‹ Madame du Chatelet, ou Point de lendemainChapitre 18 sur 25 · M-"' DU CHATELET, SAINT-LAMBERT, VOLTAIRE · texte numérisé non relu

M-"' DU CHATELET, SAINT-LAMBERT, VOLTAIRE

VOLTAIRE, revenant.

Tout va bien ! (Il remarque que M""^ du Châtelel el Saint-Lamberl parlent bas.) Eh mais ! ils se sont bien vite rapprochés .. (Haui.) Pardon . si je dérange votre téte-à-tête; mais à présent...

SAINT-LAMBERT

Voltaire peut-il jamais être importun?

VOLTAIRE, les examinant.

Qui sait?

M™" DU CHATELET

Que voulez-vous dire ?

Oh! rien. (A part.) Elle me .semble émue I diable! diable!

M^n^ DU CHATELET, passant enUe Voltaire el Saint- Lamberl.

Pourquoi ces réticences?... qu'avez-vous?

VOLTAIRE

Je réfléchissais... excusez ma préoccupation. (A pan.) Est-ce bien le marquis qu'on trompe?

^,me DU CHATELET, à part.

Il a l'air inquiet.

VOLTAIRE, à part.

Je crois qu'il est temps d'arrêter tout cela.

SAINT-LAMBEUT.

J'attends que monsieur de Voltaire veuille bien me faire savoir...

VOLTAIRE, iroiiiquemenl.

Ah ! jeune homme , il me semble que vous ne vous êtes pas fait prier.

SAINT-LAMRERT.

Prier!... de quoi?

M™^ DU CHATELET, à part.

Que va-t-il faire? (Haut.) Mon ami...

VOLTAIRE, à ^\""^ du Châtelel.

Tout s'est passé à merveille comme nous en étions convenus?

M™* DU CHATELET

Mais en vérité. Voltaire!...

Je ne comprends pas.

VOLTAIRE

Ah ! madame ne vous a donc p.is instruit?

SAINT-LAMBERT

Encore une fois , de quoi ?

M™^ DL' CHATELET

Qu'allez-vous dire ?

VOLTAIRE

Ce que peut-être vous auriez dû dire vousmême.

SAINT-LAMBERT

Veuillez vous expliquer.

VOLTAIRE

C'est ce que j'ai de mieux a faire.

M""® DU CHATELET, à part.

Je tremble!

VOLTAIRE

Ecoulez-moi : Deux personnes vivaient dans une agréable retraite , loin des .sots et des méchans qui peuplent ce monde.

M™<^ DU CHATELET, à part.

Horrible situation !

L'envie, toujours active , trouve le moyen de leur envoyer un jaloux, un importun, maussade, bourru... comme nous en connaissons tous.

SAINT-LAMBl-.RT.

Qu'enlends-je ?

M"^ DU CHATELET, à Voltaire.

Mais vous êtes fou !

VOLTAIRE

Non. Il est inutile de prolonger ce: te plai.^niitcrie ; d'ailleurs elle a réussi.

SAINT-I.A.MBEUT.

Ah!...

VOLTAIRE

Oui. Faites bien attention !

SAINT LAMBERT, avec intention.

Oh ! j'écoute.

VOLTAIRE

Qu'imaginent les deux personnes en question ? De détourner sur un tiers des inquiéUules dangereuses.

M""' DU CHATELET

Arrêtez î

SAINT-LAMBERT

Permettez, madame, qu'il continue... Je commence a comprendre.

M'"'^ DU CHATELET. bas à Sajnl-Laniberi d'un ion de tendre repiorhe.

Saini-Lambeil !...

SCErvE

VOLTAIRE

Or donc, tel iiiipoiluii...

SAI>T-L\MBEUT.

C'est 1\I. du Chàtelet.

VOLTAIRE

Et cet ami , dont on se sert pour écarter le danj;er...

SAINT-LAMBERT, avec uii sourirtî force.

