Absente, c'est-à-dire morte
»> J'étudie, je tâche d'étudier, de joindre l'espagnol à la langue anglaise que je sais tolérablement. L'espagnol me plaît pîfr l'idée que notre famille en sort du côté de la mère de papa. Qu'en crois-tu, mon ami? Mon oncle n'avait-il pas, en effet, une figure tout espagnole? Notre bonne grand'mère aussi, que je me rappelle avec tant d'amour quand nous allions la voir ensemble?
» J'ai aussi tous les souvenirs de ton séjour en Espagne, et de sa terrible conséquence, pauvre frère ! Et tout cela me rend l'étude de l'espagnol plus intéressante qu'une autre, parce que je pense que tu as parlé cette langue dans ta jeunesse guerrière. »
Elle ennoblit tant qu'elle peut le passé de ce cher frère pour le relever lui-même à ses propres yeux; elle y verse de la poésie comme sur toute chose, en croyant n'y mettre que du souvenir.
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Cette idée d'une descendance espagnole sourit à son imagination ; elle n'en est pas bien certaine, mais elle tâche de se le persuader, et elle convie son frère à l'aider à y croire :
« Je me suis toujours sentie attirée vers l'étude de la langue espagnole, parce que Douai est tout rempli des vestiges de cette nation. — Nous-mêmes, je crois, mon bon frère, nous en sortons du côté de la mère de mon père, Félix, souviens-toi bien : il est impossible que cette bonne grand'mère, et papa, et mon oncle Constant {le jmintre) ne descendent pas de cette ligne dont les traits sont si différents de la race vraie Flandre. »
C'est miracle qu'elle puisse étudier à travers une vie si tiraillée, si morcelée. La poésie, elle du moins, venait tout seule, comme un chant, comme un soupir ou comme un cri. Pendant une nuit d'insomnie, de jour en cou-
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rant, sur un quai, pendant une pluie sous une porte cochère, dans les circonstances les plus vulgaires ou les plus tristes de la vie, quelque chose se mettait à chanter en elle, et elle se le rappelait ensuite comme elle pouvait. Mais la réalité, nous la voyons, et la beauté morale de sa nature s'y montre à nu en toute sincérité :
« (8 août 1847)... Mon bon frère, ton ami Devrez ', qui va partir pour nos chères Flandres, se charge avec plaisir de nos tendresses et d'un petit paquet pour toi. Les temps ne sont pas venus où je pourrai t'en envoyer plus souvent et de plus gros. Il y a au fond de moi-même une prière incessante qui demande à Dieu du bonheur qui puisse s'envoyer à ceux que j'aime. Pour le moment, Dieu, qui nous a éprouvés jusqu'au sang et aux larmes, soutient miraculeusement notre vie avec ses bles-