‹ Madame Desbordes-ValmoreChapitre 6 sur 95 · Un compatriote, un Douaisien, reçu quelquefois · texte numérisé non relu

Un compatriote, un Douaisien, reçu quelquefois

84 JIADAME DESBOHUKS-VALMORE

« (8 mars 1847)... Un chagrin très-grave vient de se mêler à mes malheurs, c'est la maladie dangereuse de M. Martin (du Nord). Il a été parfaite-

par M. Martin (du Nord), raconte que le ministre lui montrait sur la table des lettres de M™e Valmore demandant la grâce d'un, deux, trois ou quatre prisonniers à la fois ; pauvres diables compromis dans quelque grève ou mouvement quelconque. « Elle n'y va pas de main morte, » disait le ministre; et il accordait presque toujours. — A propos de ce passage de l'article, un littérateur distingué, professeur à la Faculté même de Douai, M. Colincamp, écrivait à. M. Sainte-Beuve : « A Douai, nous sommes tous ravis : vous avez retrouvé tout ce qu'il y a au fond des âmes flamandes ; il n'est pas jusqu'à votre petit mot sur Martin (du Nord) qui n'aille à l'âme de ses compatriotes ; ici l'homme privé passe toujours avant l'homme public : le dernier n'est considéré que comme un acteur jouant plus ou moins bien son rôle, » — Le fragment de lettre suivant trouve naturellement sa place ici : « ... L'excellent M. Martin (du Nord), dont la vie a été bonne à tous ceux qui l'ont approché. Ce nom-là sera toujours dans ma bouche comme un éloge

MADAME UESBUKUES-VALMOHb; 85

ment bon pour moi et d'une humanité profonde pour plusieurs prisonniers dont il m'a accoi'dé la grâce. De plus, ila fait donner trois fois le privilège de rOdéon à des hommes que Valmore croyait ses amis et pour lesquels il avait soUicité le ministre. Jamais je n'oublierai M. Martin (du Nord), ni ne cesserai de prier pour lui. C'est par son crédit que tu as obtenu ton humble place, après l'avoir demandée pour toi aux Invalides. Enfin je n'ai trouvé qu'en lui la grâce et la charité constante du cœur. Le malheur qui le frappe m'atteint très -sensiblement. »

On n'est pas habitué, je l'ai dit, à considérer M"® Mars par le côté du sentiment : cette femme, d'un talent admirable, passait, dans

et uae prière; depuis qu'il n'est plus, tout est fini pour nous. Lui, M. de Chateaubriand et M™<= Récamier ont laissé en moi autant de tristesse que de gratitude. » (Lettre de M"^ Valmore à son frère, du 8 octobre 1849.)

ses relations de théâtre, pour une personne assez rude, peu indulgente aux camarades et au prochain; mais, pour ceux qu'elle aimait, elle était amie sûre, loyale, essentielle et positive. Ses lettres à M™^ Valmore, d'un ton vif et résolu, presque viril, la font voir sous ce jour, — un fidèle et brave cœur, d'une affection active, et sur qui l'on pouvait compter; et M"^® Valmore le lui rendait par un véritable culte de reconnaissance :

« (7 avril 1847)... Cette bonne lettre me trouve au milieu de nouvelles et vives afflictions. A peine avais-je été frappée de la perte foudroyante de M.Martin (du Nord), que je suis saisie de douleur par celle de MH'^ Mars, cette bien-aimée de toute ma vie. Je l'adorais dans son génie et dans sa grâce inimitable : je l'aimais profondément comme amie fidèle que nos infortunes n'ont jamais refroidie. Au

milieu de sa fatale maladie, elle était encore agitée du désir de placer mon cher Valmore à Paris. — Mon bon Félix, je t'en prie, dis une prière pour cette femme presque divine. Si tu savais quelle part profonde elle a prise à mon malheur de mère, tu l'aimerais comme on aime un ange; et c'est comme telle que je la pleure. Je suis donc une femme bien désolée, mon pauvre ami!...

» Ondine est toujours à Chaillot, au milieu d'un troupeau d'enfants qu'elle instruit, ce qui nous prive de sa présence ; mais elle supporte avec courage et gaieté la gravité de ses devoirs dont sa santé ne s'altère pas. C'est toujours là ma plus tendre inquiétude sur elle. Hippolyte va bien à son devoir et se fait aimer partout. C'est un brave enfant, et une inteUigence très-distinguée. Il a de plus le charme d'un caractère candide , et les goûts les plus sobres. J'espère que Dieu le bénira toujours 1...

Page 1