stipula et qu'il n'etoit pas besoin de stratagèmes et de leurres pour les porter à passer un pareil acte 1 Elle a apris, ajoute telle, que j'ay obtenu un divorce. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'elle le sait. Il étoit obtenu plus de deux mois auparavant que S1 André fut à Annecy, et qu'il m'en apporta le billet en question. Il n'aura pas manqué alors de le luy aprendre. Mais ce qu'il y a de plus curieux, ce sont les raisons qu'elle allègue pour prouver qu'elle est en droit non
seulement de repeter sa dot et les avantages matrimoniaux, contenus dans le contrat de 1713. mais même d'agir pour cela sur les biens de mon père.
Quelles sont ces raisons :
Que j'ay joui de ses biens, en vertu de la constitution dotale et perçu les fruits d'iceux, sans suporter les charges du mariage, et sans luy fournir aucun secours, ni aliments, comme je le devois, et pour lesquels les biens-mêmes sont hypothéqués par disposition du droit, cottant le préjugé du Sénat de rei uxor; que je regarde le mariage comme dissous et que je l'ay fait déclarer tel; qu'ayant vendu ses biens je les ay dissipés et me suis retiré en Angleterre; qu'elle a également droit sur les biens de mon père que sur les miens, puisqu'il a fait le mariage et a assisté au contrat: que, ne pouvant avoir recours que sur ceux qui sont en Savoye et qu'il pourrait y avoir du péril dans le retard, elle demande la saisie des sommes dues à mon père, tant par tels qu'elle nomme, que par ceux qu'elle pourra découvrir par la suite, finissant par dire que ces sommes ne feront jamais qu'une petite partie de ce qui est dû à la supliante et faisant monter la constitution dotale à pour le moins trente mille patagons, sans parler de ses gains et avantages matrimoniaux.
C'est conclurre par le même esprit qui règne dans toute la requête et qui est tout l'opposé de celuy de la vérité. Réfutons le le plus brièvement qu'il se pourra. Quand il seroit aussi vray qu'il ne l'est pas, que, depuis son évasion, je nui joui de sis Mens qu'en vertu de la constitution dotale; il n'y auroit en cela rien de contraire aux dispositions [de droit, puisqu'en France, en Angleterre et dans la plupart des pays de l'Europe, par la désertion malicieuse d'une femme, les biens qu'elle a aportés à son mari sont dévolus de plain droit à ce dernier. C'est un fait constant. Nous en avons un exemple de
fraîche datte en Angleterre. Je crois qu'il en est de mè n
Savoye. Je ne l'assure cependant pas positivement.
Mais ici le cas est tout différent. Les biens de l'évadée me sont dévolus par l'arrêt du 26 décembre 1726, par lequel LL. EE., après avoir déclaré les dits biens confisqués à leur profit, étant touchés de ma triste situation et, par leur bénignité ordinaire, me cèdent leurs droits et me metent en leur lieu et place.
De quel droit un tribunal étranger s'émanciperoit-il de revoir les arrêts de notre souverain? Que nous font les loix et coutumes de Savoye ?
Ai-je grand tort d'avoir regardé comme dissous un mariage qu'elle a rendu tel par la désertion et d'avoir profité du bénéfice de nos loix pour le faire déclarer nul ? Suis-je catholique romain pour croire un mariage indissoluble ? Depuis quand et dans quel pays déserter malicieusement un mari et le dépouiller de tout ce dont on peut se nantir, donne t'il à une femme le droit de repeter non seulement sa dot, mais même des avantages matrimoniaux qu'elle n'auroit eu droit de prétendre qu'en cas de survie et qu'elle ne s'en fut pas rendue indigne pendant le tems de leur union ?
Gomment ose-t'elle se plaindre que j'ay vendu et dissipé ses biens? J'étois en plein droit de le faire, puisque j'en étois le maître. D'ailleurs LL. EE. en ont, je crois, autorisé la vente. Tu sais mieux que moy ce qui en est et à quoy le produit de cette vente a été apliqué, puisque tu as eu tout l'embarras de cette affaire. Il faloit bien acquiter les dettes qu'elle avoit contracté pour sa maudite manufacture, dont elle avoit emporté les fonds et autres folles dépenses, auxquelles j'avois été assés foible pour fermer les yeux. Eh bien, loin qu'il me reste quelque chose de ses biens entre les mains, tu sais mieux que personne combien il y est allé du mien propre, et le peu qui me reste1.
1 Nous avons vu qu'après le règlement final des créanciers de Mme deWarens, le 24 août 1729, il resta sur sa fortune, entre les mains de son mari, une plus-value de sept cents livres. Mais M. de Warens réclamait d'elle, en
La retraite en Angleterre qu'elle me reproche est une preuve que je ne me suis pas enrichi de ses dépouilles. Si c'est une tache de n'être pas riche, je tacherai de l'effacer en me conduisant en homme d'honneur.
Quel droit d'hypothèque peuvent luy donner sur les biens de mon père son assistance et son autorisation au contractde 1713, pendant qu'elle n'y en a aucun par le contract même ? Elle ne peut, dit-elle, avoir recours que sur les biens qui sont en Savoye et par cette raison elle demande la saisie des sommes dues à mon père dans ce pays là. Espère-t'elle que l'esprit de parti prévaudra assés sur les membres du Sénat de Savoye pour leur faire trouver un droit et une hypothèque où il n'y en eut jamais? Il est vray qu'il paroi! que ce tribunal est allé un peu vite en besogne, en accordant par provision la saisie sans avoir entendu les parties. Mais l'on doit espérer des lumières et de la justice des seigneurs qui le composent, qu'après les avoir entendues, étant convaincus de l'injustice de la demande de la complaignante, ils réconduiront des lins de sa requête et enlèveront la saisie provisionnelle qu'ils ont accordée.
Il faut qu'en Savoye le terme de patagon emporte une toute autre idée que celle qu'on en a dans le reste de l'Europe, "ii que la complaignante, loin de perdre son temps dans ce pays là, y ait bien apris la règle de multiplication. Sa constitution dotale, dit-elle, montait à pour le moins trente mille patagons.
Quoy qu'après l'arrêt de LL. EE. il ne s'agisse pas de disputer sur le plus ou le moins, je ne laisserai pas de dire
sus des prétentions qu'il avait produites et qui étaient déjà satisfaites, le remboursement de divers lods, qu'il estimait avoir payés pour son oompte. C'est en faisant entrer dans son calcul le montant de ces lods, qui atteignait mille deux cents livres, qu'il arrive, comme il le dit, à y mettre du sien. Cesl aussi en défalquant directement ces lods du produit îles biens de ta femme qu'il pourra un peu plus bas évaluer ces biens au-dessous de trente mille livres. Sur ces lods, voy. p. 191) et 238.
qu'il se justifie par l'inventaire juridique pris en 7bre 1727 * par M. le baillif de Vevey, en conséquence de l'ordre de LL. EE., que tous les biens et effets de la dite dame, taxés par gens assermentés, ne montoient qu'autour de trente huit mille francs et cependant les biens dont sa belle-mère jouit et les débris de la manufacture se trouvent compris dans cette somme. Par où il paroit que je n'aye jamais eu d'elle en main au delà de trente-mille livres. Et personne ne sait mieux que toy que le provenu de la vente des dits biens a été fort au dessous de cette somme. Mais c'est une bagatelle, il faut luy pardonner, elle ne hausse sa constitution dotale que de deux tiers. Pourquoy accuseroit-elle plus juste dans cet article que dans tout le reste de sa requête?
Il semble que dès qu'elle a tourné casaque, le mensonge est devenu son péché mignon. Si l'on m'a accusé juste, quelques mois après sa désertion, elle doit avoir fait écrire à mon père par le curé de Rumilly, qu'elle n'avoit eu aucune part à notre malheureux procès et qu'elle avoit fait tout ce qu'elle avoit pu pour m'en détourner; et c'est positivement tout le contraire, comme je puis le protester devant Dieu et en toute vérité.
Pour ce qui est de son indifférence pour le culte en matière de religion, elle la doit en partie aux principes de nos piétistes. G'étoit le sentiment de feu son père et il paroit que c'étoit celuy de feu M. Magny, un de leurs principaux docteurs, puisqu'il me dit lui-même, au retour d'un voyage qu'il fit à Annecy pour voir ma déserteuse, qu'il n'avoit jamais trouvé l'âme de la dite si bien tournée du côté de Dieu et en meilleures dispositions2. Ce furent ses propres termes qui me scandalisèrent très fort.
