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Madame Desbordes-Valmore

and tvritings ofMrsHemans (1840). L'amitié et la confiance de MM. Valmorepère et fils* m'ont permis de jeter les yeux sur le trésor domestique tout intime, qu'ils ont pieusement

1. M. Sainte-Beuve remerciait en ces termes M. Valmore père, quand ces articles eurent cessé de paraître : « (Ce 6 mai 1869). — Cher monsieur, c'est à moi à vous remercier de m'avoir procuré l'occasion et les moyens de présenter ainsi Yintériew de cette charmante et pathétique figure. Bien peu de familles auraient eu, comme vous, cette manière élevée et noble de penser et de sentir, qui met la plus grande gloire d'une personne si chère, dans l'expression la plus intime de la vérité. — Vous et votre excellent fils, vous êtes pour moi, à cet égard, des modèles, et tels que je n'en ai pas rencontré deux fois dans ma carrière de critique littéraire et de biographe. J'espère que le public vous en récompensera par l'admiration plus tendre qu'il accordera, — qu'il a déjà accordée à cette nature unique de femme-poëte. — Tout à vous de mon plus affectueux respect. Sainte-Beuve. »

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conservé et mis en ordre, des papiers, notes et correspondance de cet autre tendre et passionné poëte, M'"'' Desbordes-Valmore, qui unissait une délicatesse morale si exquise à un don de chanter si pénétrant, ou plutôt chez qui cette sensibilité et ce don ne faisaient qu'un. Sa vie est sans doute exprimée dans ses vers; elle s'y reflète en éclairs lumineux et brûlants; elle y éclate en cris d'amour ou de douleur; mais il m'a semblé, après un premier coup d'œil sur ces autres témoig;iages manuscrits, qu'il y avait lieu à faire connaître plus en détail non plus le poëte, mais la femme, et qu'elle ne perdrait pas à être suivie de près dans ses traverses, dans ses labeurs de chaque jour, et jusque dans les plus touchantes misères de la réalité.

Je ne saurais ici que donner l'idée du livre qui serait à faire et en présenter un raccourci ; mais je me figure que le tableau de cette existence si délicate, si généreuse et si combattue, pourrait être d'un véritable intérêt et d'une consolation efficace pour bien des âmes également éprouvées, à qui le sort n'a cessé d'être inclément et dur. Ce serait un manuel à l'usage de tous les cœurs d'artiste, surtout des cœurs de femmes tendres et fiers, vaillants à la peine, souffrant sans merci et saignant jusqu'à la fin, sans jamais désespérer.

Marceline-Félicité-Josèphe Desbordes, qui est morte à Paris le 23 juillet 1859, était née à Douai le 20 juin 1786, au n° 32 de la rue Notre-Dame (aujourd'hui rue de Valenciennes, 30). Son père était peintre de blason.

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Le frère de son père, Constant Desbordes, lui, dans toute l'acception du mot, un bon peintre de portraits, ami de Gérard, estimé de M. de Forbin. Il eut du succès dans les Expositions. Un portrait qu'il avait fait de son frère a été donné par M™^ Valmore au musée de sa ville natale. De grands-oncles de ce nom de Desbordes, riches libraires établis en Hollande et restés prolestants, proposèrent, à ce qu'il paraît, à leurs parents de Douai de les faire entrer dans leur succession, si les enfants étaient rendus à la religion protestante, qui était celle des aïeux avant la révocation de l'édir de Nantes. On refusa. Une grande piété catholique régnait dans l'humble maison de la rue Notre-Dame. La famille était assez nombreuse : Iroisliilesetun fils. Lessou^

venirs de cette première vie d'enfance se reproduiront plus loin sous la plume de la jeune Marceline, née la dernière et la mieux douée. Il lui était resté comme une image dorée de son berceau, de la beauté et des tendresses de sa mère, des soins de sa sœur aînée, et de ce premier bonheur de famille trop tôt brisé. La Révolution avait réduit à néant, comme l'on peut croire, le métier d'un peintre en, armoiries : il fallut pourvoir autrement à la subsistance. Parmi les souvenirs lointains que s'efforçait plus tard de ressaisir M*"® Valmore, il en était qui évidemment se confondaient pour elle avec la réminiscence, et qui dans leur vague formaient une sorte de légende. Je lui laisserai la douceur et la grâce de les exprimer : la critique exacte aurait à y apporter

des correctifs, ou à exiger du moins des explications. Ce qui n'est pas douteux, c'est que, vers 1799, la jeune Marceline accompagna sa mère à la Guadeloupe, où elles comptaient retrouver un parent qui y avait fait fortune. Mais, à leur arrivée, la colonie était en révolte et en feu, la fièvre j.aune sévissait, le parent était mort, et la mère de M"^ Desbordes mourut elle-même, atteinte du fléau. La jeune fille fut recueillie par la femme d'un armateur de Nantes, dont le nom s'est conservé, M™® Guedon. Le mari lui obtint le passage sur un bâtiment qui partait pour la France. Ce qu'on a raconté de Joseph Vernet se renouvela pour elle dans la traversée, sans qu'elle crût imiter personne. Une tempête violente ayant assailli le navire, on ne put la déterminer à descendre

