Il trouva à la tin, en septembre 1852, cette place
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de rare nature, un fils né en 1820, et deux filles, Ondine née vers 1823, et Inès née vers 1826. De ces deux filles qu'elle eut la douleur de voir mourir avant elle, la plus jeune, Inès, délicate, poétique, une sensitive douloureuse; méfiante d'elle-même, tendrement jalouse, « l'enfant de ce monde, disait sa mère, qui a le plus besoin de caresses », atteinte d'une maladie de langueur étrange, s'éteignit la première, à l'âge de vingt ans, le 4 décembre 1846. Ondine, dont le vrai nom était Hyacin-
humble, mais honorable et selon tous ses goûts, à la Bibliothèque impériale, à la rédaction du catalogue. Ceux qui contribuèrent à la lui faire obtenir n'ont pu savoir de quel « saint contentement » et de quelle « profond soupir de gratitude » ils remplirent ces cœurs peu habitués à voir rien leur réussir. Je transcris les expressions mêmes que j'ai sous les yeux.
the, mais qu'on avait toujours appelée Ondine de son nom d'enfant, était poétique aussi et même poëte; elle tenait de sa mère le don du chant; elle mourut à trente ans, le 12 février 1853. Elle était mariée depuis peu à M. Langlais, représentant de la Sarthe, qui fut ensuite conseiller d'État, homme de mérite, qui esl mort chargé d'une mission près de l'empereur Maximilien au Mexique. Cette charmante Ondine avait des points de ressemblance et de contraste avec sa mère. Petite de taille, d'un visage régulier avec de beaux yeux bleus, elle avait quelque chose d'angélique et de puritain, un caractère sérieux et ferme, une sensibilité pure et élevée. A la différence de sa mère qui se prodiguait à tous, et dont toutes les heures étaient envahies, elle
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sentait le besoin de se recueillir et de se réserver : ces réserves d'une si jeune sagesse donnaient même parfois un souci et une alarme de tendresse à sa mère, qui n'était pas accoutumée à séparer l'affection de l'épanchement. Elle se disait quelquefois, à propos d'Ondine et pendant l'ennui qu'elle éprouvait de ses absences, ennui qui devenait par moments un cauchemar dans les insomnies : « Quoi ! cet amour-là aussi fait le même mal que l'autre! » — Ondine étudiait beaucoup. Elle passa plusieurs années comme sous-maîtresse et plutôt encore comme amie dans le pensionnat de M'"^ Bascans, à Chaillot. J'allais quelquefois l'y visiter. Elle s'était mise au latin et était arrivée à entendre
les odes d'Horace ; elle lisait l'anglais et avait
traduit en vers quelques pièces de William Gowper, notamment celle des Olney Hymns, qui commence ainsi : God moves in...; une poésie qui rappelait les cantiques de Racine et toute selon saint Paul. Elle lisait aussi Pascal, dont les Pensées occupaient fort en ces années la critique littéraire. Elle écrivait à ce sujet à un ami :
« En rentrant le soir, j'ai trouvé votre lettre et Pascal que je n'ai point quitté depuis. Me voilà occupée et heureuse pour bien des jours. C'est une douceur profonde que de trouver de pareils amis dans lej)assé, et de pouvoir vivre encore avec eux malgré la mort. »
Elle avait fait une pièce de vers sur le jour des Morts, qui était le jour anniversaire de sa propre naissance; elle y disait, en s'adres-
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sant à ces chers défunts qu'on a connus, et qu'elle se peignait comme transflgurés dans leur existence supérieure :
Ah! qu'importent les noms ! ah ! qu'importeutles sphères! Ames de nos amis, nous demeurons vos frères.
Dites, recueillez-vous l'hommage de nos larmes?
Ces pleurs versés pour vous ont-ils pour vous des charmes ?
Dans le céleste asile où sont tous les amours.
Vous qui ne pleurez plus, nous aimez-vous toujours?