La ditte dame se plaint de sa situation dans sa requête. Si elle entend par là qu'elle est trompée dans ses espérances
1 Lapsus calami, il devrait y avoir 1726.
:Dans une lettre adressée à Magny en août 1727 elle affirme que c'est <a à ses prières » qu'elle doit d'avoir passé à la foi catholique.
elle n'a à s'en prendre qu'à elle même. Il y a quelque teins qu'on me dit, qu'elle étoil ateinte d'un cancer à Chambèrj où elle demeurait l. Quand tu sauras ce qui en est, marque le moy, je te prie. Si cela est, voudroit elle faire donation à sa nouvelle église de biens sur lesquels elle n'a aucun droil '.'
Je suis persuadé que si j'avois été au pays, elle n'auroit jamais osé insérer dans sa requête les insinuations malicieuses dont elle est remplie. Mais me sachant éloigné, elle a cru pouvoir le faire impunément.
Ma lettre est insensiblement parvenue à la grosseur d'un volume. Je t'en fais mille excuses, mon cher ami, et je te prie d'en passer le port sur mon compte, n'étant pas juste que je te sois à charge en toutes manières. J'ay cru qu'il étoit absolument nécessaire d'entrer dans un détail bien circonstancié. €elà m'a mené plus loin que je n'aurois cru et a pris du tems, comme tu peux bien le juger, pour me rappeler des faits passés il y a six ans. Ma situation d'esprit ne m'a pas permis de l'abréger. Il est bien tems de répondre au contenu de ta lettre.
Tu trouves, mon cher ami, aussi bien que mon cousin de Bochat, lequel j'assure de toute mon amitié, qu'il est absolument nécessaire de faire imprimer un manifeste et de le faire passer en Savoye,tant pour me justifier des calomnies atroces de la requête de ma déserteuse que pour faire connoître toute sa conduite. Je suis du même avis et, persuadé de votre prudence, je m'en raporte à ce que vous jugerés à propos à cel égard2. Sa conduite vous est connue. Vous en trouvères le
1 Rapprochons le passage ci-dessus de celui des Confessions où Rousseau raconte qu'un plaisant avait «lit à Mm8 de Menthon que M"1 deWarens ai til un gros vilain rat, empreint sur le sein. Tous les deux, cc^ importent aux débuts de cette dernière à Chambéry. Malgré L'issue que Jean- Jacques donne à son anecdote, on a lieu d'être frappé d'une pareille coïncidence. M""' deWarens souffrait peut-être d'une tumeur, qui réussit à 9e guérir.
2 Ce manifeste ne semble pas avoir vu le jour.
détail d'une partie, dans la requête que je présentai à LL. EE. au sujet de cette maudite affaire et qui doit être parmi mes papiers. Seulement ajouterai-je ici quelques circonstances dont vous ferés l'usage que vous trouvères à propos.
En automne 1725, elle fut à Aix, en Savoye, pour quelques douleurs. M. Doué, à qui par parenthèse je te prie de faire mes compliments, l'y accompagna. De là, elle fit un tour à Chambéry. Elle passa quelques jours à Genève où quelques dames, entr'autres Madame de Galatin, la régalèrent. Elle ne pût s'empêcher de leur témoigner combien elle étoit charmée de la Savoye et dégoûtée de notre pays. Des gens d'honneur m'ont assuré ce fait. J'ay a pris dès lors que ce fut dans ce voyage qu'on commença de l'ébranler par les promesses et les caresses qu'on luy fit. Elle fut malade cet hyver là. Mon oncle de Wllierens nous ayant fait l'honneur de nous venir voir, elle luy dit en propres termes qu'il entendrait parler Tété suivant d'un événement extraordinaire au sujet d'une dame du pays. Preuve qu'elle se préparait de longue date à faire son coup. Elle eut, environ le printemps 1726, la précaution de faire venir à Vevay M. Viridet, médecin à Morges, dans le dessein de se faire conseiller d'aller aux eaux, remède qui est une selle à tous chevaux. M. Viridet, qui connut qu'il y avoit plus d'inquiétude d'esprit que de réalité dans sa maladie, la voyant déterminée à prendre celles d'Emphion, n'eut garde de la contredire. Sous ce prétexte elle disposa toutes choses pour l'exécution de son projet.
La manufacture, qu'elle avoit établie et qui avoit eu ses commencements en 1724 *, luy en fournit un autre pour emprunter des sommes considérables, dont tu peux voir la valeur et la datte dans l'inventaire du mois de 7bre 1726. Elles ne te sont pas inconnues, puisque tu en as fait les payements. Elle a emporté celles qui furent empruntées à cette
« Doit être 1725.
occasion dans l'hyver de 1725 à 1726 et jusqu'au teins de son départ. Elle les a emporté, dis-je, ou du moins la plus grande partie, et pour ce qu'elle peut avoir employé des dittes sommes, en achapt de soyes, etc., ou à payer les ouvriers, elle s'en est plus que dédommagée par les marchandises mêmes, qu'elle a pris avec elle en partant de Yevay, ou que S1 André luy a fait tenir à Evian. Cela luy fut d'autant plus facile que je n'avois point de part à la manufacture. Tu trouveras cet inventaire et l'état de mes prétentions contre la dite parmi mes papiers. Quand l'inventaire seroit égaré, on pourrait toujours le trouver chés le secrétaire ballival Grenier.
Sur la fin de juin 1726 ' un débordement d'eaux fit un dégât très considérable à Yevay et aux environs. Les caves, jardins, pressoirs, en un mot tous les bas, furent sous l'eau. A peine y eut-on mis ordre, qu'elle prit occasion d'une lessive générale pour mètre tout le plus fin et le meilleur linge à quartier.
LL. EE. députèrent en juillet M. le trésorier de Watteville pour examiner sur les lieux mêmes les dégâts causés par les eaux. Elle choisit justement ce tems là pour celuy de son départ. L'occupation que me donnoit la réparation des dégâts faits par les eaux à notre maison et à notre campagne, m'empêchoit d'être du voyage. Tout sembloit concourir à faciliter son entreprise.
Comme elle prenoit toujours avec elle beaucoup de bagage pour le moindre petit voyage, et que celuy-ci devoit être de quelques semaines, les personnes qui n'éloient pas du complot ne s'avisèrent pas de faire atention qu'elle s'en chargeoit plus qu'à l'ordinaire. Outre que pour luy aider à faire ses paquets elle ne se servit que d'une proselite, qui la suivit en Savoye quelques semaines après son évasion. Comme nous avions porté un enfant à cette femme, qu'elle éloil souvent dans la maison et qu'elle avoit veillé ma déserleuse pendant
1 M. de Waicns se trompe, ce fut le 5 juillet.
sa maladie, il n'y avoit lieu à aucun soupçon. Obligé d'accompagner Sa Grandeur l, tant par mon respect pour elle que comme député du conseil de Yevay, dont j'étois membre, il m'étoit impossible de m'apercevoir de cette intrigue et un événement pareil à celuy de son évasion ne pouvoit pas naturellement m'entrer dans l'esprit.
Ma déserteuse disposa toutes choses pour partir pendant la nuit, sous prétexte d'éviter la chaleur du jour, trouvant aparammentque rien ne convenoit mieux à une œuvre de ténèbres, que les ténèbres mêmes. Ce fut celle du 13 au 14 juillet. Le jour qui précéda ce départ je luy dis qu'il seroit à propos de serrer la vaisselle d'argent, qui ne m'étoit pas absolument nécessaire. Elle le fit et mit en ma présence tout ce que nous avions de meilleur en ce genre, dans le buffet où nous avions accoutumé de la serrer lorsque nous sortions de ville, à la réserve de deux chandeliers, un bougeoir, deux cuilliers, autant de couteaux et de fourchètes, une caffetière et un pot à thé, qu'elle prenoit, disoit elle, pour son usage pendant son séjour à Evian, et ayant mis la clef du dit buffet dans un armoire, où il y en avoit plusieurs autres, elle me donna la clef du dit armoire. Il resta donc justement pour mon usage quelques vieilles cuilliers et fourchètes et une salière à l'antique, en un mot uniquement ce que tu as trouvé parmi mes effets. Comme je sortois peu après, elle me dit qu'elle avoit besoin de prendre quelque chose, qu'elle avoit oublié dans le dit armoire ; je luy donnai la clef, qu'elle me rendit à mon retour.
