AUTRE CHANSON
Air : de la Bourhonnatse.
Quelle merveille !
Une fille de rien, Une fille de rien,
Quelle merveille !
Donne au Roi de l'amour,
Est à la cour.
Elle est gentille, Elle a les yeux fripons ; Elle a les yeux fripons ;
Elle est gentille ; Elle excite avec art
Un vieux paillard
En maison bonne Elle a pris des leçons Elle a pris des leçons
En maison bonne, Chez Gourdan, chez Brisson,
Elle en sait long.
Il courut aussi des quolibets de toute espèce.
On dit que M™° la comtesse du Barry était la meilleure trotteuse de Paris, parce qu'elle n'avait fait qu'un saut du Pont-Neuf au Trône.
Le Pont-Neuf était alors un quartier de Paris où il y
avait beaucoup de ûllcs galantes, et le Trône était une barrière éloignée à l'entrée du faubourg Saint-iVntoine.
On peut juger par ces plates turlupinadcs que se permettait assez publiquement la plus vile canaille, à quel pomt de licence on s'exprniiait inipanémcnt sur la nouvelle maîtresse.
11 n'y eut pas jusqu'à M. de Voltaire qui, pour faire la cour aux Choiscul, dont il était le très humble serviteur, ne s'égayât à cette occasion.
Il se permit un conte, pour le moins très indécent, qui, de ce temps-là même, était très rare et l'est devenu beaucoup plus depuis. Il était intitulé : LApotJiéose du roi Pétaud.
Indépendamment de ces écrits qui tendaient à recueillir généralement tout ce qui pouvait avilir davantage le goût du roi, et lui faire honte à lui-même de ses nouvelles amours, les Choiseul animaient la famille royale et voulaient exciter une fermentation telle que Sa Majesté se trouvât forcée, du moins par son désir de maintenir la paix parmi elle, de laisser la comtesse dans l'état d'obscurité où elle était encore et de n'oser la faire présenter.
La présentation à la cour est un point d'autant plus essentiel, en France, pour une maîtresse de monarque, que faute de ce cérémonial, elle n'y peut obtenir aucune place, elle n'y est j anglais que précairement, et elle est dans le cas d'être expulsée d'un moment à l'autre, sans prétendre aux dédommagements dont une faveur déclarée la rend au moins susceptible, si elle ne la met pas à l'abri d'une disgrâce qui peut survenir tôt ou tard.
En un mot, M"'^ du Barry n'avait d'autre distinction avec les femmes du Parc-aux-Cerfs que d'être clandestinement des voyages et de fixer plus constamment la passion de son auguste amant.
Elle avait été logée dans le château de Fontainebleau pendant tout le séjour de Sa Majesté dans cette ville : elle devait se flatter de posséder exclusivement le cœur et la couche du monarque, mais elle ne montait point dans ses carrosses; elle ne pouvait manger avec lui en public, elle
n'aurait osé se montrer chez le Dauphin, chez ses frères, chez Mesdames.
Madame Adélaïde ds France, fille de Louis XV.
Les ministres politiques auraient, sans doute, eu beaucoup d'égard pour ses recommandations, mais étant censés ignorer son existence, ils auraient pu la méconnaître et la refuser sans inconvénient.
ANECDOTES SUR M"" LA COMTESSE DU BARRY. 8l
Elle ne recevait aucune visite d'étiquette des grands, des ambassadeurs, et la présentation la faisait jouir de toutes ces prérogatives, les unes dues, les autres accordées par l'adulation, et passées presque en usage et en loi.
11 était donc bien naturel qu'elle aspirât à faire ce premier pas vers les honneurs; et c'est ce que la cabale adverse voulait empêcher.
Voici ce qu'on lisait dans les 'Nouvelles dont nous avons déjà parlé :
« Du 12 novembre ij68. — On regarde déjà comme décidé que M™° la comtesse du Barry ne sera point présentée. '
« La figure charmante de cette jeune mariée avait attiré les regards de tous les courtisans, et le roi paraissait vouloir augmenter le nombre des beautés de la cour.
« Des impressions fâcheuses données à Mesdames sur l'origine et les premières années de cette nouvelle comtesse, les ont engagées à supplier le roi de ne point permettre qu'elle parût sous leurs yeux.
« Sa Majesté a cru devoir céder à ces représentations et cherche à dédommager M""® du Barry d'une telle mortification par toutes sortes d'égards et de bontés.