C'est moi.

VOLTAIRE

Vous l'avez dit.

SAINT-LAMBERT, bas à la marquise avec colère et dédain.

Vous m'avez jout*.

M^e DU CUATELET , à part.

Que va-t-il penser de moi ?

VOLTAIRE

Le succès a couronné nos espérances : recevez maintenant tous nos remercimens , mon cher

M"* DD CHATELET

Ne croyez donc rien de tout cela ; c'est une relie.

SAINT-LAMBERT

Qui me paraît 1res vraisemblable.

M™^ DU CHATELET, à part.

lime méprisera!... il souffre! Et moi!...

VOLTAIRE

Mais , madame , en bonne conscience , vous auriez dû l'instruire.

SAINT-LAMBERT

Je n'aurais peut-être pas si bien joué mon rùle... Pour madame, elle s'est acquittée du sien à merveille.

VOLTAIRE

Sans doute; mais, en la supposant de bonne foi, votre pauvre cœur pouvait se laisser prendre. SAINT-LAMBERT, avec aigreur.

Oh ! ... je ne m'y suis pas trompé.

M"« DO CHATELET , à part.

Malheureuse!...

VOLTAIRE

A la bonne heure... Je n'en ai pas moins accompli un acte de charité en vous mettant au Tait.

SAINT-LAMBERT

J'en suis reconnaissant.

M"* pc CHATELET , avec colère , è part. Voltaire m'a contrainte à rougir !

SAINT-LAMBERT, bas à M"* du Châtelei.

Que de fausseté !

M™" DD CHATELET, bas.

Non, il n'y eut point de fausseté.

SAINT-LA.MBF,RT

Je suis charmé d'avoir pu \ous être utile, et je ne m'élonne plus qu'on m'ait retenu tantôt quand j'étais prêta partir: maintenant que tout est fini, que vous n'avez plus besoin de moi, vous me permettrez de prendre a l'in^latil mémo congé de vous.

M""' DU CUATIIKT , à pail.

Grand Dieu !

VOLTAIRE , le ranieiiuiil au milieu.

Non pas, vraiment. Restez... au moins jusqu'à ce soir; c'est nécessaire à votre rôle.

SAINT-LAMBERT

Ah!

VOLTAIRE

11 faut que ce soit le marquis lui-même qui vous congédie.

SAINT-LAMBERT

En vérité !... Est-ce l'avis de madame'.*

M"'* DU CHATELET

Monsieur'... { .\ part. ) Tout, plutôt que son mépris !

SAINT-LAMBERT , avec une ironie aigre.

Rien ne me coûtera pour la servir.

VOLTAIRE , à part.

Il est furieux... J'ai bien fait de parler; je crois qu'il était temps!

M™« DU CHATELET , bas à Saint- Lambuil. Saint-Lambert!...

SAINT-LAMBERT , bas.

Eh bien!

M""' DU CHATELET , bas.

Celte bague!...

(M""' du Châtelei lui glisse la bague dans la main.)

SAINT-LAMBERT , avec joic.

Ah!...

VOLTAIRE , à part.

Bon! les voilà brouillés à tout jamais! (Haut.) Vous comprenez , mon ami , que notre reconnaissance vous est acquise pour toujours.

SAINT-LAMBERT

Trop heureus de vous être agréable! .. Mais je conçois que mon rôle n'est pas achevé; j'espère m'acquilter du reste à votre satisfaction.

VOLTAIRE

Merci , mon cher Saint-Lambert !

SAINT-LAMBERT

Oh ! il n'y a pas de quoi.

M"'= DU CHATELET

Il eût mieux valu sans doute ne pas commencer, et si l'on m'avait écoutée , cet inconvenant badinage n'aurait jamais eu lieu... Mais vous l'avez voulu... Adieu, je vous laisse , et je rentre dans mon appartement.

(M""' du CliAlelet sort par la porte de droite , el Saint-Lanibcrl sort par le fond. )

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