Je soupai ce soir là avec Sa Grandeur chés M. Couvreu. Ma déserteuse prit cet intervalle pour faire transporter les coffres et bagage au bateau, soit brigantin, car c'en étoit un. Elle n'oublia pas la vaisselle d'argent, qu'elle avoit enfermé le dit jour en ma présence, et dont elle avoit eu soin de s'em-
1 Le Trésorier.
parer avant de me rendre la clef de l'armoire des clefs. Sous prétexte de tenir son ménage à Evian, elle prit la baterie de cuisine, la vaisselle d'étain, etc., tout le plus (in et le meilleur linge, couvertes, matelas, ses joyaux et ses nippes, en un mot, tout ce que tu peux lire dans le détail que je produisis des effets qu'elle m'avoit emporté lors de l'inventaire do 1721), et même au delà. Tu trouveras cette liste dans mes papiers.
Outre cela elle emporta une bonne partie de marchandises de sa manufacture. Ce qui n'ayant pu se faire à l'insçu de S1 André, donne grand lieu de soupçonner qu'ils étoient d'intelligence.
A mon retour, je trouvai qu'elle s'étoit enfermée dans sa chambre sous prétexte de dormir, quoyque ce fut. suivant les apparences, le tems qu'elle prit pour achever ses paquets, c'est-à-dire serrer l'argent qu'elle emporta et ses joyaux. Comme je n'y entendis point de bruit, quoy qu'il y eut de la lumière, qu'elle tenoit toujours dans sa chambre depuis sa dernière maladie, je fus me coucher, avec ordre aux domestiques de m'avertir dès qu'elle seroit éveillée. Ce qu'elle empêcha qu'on me fit jusqu'au moment de son départ.
Sur les deux heures du matin, elle vint me dire adieu. Elle ne vouloit absolument point que je me levasse. Je le fis cependant, jettant seulement ma robe de chambre sur moy. Je la sentois tremblotter en la conduisant au bateau, tant elle craignoit aparemment d'être découverte. Mais nous étions tous si aveuglés sur son compte, qu'à peine en aillions nous cru nos propres yeux. Elle avoit même poussé la dissimulation si loin, que dans le tems même qu'elle tramoil ce beau coup, elle me témoignoit une cordialité toute particulière. Elle emmena avec elle la Chenebié, de Vevay, qu'elle avoil pris exprès pour luy servir de fille-de-chambre, pendanl son séjour à Evian. Ce fut en sortant de la maison pour aller s'embarquer qu'elle donna à porter au pauvre Pierre, sous le nom de toilette, une cassete qu'elle n'avoil pas voulu envoyer
au bateau avant elle. Il est vray qu'elle luy avoit servi à cet usage. Mais, pour cette fois-ci, elle y avoit mis l'argent qu'elle emportoit et ses joyaux. Pierre l'accompagna jusqu'à Evian. Il m'a dit depuis qu'il avoit trouvé cette cassete bien pesante. Il est plein de vie, à ce que je crois, il pourra te le dire luy même. C'est un honnête homme ; tu en as vu des preuves dans la garde et vente de mes effets. Certainement, s'il avoit su ce qu'il portoit, il me l'auroit dit et le coup auroit échoué. Mais je ne crois pas que j'en eusse été plus heureux. Si tu as occasion de luy rendre service je t'en auroi obligation et t'en tiendrai compte.
J'ay oublié de dire en son lieu que je menai le dit Pierre avec moi à Annecy. Son nom est Frùschy. Il est du village de Saanen en Gessenay ou des environs.
Je fus ensuite si occupé à faire réparer, les désordres du débordement que je n'eus point de tems à moy pour aller à Evian jusqu'au 4e d'août, qui étoit un dimanche. Dans cet intervale je reçus diverses lettres d'elle très cordiales.
Je fus à Evian avec M. Couvreu et quelques autres. Nous y vinmes dans un brigantin. Quand je fus chés la dite dame elle me dit que ne m'ayant pas vu de quelque tems, elle me prioit de ne pas sortir ce jour là, et de le passer tout entier avec elle. Je le fis d'autant plus volontiers que des affaires indispensables m'apellant pour le lendemain à Yevay, il faloit m'en retourner avec ces Messieurs, qui partoient le même soir. Elle craignoit que je ne découvrisse et tout concourait à me boucher les yeux.
Mme de Bonnevaux y vint comme nous dînions. Elle ne fit qu'entrer et sortir. Je me levai pour l'accompagner. Elle nevouloit pas et me dit trois fois « ne quités pas votre femme. » Je ne laissai pas de la conduire à la porte. Elle a prétendu dès lors qu'elle m'avoit voulu insinuer par ces paroles l'intention de ma déserteuse et d'y mètre ordre. Je laisse juger à tout homme de bon sens si on peut y donner une telle interprétation.
Nota bene que la ditte dame de Bonnevaux a été une des principales entremeteuses dans cette affaire et qu'elle se met sur le pied de convertisseuse. Quand le diable fut vieux il se fit hermite !
Je voulois luy aller faire visite l'après dîner, mais ma déserteuse m'en empêcha. Tout luy faisoit ombrage. Elle craignoit qu'il n'échapàt quelque chose à la ditte dame, qui découvrit le pot aux roses, qui étoient cependant sur le point d'éclore.
Quand nous fûmes seuls, ma déserteuse souhaita que je luy envoyasse le dictionnaire de Bayle, dont la lecture l'ainuseroit, disant qu'elle s'ennuyoit beaucoup et qu'elle étoit presque toujours seule. J'avois une fort belle canne à pomme d'or, qu'elle me demanda aussi pour se promener en prenant les eaux, tant il luy fàchoit de me laisser la moindre chose, dont elle put tirer parti. Gomme je ne savois rien luy refuser, je remis l'un et l'autre à S1 André, qu'elle m'avoit prié de lus envoyer le lendemain, ayant à luy parler pour les affaires de la manufacture, et qui les luy porta.
Mes compagnons de voyage vinrent luy faire visite. Nous primes le caffé ensemble ; puis sortant, ils me dirent qu'ils me feraient avertir, lorsqu'ils seraient prêts à partir. Le reste du tems que je fus avec elle, elle soupirait et me disoit de temsàautre, « Mon cher mari, que deviendras tu? » G'étoitaparemment un reste de remords de conscience, mais qui furent bientôt étoufés, preuve en soit ce qui se passa le soir même de notre départ. Comme elle étoit sujette aux vapeurs, je crûs que ce n'étoit qu'un effet de cette maladie et je tâchai de la tranquiliser.
L'heure du départ arrive, l'on m'avertit, je prends congé d'elle. Elle me témoigne autant d'amitié qu'elle ait fail de sa vie. Elle m'accompagne dehors de la maison (dont le derrière donne sur le lac) jusqu'au bord du lac, les larmes aux yeux. Je voyois quelques gardes du roy là autour. Il ne me seroit
pas entré dans l'idée qu'ils étoient là pour nous guetter. Cependant rien n'éloit plus vray et j'ai su depuis que ma déserteuse avoit déjà donné sa parole à l'évêque d'Annecy. Nous partîmes, elle accompagna le brigantin des yeux. Mais de quelle dissimulation une femme n'est-elle pas capable ? J'ai su de bon lieu, mais longtems après, qu'à peine eut-elle tourné le dos que la fille qui la servoit, lui dit : « Madame, vous avés un bon mari. — Si vous le croyés ainsi, répondit elle, prenés le, il sera bientôt sans femme. »
Dans le tems que nous commencions à voguer nous aperçûmes le roy de Sardaigne à cheval avec quelques seigneurs de sa cour, revenant de la promenade. Quelques uns de nos Messieurs ne l'avoient pas vu, l'on aborda et ils descendirent à terre. Je restai dans le bateau avec d'autres. Quand le roy fut passé, ces messieurs remontèrent et nous partîmes
L'on m'a assuré que, comme S. M. entroit dans Evian, ma déserteuse, qui logeoit dans une maison du Sr Buguet, qui est fort près de la porte, s'alla jetter à ses pieds pour luy demander sa protection et du pain. A quoy le roy doit [avoir répondu : « Je vous accorde l'une et j'aurai soin que vous ne manquiés pas de l'autre. » Ce qu'il y a de certain, c'est que dès ce même soir, elle changea de logement et vint chés Mme de Bonnevaux, où l'on eut soin de la divertir et de la garder à vue, comme si l'on avoit craint qu'on ne la vint enlever.