« Elle est logée à Versailles, dans l'appartement du sieur Lebel, le premier valet de chambre (qui l'a présentée au roi).
« Cette vaine cérémonie occasionnait beaucoup de rumeur à la cour et l'on croit que la jalousie des femmes à prétention qui craignaient, avec raison, d'être éclipsées par la divine présentée, n'a pas peu contribué à exciter le soulèvement général contre elle.
a Les ministres avaient pris parti dans cette affaire, devenue très importante pour eux... »
Cet article adroit et plein de malice ne pouvait être suggéré que par des gens du parti contraire.
Cependant, en peu de jours, la chance tourna, ou, pour mieux dire, on s'exprimait d'un ton plus douteux, et avec
autant d'honnêteté, on ne cherchait pas moins à la rendre odieuse tour à tour et ridicule, soit en annonçant les révolutions qu'elle devait opérer et qui ne pouvaient paraître que funestes aux créatures de Choiseul ou aux gens prévenus en faveur de son ministère, soit en la dépeignant sous des couleurs qui l'auraient rendue impropre au rôle qu'on lui destinait
On disait dans un article du 28 décembre :
« ...M""^ la comtesse du Barry continue à mériter l'attention de la cour et de la ville.
« On parle de nouveau de la ûxer à la première et de la présenter.
« Il y a des paris ouverts à Versailles, pour ou contre.
« Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il y aura un grand changement dans le ministère si elle parvient à cet honneur.
« L'éloignement que M. le duc de Choiseul a témoigné hautement pour elle ne lui permettait point de rester en place.
« Elle a de son côté MM. Bertin, dévots, qui regarderaient comme une bonne œuvre, n'importe par quelle voie, l'expulsion du premier. Ils l'estiment très irréligieux et ils redoutent son esprit tranchant et décidé, principalement sur toutes les matières ecclésiastiques.
« Quant à M™^ du Barry, on débite qu'elle s'ennuie à la cour, que toute cette gêne ne va point à son caractère libre et folâtre, et que ce n'est qu'une machine dont se servent les hommes ambitieux pour parvenir à leurs fins. »
Peu de jours après, le même journaliste baissait encore plus le ton ; il devenait même louangeur.
On en jugera par l'article suivant, du 31 décembre de la même année :
« Le bruit général de Versailles est que M"^® la comtesse du Barry sera présentée le 3 du mois prochain. On cite d'elle un trait qui fait infiniment d'honneur à son cœur et caractérise sa modestie dans l'élévation où elle se voit portée comme malgré elle.
a Cette comtesse a envoyé chercher, il y a quelques jours, M. Billard-Dumouceaux, ancien payeur des rentes.
« Le vieillard, fort étonné de l'invitation, s'y est rendu doutant qu elle pût le concerner.
a II a été enchanté de l'honnêteté, de la politesse, de la gaîté même avec laquelle on l'a reçu.
a Cette dame, après s'être plu à le questionner beaucoup sur une petite ûlle dont il avait été le parrain depuis vingtquatre à vingt-cinq ans, l'avait blâmé sur son indifférence et sur l'oubli parfait où il semblait être d'elle et de l'événement, lui a montré l'extrait baptistaire qui constatait le fait, et lui a déclaré qu'elle était cette filleule, qu'avec sa mère, le regardant comme ce qu'elle avait de plus cher au monde, elle était bien aise de renouveler connaissance avec lui, de le cultiver et de se trouver à portée de lui témoigner sa gratitude et son attachement.
« M. Dumouceaux, émerveillé de tout cela, ne put s'empêcher de publier ce beau trait, qui passe aujourd'hui pour constant dans Paris. »
Une anecdote particulière, mais fondée par un fait, fit connaître à la cour combien Vi'^^ la comtesse du Barry acquérait de consistance et quel intérêt vif le roi prenait à elle.
Sa Majesté, qui l'avait tenue écartée jusque-là du château, la fit installer dans l'appartement qu'occupait la feue marquise de Pompadour, et qui était devenu en partie celui du gouverneur.
M. le comte de Noailles crut devoir faire quelques représentations sur le dérangement qu'occasionnerait dans ses fonctions un déplacement de cette espèce.