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dans l'entre-pont. Les matelots qui l'avaient prise en affection l'attachèrent dans les haubans : de là, elle assista à la lutte. Sous sa frêle enveloppe de quatorze ans, sa nature d'artiste se révélait. Par son courage et sa modestie comme par sa situation, elle avait intéressé tout le monde à bord, excepté le capitaine, homme grossier, qu'elle intéressa trop dans un autre sens et qui, n'ayant pu en venir à ses fins, ne vit rien de mieux que de la rançonner. En la débarquant à Dunkerque, il retint à l'orpheline l'indigente petite malle qui contenait son peu d'effets, sous prétexte de se payer des menus frais de la traversée que la pauvre enfant ne pouvait acquitter. La vie, dès les premiers pas, s'annonçait-elle assez inique et assez cruelle ! — C'est alors que, retrouvant

sa famille dans le plus grand dénùment, elle se résigna, après bien des hésitations, à entrer au théâtre.

Elle commença au théâtre de Lille : elle avait tout à apprendre. A force de veilles, d'études, d'économie industrieuse et de privations, elle suffit à la tâche. Ce ne fut point sans avoir de secrètes défaillances. On raconte qu'un jourelle tomba évanouie sur son escalier après un trop long jeûne, et fut relevée par une camarade sa voisine, accourue au bruit. Elle contracta dès lors une habitude de souffrance, qui attendrit par la suite son talent, mais qui passa irrémédiablement dans tout son être.

M"^ Desbordes fut ensuite engagée au théâtre des Arts de Rouen pour remplir l'emploi des ingénuités; elle y réussit beaucoup :

elle était l'ingénuité même. N'ayant passé par aucune école ou conservatoire, elle n'avait rien de la manière ni des petites mines apprises, et se laissait aller simplement à sa nature fine et naïve. On lui reconnaissait dans le débit « une vérité d'inflexion qui rendait sa pensée transparente et les endroits comiques très-saillants ». Elle fut remarquée à Rouen par des acteurs de l'Opéra-Comique de Paris, qui y étaient venus donner quelques représentations : ils en parlèrent à Grétry à leur retour, et l'aimable maître se chargea de l'éducation musicale de M"® Desbordes. Dès qu'il l'eut vue, il lui porta un intérêt tout paternel, et, touché de sa noble physionomie tout empreinte de mélancolie, il l'appelait « un petit roi détrôné ». Sous ses auspices, elle débuta

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à l'Opéra- Comique dans une pièce de lui, dans le rôle de Lisbeth, de l'opéra du même nom, et y fit plaisir. Peu après, M. Jars, que nous avons connu député du Rhône, mais qui avait commencé par la littérature légère, lui confia le rôle de Julie dans l'opéra de Julie ou le Pot de fleurs, dont la musique était de Spontini. Elle avait des accents touchants, sympathiques ; Martin, Gavaudan, venus à son début pour l'entendre , avaient des pleurs dans les yeux. Le Journal des Débats, dans son feuilleton du 25 ventôse an XIII (16 mars 1805) sur la seconde représentation de Julie ou le Pot de fleurs, disait d'elle beaucoup de bien; l'article doit être de^Geoffroy :

« Les deux rôles sont parfaitement joués, disaitil, rofficier par Elieviou, dont on connaît la vivacité

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et les grâces; la nièce, par Mlle Desbordes, dont je ne connaissais pas encore le talent. Cette débutante m'avait échappé et ne méritait pas une pareille indifférence : après MUe Mars, il n'y a point d'ingénuités qu'elle n'égale ou ne surpasse ; elle n'est pas niaise comme il arrive quelquefois aux innocentes des autres théâtres, elle n'est que franche et naïve; l'accent juste, vrai, une excellente tenue, beaucoup d'aisance, de simplicité, de naturel ; que de bonnes qualités presque enfouies à ce théâtre! car MUe Desbordes joue et débite très-bien, mais elle ne chante pas ; elle n'a point de voix : il faudra que les musiciens renoncent, en sa faveur, à leur science, à leur harmonie; que l'orchestre s'humilie et s'anéantisse : on lui composera exprès des demi-vaudevilles qui seront bien plus agréables que ces grands airs, aussi fatigants pour les auditeurs que pour les cantatrices. »

