Meurtris pour tués, assassinés. Ainsi dans Athalie
Ils^ n'ont fait qu'un monceau de leurs pâles débris : Dieu ! bénissez-les tous : ils étaient tous sans armes.
Il ne faut pas demander à M™® Valmore, je l'ai dit déjà, une suite bien logique d'idées ni aucun système; son cœur la guidait en tout, sa charité la transportait *.
Joad s'adressant aux lévites (acte V, scène vi) :
Allez, sacrés veageurs Je vos princes meurtris!
1. Le poète d'ailleurs n'avait rien exagéré. Je trouve dans une lettre de ce temps-là, adressée par un père à son tils âgé de quatorze ans, un tableau des mêmes scènes, qui est une pièce poignante à l'appui. Disonsnous qu'aucun régime, hélas! n'est exempt ni pur de semblables calamités et n'a droit de jeter la pierre à l'autre. Chacun a eu ses rues Transnonain. Puisse l'humanité arriver un jour à triompher parmi les hommes
« Lyon, ce Ifi avril 1S34.
» Mon cher enfant, » Que je voudrais que ta raison fût assez mûre pour
Ayant eu à son retour de Lyon ù Paris une première obligation à M. de Latour, elle
peser à leur juste valeur les horribles événements dont nous venons d'être témoins et te servir de règle pour l'avenir! Nous qui sommes sur le théâtre même des scènes qui viennent d'avoir lieu, nous ne pouvons nous former une opinion vraie des causes qui les ont provoquées. Quelles qu'elles soient, les résultats n'en sont qu'affreux et sans avantage pour un parti quelconque. Si vous croyez que les républicains ont fait ce mouvement, vous voyez au petit nombre des combattants que le parti était bien minime, et les chefs de ce parti ont abandonné leurs coreligionnaires, sous prétexte qu'ils hâtaient une révolution qui manquait encore de maturité. D'autres vous disent que les carlistes, voulant opérer la leur en faveur de Henri V, avaient soudoyé des gens du peuple qui se couvraient du voile du républicanisme. Entendez-vous les partisans de Louis-Philippe, ils disent que ce ramas de révoltés était composé de vagabonds, de forçats libérés, engeance dont cette ville abonde. Ce qu'il y a de certain, le voilà : des maisons écroulées , d'autres incendiées et brûlant dans leurs
s'en autorisa, quelque temps après, pour venir lui recommander un poëte-ouvrier de
murs ; les mères éplorées qui voulaient se sauver des flammes, leurs enfants dans leurs bras, et que le soldat dans sa fureur repoussait par des coups de feu. Ceci n'est pas du drame fait à plaisir : c'est de l'histoire toute fraîche et toute saignante de vérité. Des pères de famille égorgés au milieu de leurs enfants , parce que des malfaiteurs avaient tiré à leur insu de dessus leur toit ; des rues entières saccagées; du sang et des morts, voilà tout ce qui reste : du deuil, des larmes, et la ruine d^un grand nombre de familles...
» Mon cher enfant , jette-toi avec ardeur dans les arts ou dans les sciences : avec eux, jamais de remords...»
(L'honnête homme qui parlait ainsi n'est autre que M. Valmore écrivant à son fils Hippolyte , alors en pension à Grenoble.) — Lorsque cet article parut dans le Temps, il s'éleva à Lyon une polémique dans le journal le Salut pxiblic {n°à\x 7 juin 1869), au sujet de ces souvenirs sanglants et néfastes de l'insurrection de 1834. M. le colonel en retraite Bernady, qui avait été sous-lieutenant au 7" dragons , en garnison à Lyon,
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Rouen, de son métier imprimeur sur toile et rimeur dans les mortes saisons. Cet honnête
lorsque éclata l'effroyable émeute , écrivit de son lieu de retraite, Sérézin-du-Rhône (Isère), à M. le directeur du Salut public peur récriminer contre les vers de Mme Yalmoreet l'article de M. Sainte-Beuve, auquel ce journal avait emprunté la partie relative aux événements de Lyon. M. le colonel Bernady proteste, en sa qualité de témoin ayant pris part au combat, contre les vers que cite M. Sainte-Beuve, contre la lettre sincère qu'on vient de lire, et il en arrive à faire une querelle à M. Sainte-Beuve pour n'avoir pas présenté autrement le tableau des faits, et dans un sens purement favorable à l'armée. Il lui reproche, en un mot, et pour résumer le sens de sa lettre, d'avoir trop pris parti pour l'émeute. On voudra bien remarquer, au contraire, que M. Sainte-Beuve, dans tout ce qui précède, n'a eu d'autre idée que de dépeindre, avec des scènes qu'il trouvait toutes crayonnées, des cris inspirés et des traits d'après nature , le hideux spectacle de ce que, tout à l'heure, il nommait lui-même le cynisme des guerres civiles ; et par son appel final au triomphe de