Nous ne fimes guère plus de deux lieues ce soir là. Le mauvais temps nous surprit. Il tomba beaucoup de pluye et même de la grêle. Bien nous en prit d'avoir des provisions avec nous, car le vent fut si contraire que nous fûmes obligés de passer la nuit sur les côtes de Savoye. Nous nous accordâmes du mieux que nous pûmes dans notre brigantin, qui valoit encore mieux que les hùtes savoyardes. Nous entendîmes des patrouilles de tems à autre. Elles roulèrent toute la nuit. Je ne doute point que ce ne fut pour nous observer et qu'un drôle, qui traversa le lac avec nous, ne fut une es-
pèce d'espion. Car j'ai' été convaincu dans la suite qu'il avoil servi de messager entre Mme de Bonnevaux et ma déserteuse, dans la correspondance qu'il y a eu entr'elles avant l'arrivée de la dernière à Evian.
Nous arrivâmes à Yevay le lundi oe au matin. Je dis à S1 André que ma déserteuse souhaitoit qu'il se rendit ce jour la auprès d'elle. Il partit et luy porta ma canne et Bayle, que je lui remis.
Il revint le mardi matin 6e et me dit qu'il faloit qu'il envoyât à la ditte dame un tonneau soit bàlot de marchandises, et cela le même jour. Cet ordre si prompt me surprit. Mais il me dit que la de dame le vouloit absolument et qu'elle l'avoil grondé sur ce qu'il avoit voulu luy faire quelque représentation là dessus, luy disant qu'elle avoit occasion en main do s'en défaire avec avantage. Il fit donc le bàlot, qui étoit très gros, et l'expédia l'après-midi par un bateau d'Evian qui l'avoit amené et qui atendoit cette charge. Cette expédition faite, il fut à Lausanne. Je ne me rappelle pas au juste s'il y alla le même soir ou seulement le lendemain matin. Ce que je sai, c'est que le mercredi au soir, 7e août, il vint de Lausanne et m'aborda nt derrière l'Aile, où je me promenois : « Monsieur, me dit-il, vous n'avés plus de femme. — Comment donc, dis je tout étonné?— Non, Monsieur, me dit il, elle est partie ce matin d'Evian pour suyvre le ro\ à Turin. — En êtes-vous bien sûr, luy dis-je ? — C'est le bruit général a Lausanne, » me dit il. J'étois si aveuglé que je n'en pouvois rien croire.
Je revins à la maison et, en chemin faisant, je réfléchis qu'il n'y avoit jamais de fumée sans feu. Je m'avisai pour lors de chercher, dans l'armoire des clefs, celle du buffet où elle avoit serré la vaisselle d'argent en ma présence. Je lus surpris de n'y point trouver cette clef. Dans tout l'intervalle, qui s'étoit écoulé depuis son départ, n'ayant eu aucune occasion de faire usage de quoy que ce suit de ce qui devoil être dans ce buffet, il ne m'étoit pas venu a l'esprit d'y regarder. Enfin
je la trouvai, cette clef, mais tu ne devinerois jamais où elle l'avoit mise. J'allois faire ouvrir le buffet, et il auroit falù absolument pour cela la main du serrurier, quand le pur hasard me la fit trouver. Ayant vuidé ce qu'il y avoit dans l'armoire pour la chercher par tout, quelcun de ceux qui étoient avec moy, regardant dans une vieille boête à thé, en tira du coton, dont elle étoit remplie, et dans lequel la dite dame avoit mis cette clef et celle de son garde robe. Cette viie me frapa et m'aprit mon malheur. Pour achever de m'en convaincre, j'ouvris le buffet et trouvai les oiseaux hors du nid. J'ouvre la garde-robe, elle en avoit tout enlevé, à peine laissat'elle des guenilles. Cela me mit dans l'état que tu peux t'imaginer.
Le trouble où j'étois ne me laissant pas la liberté de me déterminer sur le champ sur le parti que j'avois à prendre, j'envoyai chercher un ami. Je luy dis le cas. « Ce que vous voyés, lui dis-je, et le bruit qui court sont des preuves qu'elle déserte, mais non pas qu'elle soit déjà partie. Je crains qu'en allant moi-même sur les lieux pour m'en informer, je ne fisse que m'exposer. — N'y allés point, dit-il, envoyés y plutôt quelqu'autre. » Nous convînmes ensuite qu'il faloit que ce fut S1 André. Je le priai de partir dans la nuit même. Ce qu'il fit avec Pierre que je jugeai à propos de luy donner pour compagnie. « Informés vous, lui dis-je, au juste de tout et m'en donnés avis incessamment. » C'étoit la nuit de mercredi au jeudy.
Le jeudy matin 8e, un homme de Lausanne, dont je ne me rapelle pas le nom et qui venoit d'Evian, vint chés moy m'aprendre qu'il n'étoit que trop vrai que la de dame étoit partie le jour auparavant, mercredi 7e août, de bon matin d'Evian, quelle avoit traversé toute la ville à pied, conduite par deux gentilshommes de la suite de S. M. ; qu'à la porte d'Alinges elle étoit montée en carosseavec une demoiselle d'Evian, que j'ay vu près d'elle à Annecy pour luy tenir compagnie, et que huit gardes de S. M. escortoient le carosse.
Entre une et deux de l'a près midi, deux bateliers venant d'Evian me dirent avoir rencontré S1 André et qu'il leur avoit dit de venir chés moy. « Nous avons, me dirent-ils, ce matin ouï le roy, au sortir de la messe, ordonner au sieur Bugnet d'avoir soin de faire partir les hardes de Me de Warens. Nous avons vu embarquer les coffres et bàlots pour Genève. Tout étoit sous le cachet et les armes du roy. »
Là dessus, après avoir pris un bouillon, car par parenthèse je n'avois avalé quoyque ce soit dès le diner du jour précédent, je montai à cheval, avec un voisin qui m accompagna, et j'arrivai le lendemain à porte ouvrant à Genève. Je consultai deux personnes de ma connoissance, gens d'honneur, sur l'arrêt des dits effets. Mais sur ce qu'ils m'assurèrent que je ne l'obtiendrois pas, parce qu'ils passoient sous le nom et sous le couvert du roy, je ne poussai pas ma pointe et m'en revins au logis. Et je crois que je pris le bon parti. J'aurois d'ailleurs manqué le principal, qui étoit la cassete, que la voyageuse avoit eu soin de prendre avec elle dans le carosse.
Le lendemain de mon retour, M. le châtelain de Yevay prit la peine de me venir voir. Il m'aprit l'arrêt de LL. EE., portant confiscation à leur profit des biens de leurs sujets, qui changeoient de religion, et me dit qu'il étoit mortifié d'être obligé par sa charge de procéder à l'inventaire des effets de la dame et qu'il n'étoit point venu pour me faire de la peine, mais pour consulter avec moy sur la manière de nous y prendre. Je le remerciai de son honnêteté et je luydis, que quoyque le bruit courut que l'évadée avoit changé de religion, il n'\ avoit encore point de certitude de son abjuration et que (Tailleurs mon dessein étant d'aller me jetter aux pieds de LL. EE., je le priois de vouloir suspendre les choses jusqu'à mon retour de Berne. Il me répondit qu'il ne demandoil qu'à être à couvert des reproches qu'on pourroil luy faire. Cela étoit juste. Je luy fis une déclaration par écrit que c étoit à ma re-
quête, et pour les raisons ci-dessus, qu'il avoit suspendu ses suites et il s'en contenta.
Je reçus dans ces tems là une lettre de la de dame, dattée du IIe août, mais sans lieu de place. Elle m'annonçoit son changement de religion, qu'elle ne l'avoit fait que pour suivre les mouvements de sa conscience, et prioit Dieu de vouloir me toucher le cœur et m'éclairer par son S1 Esprit.
