A LA MARQUISE DE MONTRABLE
a Le coup vient d'être porté, ma chère maman, le rui, se sentant fort mal, a fait dire à M"'^ la duchesse d'Aiguillon qu'elle lui ferait plaisir de m'emmener chez elle.
a En conséquence, nous venons de partir pour Rueil d'où je vous écris.
« Sa Majesté, avant de recevoir le viatique, a déclaré, par l'organe de son grand aumônier, qu'elle était fâchée d'avoir donné du scandale à ses sujets, qu'elle ne voulait vivre désormais que pour le soutien de la foi, de la religion et le bonheur de ses peuples.
a Les promesses d'un mourant ne doivent pas inquiéter : ils sont tous les mêmes, jusqu'à ce qu'ils soient revenus en santé.
a Si le roi a ce bonheur, je suis persuadée que ma situation ne changera pas.
« Adieu, ma chère maman.
a Comtesse DU Barry. »
a P. S. — Comme j'allais faire partir cette lettre, j'apprends que l'état du malade est moins dangereux. »
On voit, dans cette lettre, la cause de la tranquillité que la comtesse montra dans ce grand changement; elle le supportait avec constance, parce qu'elle n'y croyait pas.
D'ailleurs, on assure que son attachement pour le roi ne lui permettant plus de rester éloignée de son amant, elle venait toutes les nuits à Versailles, et des personnes de l'intérieur du service ont affirmé qu'ils voyaient venir une femme voilée qui se promenait dans les corridors et à qui le premier valet de chambre de service venait apporter des nouvelles du roi.
Ils ne virent jamais ses traits, mais ils furent persuadés, par la ressemblance de la taille et la manière de marcher de cette femme, que c'était M""® du Barry.
Et, en effet, quelle autre eût été obligée de cacher le tendre intérêt que la situation du roi inspirait à tous ceux qui avaient le bonheur de le voir familièrement ?
Certains assurèrent que M""® du Barry était peu affligée de l'état du monarque et prétendirent qu'elle n'était occupée que d'elle dans ces moments où, n'eût-elle eu aucune tendresse pour le roi, il eût été cependant simple qu'elle fût inquiète de son sort à venir. Nous avons donc peine à croire qu'elle porta la recherche de la mollesse dans cet instant au point d'envoyer chercher son coucher à Luciennes, ne trouvant pas les lits du château de Rueil assez bons.
M""^ du Barry aimait le roi : on n'en peut douter; elle en était éperdûment aimée.
Quelle est la femme qui renonce sans regret à ce double sentiment ?
Et si l'on ajoute à cette jouissance du cœur toutes celles que l'orgueil peut donner, on sentira qu'il était impossible que M°^® du Barry ne fût pas profondément affectée du danger de son amant.
Les jours qu'elle passa à Rueil auraient cependant été bien plus douloureux sans les soins affectueux de M. et M™® d'Aiguillon, qui justiâèrent l'attachement qu'ils avaient
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