Ondine avait été nommée en 1848, et grâce à l'appui d'Armand Marrast, dame inspectrice des institutions de jeunes filles, fonction dont elle remplit exactement les devoirs jusqu'à sa maladie dernière.
M™® Valmore, comme famille prochaine et presque aussi chère que celle du foyer, avait
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encore un frère qui vivait à Douai, deux sœurs et une nièce établies à Rouen, et assez peu heureuses, ce semble. Le frère, auquel elle écrivait régulièrement, était un ancien soldat qui avait servi sous l'Empire dans la guerre d'Espagne, qui n'avait pas dépassé le grade de sergent, et qui avait été ensuite prisonnier des Anglais sur les pontons d'Ecosse. Vieux, infirme et sans res.sources, il n'avait pu atteindre jusqu'à la dignité d'invalide, et tout ce qui avait été possible, c'avait été d'obtenir pour lui, par la protection spéciale de M. Martin (du Nord), d'être logé et nourri à l'hôpital de Douai, presque en face de la maison natale. C'est cet humble frère qu'il s'agissait à tout instant de relever, de réconforter, de secourir aussi par de rares envois d'argent
(20 francs par mois, quand on le pouvait) ; mais, en lui servant sa minime obole, cette âme de sœur trouvait moyen de diversifier à l'infini le baume moral qu'elle répandait sur ses blessures.
Et maintenant laissons-la parler elle-même ; parcourons avec elle quelques-unes des branches les plus particulières et les plus intimes de sa correspondance, à commencer parcelle qui s'adresse à ce frère si peu favorisé, Félix Desbordes, administré de l'hôpital général à iDouai :
« (14 janvier 1843).,. L'aînée de mes filles est toujours en Angleterre, à ma grande affliction •, car
1. Ondine était allée faire ce voyage en compagnie de la fille de Mme Branchu ; déjà affectée de la poitrine, mais sans connaître la gravité de son état, qui nous
cette absence commence à me devenir insupportable . Enfin les beaux jours me la rendront tout à fait rétablie, j'espère, et je ne demande rien plus ardemment à Dieu. Hélas! mon bon Félix, quand nous n'en pouvons plus du fardeau de nos peines, n'oublions pas que sa bonté ne nous a pas tout à fait abandonnés et qu'enfin nous sommes ses enfants. Quelque chose de grand est caché sous nos souffrances. — Allons ! plus nous aurons payé d'avance, plus il nous dédommagera de l'avoir aimé et cherché au milieu de toutes nos épreuves. J'ai des moments où je croule, mais je me sens toujours soutenue par cette main divine qui nous a faits frère et sœur pour nous aider et nous chérir, mon bon Félix. Tu sais quel bonheur je trouve à remplir ma mission, et je te remercie d'avoir également rempli la tienne. En m'aimant fidèlement, tu m'as
avait été révélée par une consultatioa du docteur Louis, elle s'abandonnait avec une entière confiance à un traitement homœopathique du docteur Curie.
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bien souvent consolée des amitiés légères et oublieuses de ce monde : la nôtre sera de tous les mondes. Je t'envoie vingt-cinq francs, ne pouvant pas t'en envoyer davantage. Il y a toujours quelque raison grave pour arrêter l'élan de mon âme. Tu le crois, n'est-ce pas ? Va ! cela est; car, si je n'étais pas pauvre, tu ne le serais pas... »
« (14 avril 1843)... Tu vois, mon bon frère, que c'est toujours avec un petit retard que mon devoir s'exécute. Des obstacles de bien des sortes donnent un démenti à ce mot toujours... Mais tu vois aussi que la persévérance dans le bien touche toujours la bonté de Dieu qui semble dire à la fin : « Laissez- » la faire. » Donc, si j'avais toujours voulu le bien, avec un si bon père, j'y serais peut-être parvenue! Tu me rends bien heureuse de m'avouer la tendance de ton âme à prier, mon bon frère. Je ne sais s'il y a sur la terre rien de plus utile et de plus doux que de retourner de bonne volonté à la source de notre être et de tout ce que nous avons
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aimé au monde. Tous les biens se perdent et s'évanouissent : ce but seul est immuable. Rien n'humilie, avec la foi dans ce juge équitable et tendre. Il nous rend tout ce que nous avons cru volé ou perdu. J'aime beaucoup Dieu, ce qui fait que j'aime encore davantage tous les liens qu'il a lui-même attachés à mon cœur de femme. Tu sentiras aussi par degrés toutes les fougues de ton cœur d'homme s'apaiser devant cet immense amour qui purifie tous les autres, et tu seras comme un enfant qu'une fleur contente et rend riche. Juge de quelle considération tu peux t entourer jusque dans cette retraite, qui sera devenue le lazaret de ton âme...