Il s'y hasarda, mais sans succès, et ce seigneur, ayant trop insisté dans l'excès de son zèle, fut à la veille de perdre les bonnes grâces du roi. Heureusement, il voulut bien excuser cette ardeur trop grande du gouverneur pour son service auprès de sa personne.
On ne douta plus que la favorite ne fût présentée incessamment.
Il se faisait journellement des paris pour ou contre, et ceux qui avaient perdu demandaient leur revanche, dans l'espoir de jongler mieux une autre fois.
Entre autres jours, le mercredi 25 janvier avait été annoncé comme le terme de cette époque heureuse pour la comtesse.
Le bruit de cette nouvelle était si général et si accrédité, qu'une foule de curieux s'était rendue en poste à Versailles pour assister à la cérémonie.
Ils furent frustrés dans leur espoir : on dit que M""' la comtesse de Béarn, qui était chargée de cette fonction, s'était trouvée incommodée.
Les partisans des du Barry prétendirent que le comte Jean (c'est ainsi qu'on a désigné depuis le beau-frère) avait demandé, avant que sa belle-sœur reçût ses honneurs, à dissiper les nuages qu'on élevait sur leur famille, à bien constater sa naissance et sa noblesse, qu'en conséquence on avait fait venir ses papiers d'Angleterre où se trouvait une généalogie très établie qui prouvait son extraction de l'illustre maison de Barimore.
Cependant le public gratifiait déjà M""® du Barry de plusieurs belles terres.
Les ims lui faisaient acheter celle de la Selle, auprès de Saint-Germain-en-Laye, appartenant ci-devant au sieur Roussel, fermier-général, qui la lui vendait 80.000 livres.
D'autres lui donnaient la principauté de Lux, venant de la maison de Luxembourg, et fondaient cette acquisition moins sur la valeur réelle que sur la qualité brillante de princesse quelle en devait porter.
Une faveur particulière que reçut dans ce temps-là la comtesse de Béarn, qu'on annonçait pour la marraine à la cour de la future présentée, confirma le rôle qu'elle devait jouer.
Son fils, le vicomte de Béarn, qui sortait d'être page chez le roi et l'intime ami du fils du comte Jean, alors page aussi de Sa Majesté et connu depuis sous le nom du vicomte Adolphe, entra dans les carabiniers et fut présenté peu après à Sa Majesté.
Le monarque l'accueillit de la façon la plus flatteuse;
il le fit monter sur-le-champ dans ses carrosses et, dès lors, il fut admis à toutes les parties de plaisir des petits appartements.
Il a été constaté depuis, ce dont les ans politiques se doutaient alors, que le retard de la présentation de M""® la comtesse du Barry ne provenait que de la bonté du roi qui
ne voulait pas faire d'éclat vis-à-vis de sa famille et attendait qu'elle fût disposée à l'événement.
11 n'ignorait pas qu'on excitait sous mains Mesdames à rejeter une telle présentation.
En conséquence, il chargea le duc de la Vauguyon de faire part à Madame Adélaïde des projets de Sa Majesté et d'engager la princesse à se conformer aux vues de son auguste père.
La négociation ne réussit pas aussi promptement que le désirait le monarque.
Les Choiseul, toujours en crédit, excitaient les princesses à tenir ferme, et pour les mieux révolter, exagéraient encore à leurs yeux la bassesse de l'extraction de la favorite, la dépravation de ses mœurs particulières et le scandale de sa vie publique.
Pour mieux confirmer leur répugnance, comme on ne pouvait mettre sous leurs yeux les chansons grossières qu'on avait faites sur la comtesse et que cette façon de diffamer en vaudevilles est cependant la plus sanglante, la plus sûre et la plus indélébile, ils firent faire des couplets qui disaient la même chose, mais par une tournure ingénieuse, délicate et qui, conséquemment, n'en était que plus cruelle et plus perfide.
La satire y prenait le ton des grâces et s'embellissait de leur parure, ce qui, indépendamment du point historique qu'ils constatent, les rend précieux par leur mérite intrinsèque.
Ils sont sur l'air : Vous qui vous moquez -par vos ris.
Lisette, ta beauté séduit
Et charme tout le monde En vain la Duchesse en rougit
iit la Princesse en gronde ; Chacun sait que Vénus naquit
De l'écume de l'onde.
En vit-elle moins tous les Dieux Lui rendre un juste hommage,
Et Paris, ce berger fameux Lui donner l'avantage
Même sur la Reine des Cieux Et Minerve la sage ?