Peu de jours après j'en reçus une autre, dattée d'Annecy. Elle m'exhortoit à suivre son exemple ou du moins de luy donner la consolation de me voir. Je ne voulois absolument point y répondre. Mais Fontanes, dont tu m'avois procuré l'assistance, étant avec moy à Vevay, me porta à le faire à la première. Je luy écrivis et luy témoignai ma surprise de sa démarche et le triste état où elle m'avoit mis. J'évitai les reproches, parce qu'ils étoient inutiles. Nous envoyâmes la lettre par S1 André, qui nous raporta une réponse , par laquelle elle me pressoit de l'aller voir. Je la laissai sans réplique.
Nous partîmes pour Berne, Fontanes et moy. A notre retour, je reçus une autre lettre, par laquelle elle me demandoit encore instamment de me rendre auprès d'elle, et que j'aurois lieu d'en être content. Je ne voulois absolument point le faire. Mais Fontanes le trouva à propos, comme je l'ay dit dans la page deuxième de cette longue épitre.
Voilà enfin le détail de toute cette atfaire, d'un bout à l'autre, et de ses suites. Je ne voulois, disois-je, dans la page douzième, qu'ajouter quelques circonstances par rapport à la conduite de ma déserteuse. Pour me les rappeler il m'a falu entrer dans un détail et cela m'a mené insensiblement à grossir ma lettre plus que je l'aurois voulu. Cette dernière relation, qui dans l'ordre naturel auroit dû précéder l'autre, est une preuve que la dite dame a pris ses mesures de loin pour faire son coup, et que l'ambition y a eu plus de part que la conscience. Je n'ai su comment l'abbréger. J'aurois pu re-
trancher telles circonstances que vous troùverés peul être d'usage. Et, si plusieurs sont hors d'œuvre, tu en seras quite pour la peine de les lire. D'ailleurs cela auroil retardé davantage l'expédition de ma réponse, qui ne l'a déjà que trop été. La barre sera très facile à enlever p;ir rapport à mon père, rien n'étant plus injuste que cette saisie, puisque ma déserteuse n'a pas la moindre ombre de droit contre lu y. J'aj une vive douleur d'être la cause quoiqu'innocente des mauvaises difficultés qu'on luy suscite. Si tu trouves une occasion favorable de luy témoigner combien j'en suis mortifié et de l'assurer de mes profonds respects, je t'en aurai une obligation toute particulière.
Ce qu'il y a de fâcheux pour mon père, c'est que cette saisie provisionnelle, soit barre, étant enlevée, il ne laisse pas de courir grand risque de perdre les sommes qu'il a dans ce pays là, ou du moins en bonne partie. Elles ne sont rien moins qu'assurées. M. de la Bastie n'a proprement rien à luy, tout est substitué par fidei-commis ou par son contrat de mariage à son fils. Le bien qui reste à M. Le Jeune vient tout de sa femme, il n'a rien à luy. Je ne connois point la situation du Sr Picolet. Il y a même grand apparence que les débiteurs de mon père ont été d'intelligence avec ma déserteuse et l'ont portée à demander cette saisie. Toutes les circonstances m'en convinquent.
La ditte dame savoit parfaitement avant son évasion qu'il restoit entre les mains de mon père une somme de laquelle la propriété m'apartenoit. quoyque peut être en ait-elle oublié dès lors le montant. Elle savoit outre cela que MM. de la Bastie et Le Jeune dévoient à mon père. Elle a séjourné cependant six ans en Savoye sans se donner le moindre mouvement pour faire saisir les dit les sommes, sur lesquelles elle n'a pas plus de droit présentement qu'elle n'en avoil alors. Dans quel tems commençe-t'elle d'agir .' Justemenl dansceluj que mon père,. après avoir suivi ses débiteurs, esl sur le point
de les forcer à luy rembourser les sommes, qu'il leur a confiées, et qu'ils n'ont d'autre ressource que celle-là pour en retarder le payement.
Mais diront les partisans de la ditte dame, supposé qu'elle n'ait point de droit contre votre père, elle en a contre vous par son contract de mariage. Votre père jouit d'une somme dont la propriété vous apartient. Il a des créances en Savoye. Et comme, pour me servir de ses propres termes, elle ne peut avoir de ressource que sur les effets qui sont dans ce pays là et qu'il y auroit du danger dans le retard, elle demande que les sommes dues à votre père restent pour gardance de damps, ou du moins une partie assés considérable pour faire le montant de la somme qui vous apartient.
A cela voici ma réponse, que je crois sans réplique. Sa désertion malicieuse la prive non seulement des avantages que le contract luy donnoit, mais même des biens qu'elle m'a aporté, qui sont censés m'être échus par cette désertion. C'est la coutume constante dans les pays de droit écrit.
Les circonstances qui accompagnent cette désertion, c'està-dire les effets qu'elle m'a emportés, aggravent son cas et rendent le mien plus favorable. Mais surtout je n'ay possédé ces biens qu'en vertu de la cession que m'en ont faite LL EE., après les avoir déclarés confisqués à leur profit. Ainsi elle n'a pas plus de droit contre moy qu'elle n'en auroit contre LL. EE. mêmes. Si j'étois assés malheureux pour qu'elle obtint les fins de sa requête, ce seroit couronner l'œuvre. Bien loin qu'il me reste quelque chose de ses effets, le mien s'en est allé de compagnie. Outre l'acquittement des dettes, qu'elle avoit contractées, il m'a falù payer à la rigueur les lots d'une propriété imaginaire de ses biens fonds, qui n'a pas duré deux ans.
Je suis persuadé que LL. EE. ne refuseront point d'acquiescer à la requête que tu as dessein de leur présenter, pour les suplier de vouloir nous soutenir dans ce fait. Il est de leur
honneur de ne pas soufrir qu'on empiète sur leurs droits et qu'un tribunal étranger s'avise de renverser leurs arrêts, du moins tacitement, en donnant droit d'agir contre les personnes en faveur de qui ces arrêts ont été émanés, et cela sous prétexte d'un droit qui n'existe plus et qui a été annuité. Je conviens que la prétraille donnera de rembarras. Mais j'espère que nous nous tirerons à la fin de ce mauvais pas. Je doute que le sénat de Chambéry ose donner une sentence en faveur de la ditte. C'est un point délicat et ce seroit commetre les souverains entr'eux. C'est une tentative qui doit naturellement aller à vau l'eau. On ne voudra pas se brouiller pour une femmelette. Pour mes papiers ils sont entre les mains de M. de Pluvianes. Tu y pourras prendre ceux que tu jugeras nécessaires. Les principaux sont dans une petite cassete et les autres dans une plus grande. Tous ceux dont je te parle dans le cours de ce long écrit, doivent être dans l'une ou dans l'autre. Il n'y a que les lettres que je crois d'avoir brûlées, dans le tems que je partis pour la Hollande. Peut être en serafil resté quelcune? Ce seroit un pur hasard. Celle sans datte ni seing, écrite à S1 André, a du moins passé le pas. Et je crois toutes, car je brûlai divers papiers dans la cuisine de notre ami Pluvianes. Mais tu peux compter sur la fidélité de ce que j'avance à leur sujet.
Tu trouveras ci-joint une lettre pour M. de Pluvianes. par laquelle je le prie de te communiquer les paniers, dont tu pourras avoir besoin et que tu auras la honte «le remetre dans leur place quand tu en auras fait usage et de vouloir bien nous prêter ses bons offices. Je ne saurais assés l'exprimer combien je suis sensible à l'empressement avec lequel lu te prêtes pour me tirer de ce mauvais pas. C'esl un surcroîl d'obligation que je t'ay. Quand serai-je à même de le témoigner ma reconnoissance d'une autre façon qu'en te causant de nouveaux embarras? Accepte, je te prie, <'ii atendanl la volonté pour le fait.