Elle possédait toutes les qualités distin-

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guées et fines; mais, ù lire cet éloge même, on prévoit que la force physique, l'étoffe matérielle qui est la doublure essentielle de ces qualités et qui les porte, pour ainsi dire, dans tout leur relief, fera un peu défaut. On trouverait, en cherchant bien, d'autres témoignages qui donneraient l'idée la plus favorable de son talent dans les rôles de mélancolie ou de passion. Ainsi, lorsque plus tard, à l'Odéon (1813-1813), elle jouait dans un drame de Rigaud (Évelina), le Mercure la louait en ces termes :

« Mlle Desbordes représente Évelina avec décence. Elle a beaucoup d'intelligence ; sa tenue est parfaite, et l'on pourrait même la proposer pour modèle à plus d'une actrice du premier Théâtre-Français. Son talent a beaucoup de rapports avec celui de

M"* Desgarcins, qu'elle rappelle fréquemment. Son organe est aussi doux ; il a autant de charme et de puissance... »

Le malheur de M"® Desbordes comme actrice fut la vie errante que lui imposa la nécessité : elle fut condamnée toute sa vie à débuter toujours. Après ses premiers succès à l'Opéra- Comique, des difficultés matérielles et l'intérêt de son père la contraignirent à sacrifier l'avenir au présent et à accepter un engagement pour Bruxelles, où elle tint l'emploi des jeunes premières Aan?, la comédie, et des jeunes Dugazon dans l'opéra. Puis, de là, elle revint au théâtre de Rouen, où elle joua seulement les jeunes premières, toujours très-accueillie et goûtée du public; mais elle ne chantait plus : « A vingt ans, dit elle, des peines profondes

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m'obligèrent de renoncer au chant, parce que ma voix me faisait pleurer; mais la musique roulait dans ma tête malade, et une mesure toujours égale arrangeait mes idées, à l'insu de ma réflexion. » La musique commençait à tourner en elle à la poésie; les larmes lui tombèrent dans la voix, et c'est ainsi qu'un matin l'élégie vint à éclore d'elle-même sur ses lèvres.

Appelée à l'Odéon en 1813, elle y débuta le 27 mars dans le rôle de Claudine de la pièce de Pigault-Lebrun, Claudine de Florian. Elle eut beaucoup de succès dans le rôle de M""* Milville, de l'Habitant de la Guadeloupe. par Mercier; dans Clary, du Déserteur; dans Cécile, de l'Honnête criminel, et surtout dans Eulalie, de Misanthropie et Repentir. Elle y

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faisait verser d'abondantes larmes, et il arriva un jour qu'un mauvais plaisant qui avait entendu parler de ce succès larmoyant irrésistible et qui l'attribuait à l'engouement du parterre, vint solennellement se placer au balcon, étalant sur le rebord une couple de mouchoirs blancs pour étancher les flots de pleurs qui allaient couler. Le moqueur y fut pris. La pièce commence : il écoute d'abord avec la physionomie la plus épanouie comme pour narguer ses voisins : l'intérêt peu à peu s'engage; l'émotion gagne; mais,quand vient la scène où Eulalie épanche son âme brisée dans le sein de la comtesse, on ose à peine respirer; on n'y tient plus, on entend dans la salle quelques soupirs oppressés, puis des sanglots : la figure du mauvais plaisant s'al-

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tère elle-même; il retire ses mouchoirs, et finit par s'en servir discrètement pour essuyer de vraies larmes. Tel était le triomphe de ce jeu naturel et simple, de cette voix dont le clavier était si varié, les notes si sensibles et si pénétrantes. Cette veine d'émotion en elle n'excluait pas, à l'occasion, des accents de gaieté légère et d'eDJouement.

En 1815, elle dut' retourner à Bruxelles : elle s'y maria, le 4 septembre 1817, à M. Valmore, qui faisait partie du même théâtre et qui s'était pris pour elle du sentiment le plus sérieux et le plus profond *.

1. Ce nom de Valmore n'est pas celui de la famille. M. Valmore père, mari de M^e Valmore, de son vrai nom de famille, est Lanchantin. Il était fils d'un père comédien qui avait pris le nom de Valmore. — Il est fait mention dans la Correspondance de Napoléon /«%

Cependant, son premier volume de Poésies paraissait en 1818*. Après un séjour d'une année environ à Paris, son mari et elle s'engagèrent en mars 1821 pour le théâtre de

au tome XXII , page 283, d'un général Lanchantin, que Napoléon met à la tète d'une 2^ brigade destinée à la formation d'un corps d'observation de l'Italie méridionale après la dissolution de l'armée de Naples (24 juin 1811). Ce général Lanchantin était frère de ce comédien, père de M. Valmore, qui devait à tout jamais léguer un nom, que la poésie a rendu glorieux, à cette respectable famjlle d'artistes. Le général Lanchantin est mort général de division, baron de l'Empire, pendant la retraite de Moscou, à Krasnoe, en 1812.