» ... Rr"<= Saudeur, arrivée il y a quatre jours, m'a remis ta lettre et tes manuscrits, que je n'ai pas eu le loisir d'ouvrir encore, car je suis comme au pillage de mon temps : partout le travail, les correspondances, ménage, couture et visites, qui remplissent mes journées ; elle sont de huit heures jusqu'à mhmit. Plus tard, je t'en parlerai. Rappelle-
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toi ce que je t'ai dit sur les notions qui peuvent t'être restées précises sur notre famille et nos chers père et mère. Je vous ai tous quittés si jeune, que je sais peut-être moins que vous de notre origine. Tout ce qui est resté gravé dans ma mémoire, c'est que nous avons été bien heureux et bien malheureux, et qu'il y avait pour nous bien du soleil à Sin ', bien des fleurs dans les fortifications; un bien bon père dans notre pauvre maison, une mère bien belle, bien tendre et bien pleurée au milieu de nous ! »
« (24 janvier 1847).., Je t'envoie avec celle-ci quinze francs que tu n'attends pas avec l'impatience que j'ai eue à te les envoyer ; mais nos misères sont loin d'être améliorées. Quand Dieu voudra, Félix !
1 . Village près de Douai, où ron allait les dimanches et jours de léte. « Ah ! si je pouvais aller à Sin me promener quelquefois sous les arbres des dames Clinchamp!... Cette idée m'affecte aux larmes, et pour moi le bonheur, c'est le repos. » (Lettre écrite de Lyon, le .5 juillet 1827.)
11 est plus grand que nos cris ! Tu peux continuer à relever l'âme de ta pauvre sœur par la considération dont je sais que tu l'entoures. Ta bonne conduite, ta patiente dignité est comme une croix d'honneur qui ne brille que mieux sur un habit pauvre. Laisse faire le temps et Dieu , et ne cesse pas d'aimer ta triste sœur. »
« (8 mars 1847)... Tu vois, mon ami, que je t'écris seulement aujourd'hui pour te dire d''attendre, et que je n'ai pas voulu retarder ma lettre jusqu'au moment où je pourrai y joindre un envoi d'argent. Je veux avant tout t'épargner l'inquiétude qu'un silence plus long te causerait, sachant bien que ton cœur s'en rapporte au mien de l'empressement que je mettrai à partager avec toi le premier rayon bienfaisant que la Vierge m'enverra. Ce dernier déménagement m'a tout pris. C'est fièrement douloureux d'interrompre ainsi les seules douceurs consolantes de ma vie. A quel point faut-il que je sois pauvre pour te laisser si pauvre ! . . . »
Nous voilà tout d'abord entrés aussi avant que possible au cœur de cette poignante destinée.
On a diversement parlé du ministre de la justice en ce temps-là, Martin fduNord); je crains que sa fin n'ait nui à ce qu'il pouvait y avoir de bien dans sa vie. Ce qu'il faut dire à la décharge de sa mémoire, c'est qu'il avait de l'humanité ;queM™®Valmore n'avait jamais invoqué vainement en lui le compatriote et \e pays; qu'elle lui demandait chaque année des grâces pour étrennes, — des délivrances de prisonniers; qu'elle avait une manière de les lui demander en glissant un mot de patois flamand (accoute'm un peo, écoutez-moi un peu!), et qu'elle les obtenait toujours *.