Je finis ma lettre, mon cher ami, par l'endroit ou tu commences la tienne. Si j'ay demeuré si longtems sans te donner de mes nouvelles, c'est que je n'avois rien de nouveau à t'aprendre par raport à ma situation. Il ne s'est point présenté jusqu'ici de place convenable. Celles qui auroient pu être mon fait étoient pourvues à l'avance. Les bonnes places sont rares et se rencontrent difficilement. J'ai cependant de bons patrons. Ils me font espérer qu'ils me placeront d'une manière que j'aurai lieu d'être content. Mais ils me disent qu'il faut avoir un peu de patience et qu'il vaut mieux atendre davantage et avoir quelque chose de solide. Il faut espérer que pendant cet hyver nous trouverons quelque chose de bon, car je ne m'atens à rien pour le reste de cette année. Ce seroit un pur hazard. Je m'y détermine d'autant plus volontiers que je ferois une triste figure au pays pendant tout ce tripotage et qu'assurément il n'aideroit pas à porter mon père à me voir de meilleur œil que la dernière fois que j'ay été à Lausanne.
Je remercie ma chère sœur, ton épouse, des assurances de son amitié et l'assure de toute la mienne. Mes honneurs à vos dames et mes compliments à tout le reste de la famille. J'embrasse cordialement d'Orsens et luy fais mille excuses de ce que je suis si fort en arrière de luy. L'occupation que m'a donné cette lettre et un méchant rhume qui m'a pris pendant que je travaillois et qui me tient encore bien serré, m'empêche de luy écrire pour le coup. Il a retardé l'expédition de cette lettre. J'en suis fâché, mais à l'impossible nul n'est tenu. Je suis sensible aux soins que mon cousin de Bochat veut bien se donner, conjointement avec toy. Assure-le je te prie de ma reconnaissance, en atendant que je le fasse moy même. Mes respects à mon oncle de Wllierens, quand tu le verras, à M. et Mme de Yernand et mes honneurs à tous ceux qui me font celuy de se souvenir de moy. Mes cordiales amitiés à toute la fraternité.
Adieu, mon cher ami, pardon encore une fois de la Ion-
gueur et du verbiage de ma lettre. Jamais tu n'en as reçu et je ne crois pas d'en écrire de ma vie une d'un pareil volume. J'en ai numérotté les pages. J'ay eu cette précaution nécessaire. Donne moy, je te prie, de tes nouvelles et m'aprens le tour que les choses prendront le plutôt qu'il te sera possible. Etant absent, peut être faudroit-il faire le manifeste au nom de la famille. Je m'en rapporte cependant à ce que vous jugerés à propos, et je tiens tout ce que vous ferés pour ratifié. Je datte ma lettre de Londres quoyque je t'écrive de la campagne, où je demeure. Tu as bien fait d'addresser la tienne à MM. Rieu et Guinand, à Londres, sans y nommer le Meu de ma demeure et je te prie de faire de même dans la suite, parce qu'ils sauront toujours où me faire tenir mes lettres. Comme l'on se sent souvent de l'humeur du pays où l'on se trouve, j'ay changé pour la seconde fois de domicile et suis à présent à Islington, où je suis plus à portée de voir mes patrons et mes amis de Londres. Fais moy justice d'être persuadé de la sincérité de mon amitié et de ma reconnoissance, et que je serai toute ma vie tout à toy.
Londres ce 22 sept. /3e octobre 1732.
N. B. Le même jour 22 septembre soit 3 octobre nouv. style j'ay écrit à M. de Pluvianes pour le prier de nous prêter ses bons offices dans cette maudite affaire1, de communiquer ;i M. de Mides les papiers dont il pourroit avoir besoin, do les remetre ensuite en leur place dans les cassolcs cl enfin d'avoir soin que mes livres, qui sont dans le coffre ou les cassetes sont serrées, ne s'endommagent pas.
1 Ce procès obligea mou frère d'Orsens à plusieurs voyages à Chambérj et à Turin, enfin la dame se désista et la barre fut levée en mav 1734 comme conste la copie à moy envoyée par mon père, en juin 1734, chés mon cousin d.' Bochat <>ù je logeois pour lors. (Note postérieure de M «le Warens.)
Consultation de l'avocat Vignet à Montmélian pour M. de Loys, seigT de Villardin.
Le seigneur De Villardin ayant été présent et consentant au contrat de mariage du seigneur son fils avec demoiselle De la Tour, par disposition du droit écrit romain, et ainsi qu'il se juge encore en Savoye, a hypothéqué tacitement tous et un chacun ses biens pour la seureté et restitution des droits dottaux de la demoiselle De la Tour, sa belle fille, sans que même une spéciale hypothèque y eusse pu déroger à la générale que la loi accorde. Aussi le souverain Sénat de Savoye, ayant accordé la saisie sur les créances du seigneur de Villardin dans ce pays, l'a ainsi recognu rée (rière son ressort) sur l'exposé dans la requête de saisie ; aussi ne croit-on pas qu'il y aye eu d'autres motifs pour accorder la ditte saisie que parceque, encore un coup, l'on regarde tous les biens ou qu'ils soyent situés du seigr De Villardin, affectés pour la restitution des dits droits dottaux.
Il est bien vray que s'il y a une loy ou coutume au contraire dans le pays de Vaux, où le dit mariage a été fait, que le père ne soit pas tenu dans un cas semblable de la restitution des dits droits, il en faudra faire conster et par ce moyen on pourra faire lever la saisie, mais n'en faisant pas conster, l'on croit que l'on suivra pour cette décision le droit écrit romain. A l'égard de l'article de confiscation de LL. EE., l'on pense que cette confiscation ne peut point affecter les biens et droits situés rière un autre pays, d'autant plus que cette confiscation « non venit ex dispositione juris communis,» et que par conséquent cet arrest, hors de son ressort, ne peut point priver
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un condamné du bénéfice du droit commun. Or dans le cas dont s'agit, la demoiselle De la Tour, ayant par disposition de droit commun et civile, hypothèque sur tous les biens du seigneur son beau-père, elle peut exercer cette hypothèque en pays de Savoye et hors du ressort du dit arrest, pour la restitution de ses droits dottaux ou, pour mieux dire, pour l'assecuration d'iceux dans le cas de laquelle elle se croît être.
Tellement qu'il faut que le seigneur De Villardin consulte dans le Pays de Vaud pour sauver les raisons ci dessus, si du moins l'on ne croit pas qu'il puisse obtenir l'enlèvement de la saisie de ses biens en Savoye.
Archives cantonales vaudoises. Correspondance bailliyale Vev'ey, I, p. 57.
Lettre du Bailli de Verey à l'avoyer et au Conseil de Berne.
Verey le 4 mai 1745.
(Texte original en allemand.)
Très honorés et très gracieux Seigneurs,
Quoique je n'aie pu découvrir ici dans les registres du bailliage la moindre mention, relative à la succession de Mme De la Tour, je me rappelle pourtant que VV. EE. ont décrété le 26 décembre 1726 qu'après la mort de cette daine ses biens devaient revenir au fisc. Comme la dite dame De la Tour est morte le 28 du mois dernier je crois de mon devoir devons communiquer son décès et de demander en même temps des ordres au sujet de cette succession. En imploranl sur Nos Excellences la protection divine, je reste avec respect, 1res honorés Seigneurs, votre obéissant serviteur et bailli,
ABRAHAM DE GrAFENRIED.
Archives cantonales vaudoises. Correspondance raillivale Yevey, I, p. o9.
Requête de Mme Hugonin à l'aroyer et au Conseil de Berne.
S. I. n. d. (La Tour de Peilz, le 10 mai 1745 *.) Illustres, Hauts, Puissants et Souverains Seigneurs,
Françoise-Marie Hugonin, née De la Tour, votre très humble et très obéissante servante et sujette, a l'honneur d'exposer à Vos Excellences, dans les sentiments du plus profond respect, que leur ayant ci-devant addressé ses très humbles prières pour les supplier de luy déclarer propres les biens substitués en faveur de sa famille par feu Jean-Baptiste De la Tour, son grand oncle, desquels la Dame De la Tour, née Flavard, sa veuve, avoit la jouissance pendant sa vie et qu'on a présumé avoir été compris par Vos Excellences dans la confiscation de ceux de Mme de Yuarens, sa belle fille, morte civilement sans enfans et sans tester par sa sortie du Pais et son changement de religion en l'année 1726, Vos Excellences renvoyèrent l'effet de la requette de la suppliante jusqu'à ce que l'usufruit des dits biens substitués eut pris fin par la mort de la dite Dame veuve De la Tour. Et comme la ditte Dame veuve est décédée depuis peu, l'humble suppliante, en conséquence du renvoy sus énoncé, prend la liberté de reparaître devant l'auguste tribunal de Vos Excellences pour y réitérer ses humbles prières aux fins qu'il leur plaise d'enlever tout obstacle qui pourroit naitre de la dite confiscation et s'opposer à sa possession des dits biens substi-
1 Cette date est indiquée dans la lettre baillivale du 12 mai qui accompagnait la requête. (Voy. 1. c. p. 83.)
tués, fondée sur l'expresse disposition du dit Jean-Baptiste De la Tour, vray le légitime maître des dits biens, conformément à la volonté duquel la suppliante, sa nièce et plus proche parente, est appellée à les recueillir par la dite Dame veuve De la Tour, en vertu du pouvoir que le dit feu Jean-Baptiste De la Tour, son mary, luy avoit donnée de nommer à sa succession des dits biens un ou plusieurs de ses plus proches parents.