1. A'oici en quels termes distingués le président de la Commission royale préposée au théâtre de Bruxelles, M. Van Gobbelscroy (?) annonçait à M"'» Valmore qu'il venait d'autoriser le directeur à résilier son engagement pour l'année 1819 1820; on y sent la considération qu'elle inspirait partout autour d'elle : « Mille grâces, madame, devotrecharmantcadeau ; ce quejeconnaissais

Lyon; ils y restèrent deux ans, et c'est alors qu'elle quitta définitivement la carrière. Une seconde et une troisième édition de ses Poésies (1820-1822) avaient dès ce temps marqué sa place au premier rang des femmes-poëtes. Il ne lui avait jamais été permis de développer et de perfectionner comme il aurait fallu son premier talent, ce don d'expression dramatique qu'elle possédait pourtant à un degré supérieur, mais qui dépendait trop du cadre, des circonstances, et aussi des moyens

de vos ouvrages m'en rend la collection infiniment précieuse ; leur cachet particulier est la peinture de douces et modestes vertus, d'une exquise sensibilité et des sentiments les plus nobles, les plus purs, en un mot de ces sentiments que votre jeu reproduit avec tant de vérité et de naturel sur la scène. Et vous voulez que nous ne vous regrettions pas! vous l'enfant gâté de deux muses !... »

physiques. Celle qui, à ses débuts, avait vu son nom rapproché de celui de M"^ Mars avait dû quitter la partie presque aussitôt; elle était allée réussir ou échouer (ce qui revient à peu près au même) hors du centre, à tous les confins de la renommée, loin du seul foyer d'où partent les rayons et les échos. 11 n'est donné qu'à la poésie, à celle qui est pure flamme, de triompher de tout, des malheurs, des exils, des erreurs même et des rebuts de la destinée.

Sa première carrière dramatique de vingt années ne put manquer toutefois de laisser en elle des impressions profondes, ineffaçables : en y aiguisant sa sensibilité, en y exerçant sur tant de sujets sa vive intelligence, elle y avait acquis une faculté douloureuse qui te-

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nait à cette délicatesse même; elle en avait gardé comme un pli d'humilité. On était loin d'être revenu alors des préjugés contre les personnes de théâtre : qu'on se rappelle le scandale qui s'était produit à l'enterrement de M"® Raucourt; et ce n'était pas seulement le clergé, c'était le monde qui avait son genre de réprobation et sa nuance d'anathème.

Sans doute, depuis Adrienne Le Couvreur, les comédiennes d'esprit et de talent avaient conquis un point essentiel dans la considération : elles voyaient ce qu'il y avait de mieux en hommes; mais les femmes ne les voyaient pas. Il a fallu en venir à M"^ Rachel pour que tombât cette dernière barrière et pour que non-seulement des femmes du monde, mais des jeunes filles de la plus haute condition,

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aspirassent à l'amitié d'une femme de théâtre. Tendre, modeste et décente, M™^ Valmore était plutôt portée à s'exagérer cette fausseté de position que tout repoussait et démentait si bien dans sa personne; on aurait cru, à l'entendre, qu'elle en était restée au temps de la Ghampmeslé. Elle a exprimé dès ses premières pièces de vers *■ l'impression de froissement pénible qu'elle en ressentait. Elle

1. Élégies. A Délie. « Délie ou plutôt Délia (mou père ne peut retrouver le nom de famille) était fille d'un consul de France à Smyrne ou à Constantinople. Elle jouait à rOdéon, vers 1813, les premiers rôles. Talent passable, mais de grands yeux orientaux, un grand éclat, des traits réguliers, fort séduisante. Elle ne manquait pas d'esprit, ne médisait jamais, ne cherchait point à nuire à ses camarades ; enfin elle avait un cœur excellent et facile; — jalouse pourtant... Voilà, bien cher monsieur Sainte-Beuve, tout ce que mon père peut

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s'adresse à une amie que de pareils scrupules n'atteignaient pas; les vers sont d'une pureté racinienne et méritent d'être rappelés :

Le monde où vous régnez me repoussa toujours; Il méconnut mon âme à la fois douce et fière, Et d'un froid préjugé l'invincible barrière Au froid isolement condamna mes beaux jours.