homme modeste, de santé chétive, qui trouva protection en haut lieu et autour de lui,
Vhumanité parmi les hommes, et à un idéal avancé de civilisation, que nous ne paraissons pas près d'atteindre, hélas! il élève la question autant que possible au-dessus de tout chauvinisme de camp ou de parti. — La lettre de M. Bernady appela une i-éplique sage et sensée, le lendemain (n» du 10 juin) , de M. Alexandre Bret, ancien rédacteur du journal lyonnais le Précurseur, et qui avait été témoin, lui aussi, des [[inestes journées d'avril 1834. M. Bret rappelle le motif (toujours le même dans la grande cité industrielle, la question du salaire des ouvriers en soierie) qui amena la première insurrection de Lyon en 1831, oii l'armée fut battue et dut opérer une retraite sous la fusillade des ouvriers à travers le faubourg de Bresse, ce qui, selon le mot officiel et authentique qui circula alors, appelait, de la part des autorités, une revanche. Elles la prirent en 1834. M. Alexandre Bret termine ainsi sa lettre, et M. Sainte-Beuve, s'il lui eût été donné de se justifier lui-même des attaques de M. le colonel Bernady, n'aurait pas voulu d'autre conclusion pour sa propre dé-
Théodore Lebreton, devint sous-bibliothécaire à la bibliothèque de la ville, à Rouen. En adressant ses Essais à M. de Latour, avec une demande de souscription, M™^ Valmore débutait par cet apologue à la manière du poëte persan Saadi, dont elle avait lu quelque chose et que, disait-elle, elle adorait :
« Monsieur, » II est dit dans un livre qu'un pauvre oiseau jeté à terre et roulé dans le vent de l'orage fut re-
fense : « ... Je n'ai jamais pu comprendre, écrit M. Bret, que les militaires vainqueurs aient pu faire une froide hécatombe des trente ou quarante ouvriers qui s'étaient réfugiés dans l'église Saint-Bonaventure, et criaient à genoux : « Grâce! grâce! » — Le respect même du lieu saint n'en sauva pas un seul! — Si le très-honorable colonel avait réfléchi à ce sanglant épisode, il eût été certainement moins sévère pour la muse de M''"^ Desbordes-Valmore ! »
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levé par une créature charitable et puissante, qui lui remit son aile malade comme eût fait Dieu luimême; après quoi, l'oiseau retourna où vont les oiseaux, au ciel et aux orages.
» Le guérisseur n'ouït plus parler de lui et dit :
« — La reconnaissance, où est-elle?
» Un jour, il entendit frapper vivement à sa fenêtre et l'ouvrit. Dieu lui répondait. L'oiseau lui en ramenait un autre, blessé, traînant son vol et mourant.
» Sur quel cœur l'image de la créature qui reève était-elle mieux gravée que sur ce cœur qui semblait absent?... »
C'est ainsi que le poëte présentait de la plus gentille façon un autre poëte. Heureusement que c'était à un poëte lui-môme qu'elle l'adressait; car il se trouva que la Préface, mise en tête de ces humbles Essais, et qui
n'était probablement pas de l'auteur des vers, se ressentait plus qu'il n'aurait fallu de l'existence de prolétaire à laquelle elle se rattachait, et avait un certain goût de doctrines sociales réputées dangereuses. Qui fut étonné? ce fut M"*^ Valmore, quand M. de Latour l'en avertit avec douceur :
« Je ne sais vraiment pas ce qu'il y a de mal dans cette Préface dont l'ouvrier est innocent comme moi-même. On me l'avait dite élégamment simple et vraie. A ce titre, je vous l'avais signalée. Merci de n'avoir vu que l'ouvrier souffrant à travers des tendances que j'ignore. »
Dans cette relation affectueuse et délicate qu'elle entretenait avec M. de Latour, j'aurais à indiquer encore bien des recommandations, des intercessions pressantes dont elle se fai-
MADAME DESBOUDES-VALMORE DJo
sait l'organe, quelques paroles de vive et respectueuse doléance pour la reine Marie- Amélie au moment de la mort du duc d'Orléans; et encore, auparavant, un autre cri impétueux de demande en grâce au lendemain de la condamnation à mort qui frappait le principal chef de l'insurrection du 12 mai 1839 :
« Oh! monsieur, pour l'amour du roi et de la reine, ne laissez pas faire une telle chose. Parlez, demandez grâce. — Vous ne savez pas ce que ce sang-là coûterait. Monsieur^ je serre vos mains et je vous conjure pour cette auguste mère si bonne, que la grâce vienne d'en haut et qu'elle soit prompte . Ma prière et un témoignage d'amour pour la reine et d'une estime profonde dans votre caractère.
» Votre plus humble et attachée servante.