La suppliante ose se flatter que son humble demande ne paroitra à Vos Excellences suscepte d'aucune difficulté, puisqu'il est certain qu'il n'y a que les biens libres de Madame De Vuarens qui ayent pu être confisqués et que les biens substitués en question n'appartiennent pas à la dite Dame de Vuarens, mais, étant dévolus à la famille delà suppliante par l'effet de la dite substitution, n'ont pu régulièrement être compris dans la confiscation, veu que ce seroit étendre sur la suppliante la punition de la dite dame de Vuarens et luy faire supporter la peine de sa faute. Un sy juste motif fait espérer à la dite Françoise-Marie Hugonin que Vos Excellent ;es, par les principes de cette équité sy reconnue dont ils (elles) font la régie de tous leurs décrets, voudront bien, comme elle les en supplie très humblement, déclarer les susdits biens exemps de la confiscation et autoriser la suppliante à en prendre possession comme de ses biens propres, à elle dévolus en vertu de la substitution sus énoncée; ce qu'àttendanl avec confiance de leur suprême justice elle adresse ses vœux les plus sincères au ciel pour la conservation, la paix3 la prospérité de Vos Excellences et de leurs florissants Etats'.
Archives cantonales vaudoises. Correspondance raillivale Vevey, I, p. 55.
Requête du capitaine Hugonin à la chambre des Bannerets du Pays de Vaud, à Berne.
Très honorés et illustres Seigneurs,
Le capitaine Hugonin, très soumis serviteur et fidèle sujet de LL. EE., pénétré de la plus respectueuse et de la plus vive reconnoissance au sujet du rapport que Sa Grandenr le magnifique ïhrésorier Steiguer a daigné luy faire dans la chambre de mes Illustres Seigneurs Banderets, prend la liberté d'implorer avec le plus profond respect leur haute protection pour obtenir de LL. EE. , en faveur de son épouse, une possession provisionnelle du petit domaine qu'elle a eu l'honneur de faire conster qui luy étoit départi par la Dame de la Tour, née Flavard, sa tante deffunte, avec otïre de donner caution au contentement de LL. EE., pour tout ce qu'il leur plaira d'ordonner en faveur de Madame de Wuarrens touchant ce petit domaine, lorsqu'elle sera dans le dessein sincère de rentrer dans le sein de l'Eglise et qu'elle aura eu le bonheur d'obtenir sa grâce de notre pieux souverain. — Cette faveur que l'humble suppliant espère de la grande équité, qui est la régie invariable de tous les décrets de LL. EE., l'engagera à continuer ses soins pour conserver et améliorer même ce petit domaine, dont l'usage de cette possession conditionnelle sera toujours dans sa famille un sujet de bénédiction et de reconnoissance envers son Auguste Souverain pour un bienfait dont il ne perdra jamais le souvenir1.
1 Cette supplique, non datée et non signée, est scellée des armes du bailli de Vevey N. Abraham de Graffenried. Elle est postérieure à la supplique de Mme Hugonin puisqu'elle renferme une allusion à celle-ci.
Archives cantonales vaux uses. Correspondance baillitale Vevey, I, p. 78.
Mandat de l'avoyer et du Conseil de Berne à la Chambre des Bannerets du Pays de Va h il.
Berne, le 17 juin 1745.
Texte original en allemand (copie).
LL. EE., confirmant leur précédente permission, ont trouvé bon de renvoyer jusqu'après la Saint-Martin la liquidation du procès relatif aux biens de feu Jean-Baptiste De la Tour, que Mme Hugonin sollicite. De quoi, Messeigneurs, Elles vous informent en témoignant le désir amical que cette affaire leur soit de nouveau présentée après les prochaines vacances d'automne. Fait le 17 juin 17 'io.
Chancellerie de li>-rn>'.
Archives cantonales vaudoises. Correspondance baillh \i.i Vevey, I, p. 79.
Bequête de Françoise Miol, née Flavard, à l'Avoyer et au Conseil de Berne.
Vevey S. d.
Illustres, hauts, puissans et souverains Seigneurs.
Françoise Flavard, femme du conseiller Miol, de Vevey, très soumise servante et fidèle sujète de Vos Excellences, obtint de leur justice, le 7 juillet dernier, un ordre adressé au Magnifique, très honoré Seigr Baillif de Vevey pour la séparation des biens qui ont apartenu sous quel nom que ce soit à feusa sœur Marie Flavard, veuve du feu Sr De la Tour, don!
la suppliante est l'unique héritière ab intestat, lesquels biens se sont trouvés confondus avec ceux qui doivent apartenir aux héritiers testamentaires du dit feu Sr De la Tour et qui ont été séquestrés après la mort de dite Marie Flavard, qui avait eu la jouissance du tout. Le M. T. H. Sgr Baillif aura sans doute adressé à YV. EE., le résultat de ce qu'il a fait en exécution de leurs ordres, dans lequel il doit être resté indécis à qui doivent apartenir quelques uns des biens séquestrés. Et comme le capitaine Hugonin demande aujourd'hui à LL. EE. main levée de ceux qui doivent apartenir aux dits héritiers testamentaires de feu M. De la Tour, l'humble suppliante s'est vue obligée de rappeler à YY. EE. leur dit ordre du 7 juillet courant, afin que, dans ce qui sera accordé au dit Sr capitaine Hugonin, rien ne se fasse au préjudice de la suppliante, mais que ce qui est décidé lui apartenir lui parvienne et que ce qui est resté indivis reste en séquestre jusqu'à la décision qui s'en fera de la manière qui paroitra la plus convenable à YY. EE. Ce qu'obtenant la suppliante redoublera ses vœux pour leur prospérité et pour celle de leurs florissants Etats.
Archives cantonales vaudoises. Correspondance bailliyale Vevey, I, p. 117.
Chambre des Bannerets au Sénat de Berne. Berne, le 4 décembre 1745.
Texte original en allemand.
Illustres, hauts, puissants et souverains Seigneurs.
Ensuite de l'ordre reçu de Vos Excellences le 17 juillet passé. Messeigneurs le Trésorier et les Bannerets du Pays de Vaud ont cité et interrogé M. le capitaine Hugonin, représentant sa femme, Françoise-Marie Hugonin, et le magnifique Seigneur commandant Bondeli, comme baron du Châtelard,
au sujet de l'héritage de M. Jean-Baptiste de la Tour, dont Mme Hugonin sollicite la possession.
M. Hugonin leur a humblement exposé que Mme De la Tour née Flavard, avait été substituée par une disposition testamentaire de son mari, de l'année 1709, à tous les enfants de celui-ci, morts sans famille et ab intestat, dans l'hérédité des biens qui constituaient son douaire, à charge de transmettre elle même ces biens à de proches parents du testateur, qu'elle désignerait : que cette dame étant morte récemment, Mme Hugonin requérait de leur haute clémence d'être mise et laissée en possession du domaine du Basset, en vertu du testament de son grand-oncle et du choix que sa grande-taule avait t'ait d'elle pour recueillir sa succession: d'autant puisqu'elle se trouvait déjà naturellement être la plus proche parente et héritière de M. Jean-Baptiste De la Tour, puisque Mme De Vuarens, le seul enfant qui survivait encore à ce dernier, n'ayanl pas de postérité et s'étant convertie à la religion catholique, avait perdu ainsi tout droit à la fortune paternelle et était morte civilement; que l'arrêt de LL. EE. du 2(i décembre 1726 ne pouvait équitablement concerner que les biens dont Mme de Warens avait eu la propriété -effective et non poinl ceux qu'elle n'avait jamais eu personnellement en mains: qu'enfin si Mme Hugonin n'obtenait pas sans devoir recourir à une action civile le domaine du Basset, elle se proposait dors et déjà de réclamer par voie de justice tous les biens compris dans la substitution instituée par sou grand-oncle.