L'infortune m'ouvrit le temple de Thalle ; L'espoir m'y prodigua ses riantes erreurs ; Mais je sentis parfois couler mes pleurs Sous le bandeau de la Folie.

Dans ces jeux où l'esprit nous apprend à charmer, Le cœur doit apprendre à se taire ;

retrouver dans ses souvenirs. Il s'agit là d'une de ces relations inévitables au théâtre, très-agréables à bien des égards, mais que le monde s'étonne de vous voir avouer. Encore s'il vous en dédommageait! » (Lettre de M. Hippolyte Valmore.)

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Et, lorsque tout nous ordonne de plaire, Tout nous défend d'aimer...

0 des erreurs du monde inexplicable exemple, Charmante Muse ! objet de mépris et d'amour, Le soir on vous honore au temple, Et l'on vous dédaigne au grand jour.

Je n'ai pu supporter ce bizarre mélange

De triomphe et d'obscurité, Où l'orgueil insultant nous punit et se venge

D'un éclair de célébrité.

Trop sensible au mépris, de gloire peu jalouse, Blessée au cœur d'un trait dont je ne puis guérir, Sans prétendre aux doux noms et de mère et d'épouse Il me faut donc mourir!

Nous qui ne l'avons connue que plus tard, nous retrouvions M™® Valmore fidèle aux souvenirs et aux liaisons de sa première vie par quelques amitiés précieuses qu'elle en avait

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gardées et qui étaient des plus illustres dans leur genre. Elle était l'intime amie de cette grande et royale cantatrice, M™^ Branchu \ qui régnait au temps du premier Empire et qui trouvait que tout avait été en décadence à l'Opéra depuis le jour oi!i le préfet du palais n'était plus là pour lui donner poliment la main et l'introduire, comme le comte de Rémusat ne manquait jamais de le faire, lorsqu'elle allait jouer par ordre au château de Saint-Gloud. M™® Valmore était aussi restée intimement liée avec M"® Bigotlini, la ravissante danseuse, mais une danseuse passionnée, celle qui faisait Nina ou la Folle par

1. Mme Branchu (Rose-Timoléone-Caro/me), née Chevalier de Lavit, à Saint-Domingue; morte à Passy le

14 octobre 1850.

amour, « laMalibran de la danse ». Elle était la plus tendre amie de M"^ Mars, dont nous l'entendrons parler tout à l'heure; M"^ Mars, qui, hors du théâtre, était la personne la plus sensée, la plus positive, la mieux ordonnée, pleine de nobles et libérales actions, bien que passant pour être un peu serrée. Ce fut M"^ Valmore qui puisa un jour tout son courage dans son amitié pour aller dire îi M"® Mars cette fatale parole que le public commençait à lui murmurer depuis quelque temps : « Il n'y a plus à tarder; le moment est plus que venu; il faut vous retirer. » M"® Mars l'écouta et lui en sut gré : c'était à la fois une marque de bon cœur et de bon sens.

De nombreux auteurs dont elle avait inter-

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prêté les ouvrages et entrevu ou connu la personne, elle avait retenu, sans prétendre pour cela les juger, une impression prompte et juste, le trait le plus vrai de leur physionomie, et, quand on l'interrogeait à leur sujet, elle en parlait à ravir.* Désaugiers, qui se donnait pour mélancolique et « qui se dépêchait d'être gai, de peur d'avoir le temps de devenir triste »; M. Etienne, l'auteur dramatique qui vers la fin passait presque pour un grand citoyen, et auquel elle semblait si étonnée qu'on pût trouver quelque chose d'élevé dans le caractère; ceux-là et bien d'autres, elle les touchait d'un mot fin en passant. Et puis, les soirs, au moment où la vie lui laissait un peu de trêve, quand elle revenait à ses souvenirs de théâtre, elle avait toute

sorte d'agréables récils. Elle avait joué trèsjeune, en même temps que l'excellente actrice M"*® Gontier, qui avait jadis inspiré une passion à M. de Florian, et qui surtout en avait ressenti une très-vive pour ce brillant capitaine de dragons, auteur de jolies arlequinades. M™® Gontier, vieille et devenue dévote, bien que restée comédienne, n'entrait jamais en scène sans faire deux ou trois fois dans la coulisse le signe de la croix. Toutes les jeunes actrices se donnaient le plaisir de lutiner celle qui jouait si au naturel Ma tante Aurore; elles l'entouraient au foyer et lui refaisaient bien souvent la même question malicieuse : « Mais est-ce bien possible, grand'maman Gontier, est-il bien vrai que M. de Florian vous battait? » — Et pour toute

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réponse et explication, toute revenue qu'elle était, la bonne maman Gontier leur disait dans sa langue du xyiii"^ siècle : « C'est, voyezvous, mes enfants, que celui-là, il ne payait pas ! » — Moralité étrange et plus vraie qu'on n'ose direl Mais n'oubliez pas dorénavant de mettre cela en regard d'une fable ou d'une pastorale de Florian.