Dans le sérail du Grand Seigneur
Quelle est la favorite ?
C'est la plus belle au gré du cœur
Du maître qui l'habite, C'est le seul titre en sa faveur
Et c'est le vrai mérite.
Au surplus, cette tournure, bien loin de perdre M""® du Barry, ou de lui nuire, comme le croyaient ses eimemis, ne fi.t qu'accroître pour elle l'ardeur de son amant.
On sait qu'en général, les passions se fortifient par la contrariété et celle des vieillards en prennent encore mieux un caractère d'opiniâtreté.
C'est ce qu'il fut aisé de juger par la conduite du monarque.
Ce prince, voulant rapprocher de lui davantage la favorite, fit donner à Madame Adélaïde l'appartement de la feue Dauphine et plaça M™® du Barry dans celui de la princesse (i).
(i) C'est en se référant aux dossiers des bâtiments du roi aux Archives nationales et à différents états des logements conservés à Versailles et à la Bibliothèque nationale, que INI. de Nolhac a pu établir quel était l'appartement habité par M™® du Barry. Ce détail n'est pas sans éclairer les rapports du roi et de la favorite.
Logée d'abord dans l'ancien appartement de Lebel qui comprend six pièces sur la cour royale, dans l'aile dite du Gouvernement, M™® du Barry ne s'installa définitivement que dans les premiers mois de 1771, au retour du voyage de la cour à Fontainebleau. C'est pendant ce voyage qu'un appartement a été aménagé pour elle par Gabriel, avec une célérité qui, si l'on songe à l'abandon où au même moment on laisse les appartements du comte de Provence et de la future Dauphine, témoigne de l'étonnante faveur
Cet arrangement était nécessaire aux plaisirs du roi pour jouir plus facilement et aussitôt qu'il le voudrait des charmes secrets de sa maîtresse.
Il s'inquiéta peu de gêner Mesdames, qui se trouvèrent ainsi séparées de leur sœur et acquirent une nouvelle voisine qu'elles détestaient de plus en plus.
Les négociateurs de cette translation leur firent entendre que, si elles aimaient véritablement leur auguste père, il fallait, sans bouder, sacrifier tout à sa satisfaction.
Mais de toutes ces tracasseries particulières des Choiseul, de leur acharnement constant à se déchaîner contre la nouvelle venue, à la décrier, à répandre sur son compte les plus scandaleuses anecdotes, les propos les plus vils et les plus infâmes, il en résulta pour les du Barry la nécessité, non seulement de se mettre en défense, mais encore d'attaquer leurs formidables ennemis et, ne pouvant le faire ouvertement, de les miner en détail et à la sourdine.
Ce genre de perfidie politique, de méchanceté réfléchie, lente et profonde, n'était pas dans le caractère d'une femme jeune, jolie, étourdie, franche et accoutumée à dire tout ce qui lui passait par la tète et à quelque prix que ce fût.
La comtesse donc ne dissimula pas la haine qu'elle portait à des ennemis qui la provoquaient sans ménagement; mais substituant la plaisanterie au fiel de ces sortes d'animosités, elle ne mit que de l'enjouement où les autres mettaient de la fureur.
de la favorite. Son logement a été découpé dans les petits appartements du deuxième étage, au-dessus des cabinets du roi. Cette partie du château, restaurée quelques années plus tôt pour la première Dauphine, et otj elle est morte en 1767, est au cœur même des appartements de Louis XV. Il céda même à sa maîtresse une suite de pièces destinées à ses petits soupers et aux jeux, pièces qu'on reporta au premier étage, d'où l'obligation pour ^Madame Adélaïde, fille du roii de déménager. Il existe aux Archives nationales (G 1 1800) un plan de Gabriel pour l'appartement de M™^ du Barry qui en donne une idée très précise ; seule, la petite galerie figurée dans ce plan subsiste encore.
go ANECDOTES SUR M"'" LA COMTESSE DU BARRY.
On se rappelle que, dans ces temps-là, par un jeu qui ne paraissait que puéril, et qui cependant pronostiquait les grands événements subséquents, la favorite prenait souvent deux oranges : elle les serrait dans chacune de ses mains et, les jetant en l'air, s'écriait en riant : Sautey Choïseul ; saute^ Praslïn.