Le magnifique Seigneur commandant Bondeli a opposé par contre aux conclusions cî-dessus que les barons du Chàtelard, ainsi que le constatent des titres anciens, souvent reconfirmés, ont toujours eu. dans le rayon de leur baronnie, le plein exercice des droits fiscaux, de sorte que le souverain n'a jamais fait difficulté, lorsqu'une confiscation était décrétée, de leur céder les propriétés qui ressortissaient de cette terre. Ce dont il offrait de fournir la preuve par des
actes et par des exemples nombreux. Il demandait donc que les biens en question, qui devaient revenir à Mme deWarens et qui étaient situés dans la juridiction du Chàtelard, lui soient remis, puisqu'ils étaient frappés de confiscation par les décrets du 26 décembre 1726 et du 1er avril 1727. LL. EE. reconnaîtraient de cette manière la jouissance ultérieure de son antique privilège. S'il devait s'élever ensuite quelque opposition de la part de M. Hugonin ou d'un autre compétiteur il se chargerait bien de leur répondre en justice.
En dernier lieu comparut aussi l'avocat Mégard. procureur et fondé de pouvoir de Mme Miol, née Flavard, lequel déclara par la supplique ci-annexée, que certains biens dont la sœur de sa cliente, la veuve De la Tour, née Flavard, avait eu l'usufruit viager et qui devaient après la mort de cette dame revenir à cette cliente, comme à sa plus proche parente abintestat, étaient confondus dans le séquestre de ceux dont elle avait eu la jouissance du cùté de son mari. Ensuite de l'ordre deVV. EE., adressé au bailli de Vevey le 7 juillet dernier, il a été statué pour plusieurs de ces biens qui devait être considéré comme leur légitime propriétaire ; les autres restèrent provisoirement indivis. M. Mégard prie YV. EE., au nom de Mme Miol, de faire livrer à cette dernière ceux qui lui ont été jusqu'ici attribués, quant à ceux qui sont encore aujourd'hui indivis, ils continueraient à rester sous séquestre jusqu'au jugement final de l'affaire.
Messeigneurs ayant examiné soigneusement et avec attention toutes les pièces qui se rapportent à ce litige, de même que les arrêts souverains y relatifs du 26 décembre 1726, du 1er avril 1727 et du 8 juillet 1737, dans lesquels YV. EE. renvoient ce jugement après la mort de la veuve De la Tour, ont reconnu après mûre réflexion et d'un accord unanime, que les biens séquestrés ne peuvent être soumis à la confiscation, attendu qu'il n'existe aucune ordonnance permettant de happer de semblable peine les nouveaux convertis au catho-
licisme. Car le passage du Livre rouge1 n'a personne d'autre en vue que les habitants du pays qui contractent mariage avec des papistes; il est basé, du reste, sur des motifs qui ue sont pas ici à leur place. Or on ne peut, dans aucune circonstance, étendre à des actes qu'il ne prévoit pas les peines que ce passage renferme. Quant à l'ordonnance souveraine, elle n'est plus, grâce aux amendements de l'année 1717. qu'un texte dont l'interprétation donne lieu à des difficultés. D'ailleurs elle ne saurait être appliquée à Mme De Vuarens puisque cette dame était déjà héritière de son père, pour les biens dont il est question, en l'année 1709, c. à d. avant la promulgation de cette loi, qui date de 1715, et aussi avant son entrée dans la communion romaine.
C'est pourquoi dans ces conditions on ne peut regarder Mme de Vuarens comme frappée de mort civile puisqu'il lui est loisible, tant qu'elle vivra, de rentrer en tout temps dans la foi réformée et peut être d'obtenir de cette manière la grâce de YY. EE. Ses parents se sont donc trop pressés de demander pour eux la mise en possession de ces biens ; ils auraient dû attendre pour le faire une initiative de l'Etat.
Cette raison et d'autres encore engagent Messeigneurs le Trésorier et les Bannerets du Pays de Vaud à proposer à Vos Excellences d'affranchir les biens séquestrés de toute menace de confiscation, de les faire administrer d'office et d'en envoyer les revenus annuels, après les déductions d'usage, ;i Mme de Vuarens, en Savoie. Les régisseurs de ces biens seraient tenus d'en rendre chaque année un compte exacl au seigneur bailli de Vevey. Pour ce qui concerne les biens euxmêmes, ils seraient gardés à disposition tant que Mme de Vuarens continuerait à vivre hors du |»,i\s H de la religion de ses pères. Ce préavis est soumis à Votre appréciation éclairée et à Votre volonté suprême, Illustres et Souverains Seigneurs. Fait le 4 décembre 1745.
1 Code des lois de la république de Berne.
Notice autobiographique sur sébastien-lsaac de loys de vuarens
Papier s. d.
Né le 28 juillet 1688.
Entré au service sarde comme enseigne au régiment Deportes, 2 lévrier 1704.
Lieutenant dans la compagnie Rigaud, juin 1704.
Quitta le service en mars 1705 et retourna à Lausanne chez son père.
Entré au service de Suéde dans le bataillon suisse, 28 mars
Capitaine de la compagnie du Chapitre de Lausanne par acte de LL. EE. du 24 mai 1712,
A épousé Mlle Françoise-Louise de la Tour, fille de feu M. Jean-Baptiste de la Tour et de défunte demoiselle Jeanne- Louise Warnery, le 22 septembre 1713.
■(La dite demoiselle de la Tour née le 31 mars 1699.)
M. Jean de Loys, père de Sébastien-Isaac, lui remit la terre de Yuarens et de Yuarangel en 1723.
Il obtint la bourgeoisie de Yevey le 20 décembre 1724.
Entra dans le conseil des Cent-vingt de cette ville le 20 décembre 1724.
Entra dans celui des Soixante le 20 décembre 1724. » dans celui des Douze le 26 mars 1725.
Fuite de Mme de Warensà Evian. le 14 juillet 1726.
Il a fait un voyage en Angleterre en 1728.
Il a été agréé gouverneur du jeune prince Lebrecht d'Anhait Bernburg, avec l'appointement de 400 fl. annuels de Hollande, pour voyager avec lui ; acte du 30 septembre 1729.
II n'a été avec lui que jusqu'à La Haye et l'a ramené à Maastricht.
Il a quitté cette place par sa décharge du 23 octobre 17:50.
Arrive à Londres le 24 septembre 1731.
Se trouve encore dans cette ville en octobre 1733.
Revient à Lausanne en juin 1734, demeurant chez sou père, mais en pension (alimentaire) chez Mme Vulliamoz.
Elu conseiller en septembre 1733.
» maisonneur en septembre 1737.
» haut forestier en octobre 1744
Archives cantonales vaudoises Comptes du bailliage deVevey, 1746, supplkm., p. 39.
Recettes du fin m ni ne du Basset dont feu Mme de la Tour, née Flarard, avait In jouissance.
(Texte original en allemand.)
florin Sali DcDKri
Le 25 décembre 1746, reçu de M. le lieutenant Jean-Louis Vincent, de Chailly, administrateur de cette propriété par ordre de LL. EE. dès le 28 mai 1745, les revenus qu'il en a tirés en l'année 1745, déduction faite de 130 11., 3 sols, 6 deniers, montanl de ses déboursés et de ses peines. Suivant son compte 628 11 3
Reçu du même pour l'année 1710. après déduction de 183 11. 6 sols pour ses déboursés et ses peines. Suivant son compte. 321 3 —
Total. 030
i! crin s Seli Stnicrs
N. B. De cette somme de 9o0 fl. 2 sols 3 deniers doivent être déduits 139 fl., livrés le 17 septembre 1746 au secrétaire baillival Grenier, comme en font foi son compte et sa quittance. (N° 11, lettre A) 139 — —
Puis, d'après reçu du maçon Journod et du charpentier Girard. (S0 12, lettre A). . 2o9 9 —
Total, 398 9 — Reste donc la somme de ool fl. o sols 3 deniers.