Elle racontait encore avec un mélange de gaieté et de sensibilité l'anecdote suivante de ce bon temps de jeunesse et de misère, où il est vrai de dire, même des femmes : « Dans un grenier qu'on est bien à vingt ans! » Elle jouait à rOdéon et elle logeait, je crois, dans la rue même de l'Odéon, dans un petit appartement sous les toits, avec une humble camérislc qui partageait presque en amie sa vie

de privations. Il y avait en ce temps-là des amateurs de théâtre, des habitués d'orchestre, juges et conseillers des artistes. L'un d'eux, un M. André de Murville, un ancien ami de Fontanes, un gendre (ma foit) de Sophie Arnould, un auteur manqué qui n'avait jamais eu que des moitiés ou des quarts de succès, un candidat-lauréat perpétuel à l'Académie, mais qui, à travers ses ridicules, n'était point dépourvu de connaissances, ni d'esprit, ni même d'un certain goût, s'était pris d'affection pour la jeune actrice, et il tenait à lui donner des conseils. Il la visitait quelquefois, et à l'heure du dîner précisément : il s'y invitait sans façon et y restait. Ce fut un grand effroi dans l'humble ménage, par le surcroît soudain de dépense que causait ce

convive improvisé, et M. de Murville avait grand appétit, comme quelqu'un qui ne dînait pas toujours. Imaginez deux oiseaux du ciel qui vivent de quelques graines et miettes de pain, et qui voient arriver, sur le pied d'ami , un bon grand vautour affamé de chair, qui se dispose à faire honneur à leur repas. Un jour que Murville montait les dernières marches de l'escalier, la camériste entra tout effrayée dans la chambre de sa maîtresse pour lui annoncer le péril, péril plus grand encore qu'à l'ordinaire. On était à une fin de mois, et, pour de trop bonnes raisons, il n'y avait que juste assez pour deux sobres estomacs de femme. Comment faire? Le pauvre Murville, après les premiers mots, ne tarda pas à s'apercevoir de l'espèce de trouble qu'il eau-

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sait : il alla au-devant, et, tout en parlant art, jeu dramatique, M"^ Gaussin, M"® Desgarcins et autres brillants modèles, il lui échappa de dire comme en murmurant entre ses dents : « Oh! mes enfants, n'importe quoi! tout ce que vous voudrez; un bon gros morceau de pain, cela n'y fait rien. » Et il faisait le geste honteux d'un homme qui a faim. Le malheureux auteur avait faim en etîet. Il fallait entendre le récit de cette petite scène par M"^^ Valmore : on en riait en pleurant. — Une vraie petite scène d'opéra-comique ou de demi -vaudeville en action.

Les correspondances de cette époque font défaut : ce n'est que vers le déclin de la vie, et quand est venu l'âge du souvenir, que l'on

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songe à conserver les lettres. Parmi celles qui sont adressées à M™'' Valmore dès ces années 1821 et suivantes, j'en trouve pourtant d'intéressantes de M™*^ Sophie Gay, qui s'était prise d'un goût très-vif pour elle, et qui, pendant les séjours de Lyon ou de Bordeaux, la tenait au courant du monde poétique de Paris, des premiers succès de la belle Delphine, des brillants hommages qu'elle recevait, et aussi de son premier trouble de cœur pour ce jeune officier gentilhomme et poëte, Alfred de Vigny. D'autres lettres d'une personne moins connue, M""^ de Launay, qui fut au théâtre sous le nom de M"* Hopkins, sont aussi fort vives, spirituelles, et d'un tour plaisant. On en extrairait de piquants détails sur plus d'un artiste célèbre ou en

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vogue pour le moment \ Mais de ces anecdotes une au moins me paraît utile à rappeler, c'est le compte rendu de la façon ou-