Un critique gai, entrant dans la même tournure d'esprit, dépeignit dans une épigramme grivoise la révolution qu'allait opérer, chez les courtisans, le changement de faveur.
On dit que Choiseul et Barri
Animaux très antipathiques
Partagent la cour aujourd'hui Et suspendent les vœux de tous nos politiques ; Il faut opter des deux.... C'est le tout pour le tout,
Car de leur sort dépend le nôtre.
Cette révolution ne s'opérait qu'insensiblement.
Le grand crédit du ministre, ce colosse de puissance, pareil à un chêne altier qui, de sa tête, semblait toucher les cieux et de ses racines profondes pénétrer aux enfers, contenait encore ceux mêmes qui désiraient le plus son abaissement.
Aucune femme n'osait se charger de la présentation de M°^® du Barry, et la comtesse de Béarn, qui s'était d'abord décidée à le faire, était arrêtée par les suites qu'on lui faisait envisager.
Cependant, comme elle s'y était engagée, elle prétextait une entorse et restait chez elle, le pied sur sa chaise longue.
Alors le comte Jean, moteur de toute l'intrigue, et qui sentait combien il était nécessaire de lier le roi par un acte de reconnaisance authentique, se retourna d'une autre façon. Il déterra une M™® d'Alogny qui, dans le cas de paraître à la cour, ne s'y était pas montrée, dont la réputation même n'était pas bien pure à Paris. Il n'eut pas de peine à l'éblouir de ses belles promesses : elle se fit présenter et
passa pour devoir suppléer aux fonctions de M"' de Béarn.
Le but de cette cérémonie était si répandu que Madame
Adélaïde, dit-on, piquée du rôle que M'"" d'Alo^^ny se pro-
Le Marquis de Marigny, par Cochin.
posait de lui faire jouer, lorsqu'elle lui fut amenée, et qu'elle se mit à genoux pour chercher à baiser, conformément à l'étiquette, le bas de sa robe, loin de la relever et de lui donner la main, suivant l'usage, la laissa dans cette posture humiliante.
La présentation future passa pour d'autant moins équivoque que M. le marquis de Marigny fit donner, vers le même temps, des ordres aux contrôleurs des différentes maisons royales, comme Marly, Choisy, Bellevue, etc., de remettre les appartements de feue M"^^ la marquis de Pompadour comme ils étaient et d'en rétablir toutes les communications avec ceux du roi.
On en conclut que M"'^ du Barry serait des petits voyages dont la saison approchait, et oii il ne va que des femmes présentées et nommées par Sa Majesté.
Cette cérémonie devenait donc instante.
Cependant, depuis la présentation de M""® d'Alogny, la seconde marraine désignée, il s'était écoulé encore près d'un mois; ce qui ranimait l'espoir du parti contraire et lui faisait penser que Sa Majesté, toujours perplexe, n'oserait se déterminer à un acte d'éclat contre sa famille.
Différentes présentations qu'il y eut dans cet intervalle fortifièrent leurs conjectures et les paris pour ou contre se multiplièrent.
Le comte du Barry fit enfin employer à sa belle-sœur la dernière ressource, qui devait être la plus efficace.
Elle se jeta en larmes aux pieds de son amant : elle le conjura par toute la passion qu'il lui témoignait de ne point la laisser en butte aux propos injurieux de ses ennemis, de les faire taire en annonçant ses bontés pour elle d'une manière solennelle, en la prenant ainsi sous sa sauvegarde royale.
Cette scène, jouée avec tout le pathétique possible, réussit.
Plusieurs messagers, envoyés de Versailles le 22 avril au soir, annoncèrent que M™® du Barry venait d'être présentée au retour de la chasse; ce qui occasionna bientôt un cancan prodigieux dans Paris.
On assura que tous les ministres étrangers devaient envoyer, dans la nuit même, des courriers à leurs cours respectives pour y apprendre cette importante nouvelle.
Comme on ne peut jamais mieux fixer les faits que par
le témoignage des contemporains, et que, dans les récits de cette espèce, où tant de gens sont intéressés à altérer la vérité, le premier cri public est toujours le meilleur, le plus véridique et le plus propre à constater la sensation qu'ils pioduisent, voici ce qu'on en disait dans les 'Nouvelles déjà citées, en date du 25 avril, c'est-à-dire trois jours après la présentation :
a Sa Majesté, fort embarrassée sur la présentation de
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