1. Par exemple, sur le célèbre chanteur Garât: « (ler juillet 1821). — Eh bien, que dis-tu de la séparation deGaratetde sa femme?. ..c'est-à-dire sa femme.. . c'est égal, je l'appellerai toujours M""» Garât, c'est nécessaire pour la société. Nous avons fait l'impossible pour les raccommoder. Garât consent... Soit amour, soit habitude, soit le besoin de trouver là quelqu'un pour grogner, il désirait la ravoir près de lui. Quant à madame, va-t'en voir s'ils viennent!.,. Elle est sourde comme une trappe quand on lui parle de rapprochement. « Quoi? qu'est-ce que vous dites? Je » n'entends pas. » Enfin, à force de la tourmenter, elle a fini par prendre le ton d'une reine détrônée : « Voilà » quatre ans que j'ai réfléchi ma démarche d'aujourd'hui. » J'ai tout pesé, j'ai tout vu, je me retire. » Lorsque j'ai rendu cette réponse très- adoucie à Garât, il a dit : « On peut voir à présent que ce n'est pas moi » qui suis l'hyène... » — Et le 6 août 1822 : Garât traîne sa vie ; il va tous les jours à Feydeau, mais

irageuse dont on accueillit en 1822 les acteurs anglais qui essayaient, pour la première fois, de nous montrer Shakspeare. En 1822, l'in-

soutenu par deux personnes. Cette séparation d'avec sa femme lui a fait beaucoup de mal. Il a voulu, dit-ou, s'en consoler avec une petite demoiselle, et la petite demoiselle a coulé bas la vieille frégate. Ut, ré, mi, fa, sol, que les hommes sont fous!... » — Et sur Joanny dont la vogue fut courte : « Et Joanny qui vient aussi de se séparer de sa femme! Il y a làdessus une longue histoire que je te dirai une autre fois... Tu sauras, si c'est une nouvelle pour toi, que Joanny est devenu la bête noire du public ; c'est à qui veut crier haro sur le baudet. N'est-ce pas dans cette occasion qu'on peut dire qu'il brise l'idole qu'il encensait la veille? Si M. Joanny voulait jouer les rôles qui conviennent à présent à son âge, il pourrait ravoir la faveur du public; mais il tient plus que jamais aux rôles des amours ; que veux-tu que j'y fasse? ce n'est pas ma faute ni la tienne. M"» Georges attire le public d'une manière étonnante. Son tour viendra un jour, ainsi de suite.

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tolérance nationale et classique régnait encore dans tout son plein : on en était toujours aux colères contre Albion ; l'invective des Mes-

Tout vient, tout passe... (26 décembre 1821.) — Cette Mœe de Launay, nièce par alliance de l'ancien gouverneur de la Bastille, avait la plume alerte et gaie, l'esprit légèrement bigarré, railleuse, bonne royaliste d'ailleurs, et même, ce semble, assez bonne catholique : elle accommodait tout cela dans son joli caquetage, nouvelles de coulisses et nouvelles d'église : (15 août 1822)... Tu dois savoir, par les journaux, que Damas {du Théâtre-Français) vient de donner sa démission. Il s'est aperçu qu'il avait trente ans de service, et les bons Parisiens, en gens reconnaissants, disent que c'est assez, qu'il aille se coucher. Voilà l'écho de Paris. Enfin chacun se réjouit de ne plus le voir. On dit aussi que M"e Délia, la Délie des Élégies de M*"' Valmore, a quitté l'Odéon. C'est une perte pour ce théâtre qui ne va déjà pas très-bien. Mais qu'est-ce qui va bien dans ce mtonde ? Tu sais que nous avons eu les missionnaires, et le mauvais esprit de parti qui cherche toujours quelque prétexte pour faire du ta-

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séniennes faisait loi. Cinq ans après, en 1827- 1828, lorsqu'une nouvelle troupe anglaise revint à la charges pour représenter Shaks-

page s'est assemblé devant les églises pour crier : A bas les prêtres ! et beaucoup d'autres gentillesses, auprès desquelles le peuple est resté calme, ce qui a fort déjoué les turbulents. On voyait des jeunes gens de l'Ecole de médecine et de droit engager des Savoyards et des chiffonniers à crier : A bas les missionnaires ! Plusieui's d'entre eux, qui ne savaient pas ce qu'on leur voulait dire , criaient à tue-téte : A bas les millionnaires ! D'autres jeunes gens se sont amusés à faire arrêter la voiture d'un pair de France, et ils l'ont tourmenté pour lui faire crier: Vive la liberté! « Je le veux bien, » répondit-il, « mais à la condition )) que vous me donnerez la liberté de passer. » Ce mot les fit rire, tout fut fini par là. On t'a peut-être fait croire que Paris avait été à feu et à sang. Dieu merci ! rien de toutes ces belles choses. Tout va son petit bonhomme de chemin. Concerts, spectacles, promenades, voilà l'occupation de nos Parisiens. Les députés .s'avalent bien de temps en temps, mais cela ne change

peare, un grand progrès s'était accompli dans l'intervalle chez les esprits cultivés; les idées du journal le Globe avaient fait leur chemin dans la jeunesse. 11 y eut cette fois accueil sérieux, attentif, studieux, de l'enthousiasme même : missSmithson, entre autres, ravissait tous les cœurs, et cette noble intelligence de Berlioz, qui vient de disparaître, soudainement frappée alors comme Roméo, voyait se réaliser devant ses yeux le premier objet de

rien aux plaisirs m à notre bon gouvernement qui est soutenu par la sagesse de notre roi et par l'esprit de l'armée qui est bon... » La spirituelle chroniqueuse, on le voit, était dans les meilleurs principes. Sa lanterne magique est d'ailleurs des plus variées ; il n'y manquait rien. Ce sont des Sévignés au petit pied qui jasent de tout, à tue-téte, et qui s'amusent. Il n'aurait pas tenu à M»»" de Launay que M""» Yaimore ne fût comme elle une rieuse.

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son idéal, la beauté véritable. Mais, en 1822, nous étions encore sous le coup d'une prévention aveugle et toute brutale. Je ne sais pas un autre mot : on va en juger. C'est une date peu honorable dans notre histoire littéraire et qu'il faudrait effacer, mais à la condition que pareil scandale ne se reproduisît jamais :

« Nous avons à la Porte-Saint-Martin, écrivait Mme de Launay (6 août 1822), une troupe de comédiens anglais. Il paraît qu'ils ne sont pas très-bons, mais est-ce une raison pour vouloir les écorcher tout vifs? Le parterre en tumulte s'est porté sur le théâtre pour les forcer à quitter la scène. Ces pauvres Anglais avaient beau rappeler les droits de l'hospitalité ; rien n'était compris par ce peuple ours. Une actrice a été blessée au front par un gros sou. Enfin, après le tapage le plus épouvantable, l'acteur

Pierson est venu demander si les Anglais pouvaient continuer. Mais, avant de répondre, le parterre s'est mis à applaudir à toute outrance ce pauvre Pierson qui en était stupéfait. Après avoir témoigné leur ardent patriotisme à ce grand acteur, ils ont voulu entendre le reste de la tragédie d'Othello. La toile se lève pour la ti'oisième fois, et l'on voit, sur un lit, Desdémona couchée ; aussitôt on se met à crier : « Apportez un jwt de c..., elle en a besoin. » L'actrice se met à chanter : tous les mirlitons de Saint- Cloud étaient à la bouche de nos aimables Français pour l'accompagner. Ensuite vinrent les pommes de terre, les noix, ils œufs , les gros sous. Cette pauvre femme se tuait à faire des révérences à ce galant parterre : nulle pitié, et c'est ici qu'elle fut blessée ; elle tomba évanouie. Que le Parisien est donc changé ! qu'est devenue son aimable réputation de peuple hospitalier? que sont devenues ces mille bonnes qualités qu'on lui reconnaissait et qui me rendaient fière d'être de la paroisse Saint-Eus-

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tache? Mais, aujourd'hui, mes compatriotes commettent une injustice ; pourquoi ? Parce qu'ils veulent user de représailles. Laissez à chacun son humeur sauvage, et vous, Français, gardez vos brillantes qualités. On dit que les malheureux acteurs doivent aller à Lyon : tu me diras ce qu'il en sera. »

Les aimables Français sont-ils vraiment corrigés? Ne recommencent-ils pas quelquefois, sans s'en apercevoir, la même scène sous d'autres noms? Peuple de titis ou messieurs à gants paille, ne retombent-ils pas exactement dans le même procédé? Qu'on se rappelle les soirées du Tannhauser !

La réputation de M""" Valmore, sous sa première forme de touchante élégiaque et d'aimable conteur en vers, était faite dès ces années 1824-1827; pendant ses absences de Paris et ses séjours à Lyon ou à Bordeaux, sa

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nouvelle étoile avait pris place dans notre ciel poétique et y brillait d'un doux éclat, sans lutte et sans orage. M™® Valmore n'avait point rompu avec la tradition; elle avait varié la romance, attendri et féminisé l'élégie, modulé sur un ton suave le tendre aveu et la plainte d'un cœur qui s'abandonne. M™® Sophie Gay écrivait d'elle en octobre 1820, après avoir ci lé quelques-uns de ses vers : « Peut-on mieux peindre le charme de cette mélancolie que M. de Ségur appelait volupté du malheur? » Et elle lui promettait une place au Temple du Goût à côté de M^^ Des Houlières *. M. Greuzé de Lesser, un auteur croisé d'administrateur, et qui n'était pas sans mérite, lui écrivait de Montpellier (1®"" décembre 1867) :

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