M-"' DU CHATELET, SAINT-LAMBERT, VOLTAIRE
VOLTAIRE, revenant.
Tout va bien ! (Il remarque que M""^ du Châtelel el Saint-Lamberl parlent bas.) Eh mais ! ils se sont bien vite rapprochés .. (Haui.) Pardon . si je dérange votre téte-à-tête; mais à présent...
SAINT-LAMBERT
Voltaire peut-il jamais être importun?
VOLTAIRE, les examinant.
Qui sait?
M™" DU CHATELET
Que voulez-vous dire ?
Oh! rien. (A part.) Elle me .semble émue I diable! diable!
M^n^ DU CHATELET, passant enUe Voltaire el Saint- Lamberl.
Pourquoi ces réticences?... qu'avez-vous?
VOLTAIRE
Je réfléchissais... excusez ma préoccupation. (A pan.) Est-ce bien le marquis qu'on trompe?
^,me DU CHATELET, à part.
Il a l'air inquiet.
VOLTAIRE, à part.
Je crois qu'il est temps d'arrêter tout cela.
SAINT-LAMBEUT.
J'attends que monsieur de Voltaire veuille bien me faire savoir...
VOLTAIRE, iroiiiquemenl.
Ah ! jeune homme , il me semble que vous ne vous êtes pas fait prier.
SAINT-LAMRERT.
Prier!... de quoi?
M™^ DU CHATELET, à part.
Que va-t-il faire? (Haut.) Mon ami...
VOLTAIRE, à ^\""^ du Châtelel.
Tout s'est passé à merveille comme nous en étions convenus?
M™* DU CHATELET
Mais en vérité. Voltaire!...
Je ne comprends pas.
VOLTAIRE
Ah ! madame ne vous a donc p.is instruit?
SAINT-LAMBERT
Encore une fois , de quoi ?
M™^ DL' CHATELET
Qu'allez-vous dire ?
VOLTAIRE
Ce que peut-être vous auriez dû dire vousmême.
SAINT-LAMBERT
Veuillez vous expliquer.
VOLTAIRE
C'est ce que j'ai de mieux a faire.
M""® DU CHATELET, à part.
Je tremble!
VOLTAIRE
Ecoulez-moi : Deux personnes vivaient dans une agréable retraite , loin des .sots et des méchans qui peuplent ce monde.
M™<^ DU CHATELET, à part.
Horrible situation !
L'envie, toujours active , trouve le moyen de leur envoyer un jaloux, un importun, maussade, bourru... comme nous en connaissons tous.
SAINT-LAMBl-.RT.
Qu'enlends-je ?
M"^ DU CHATELET, à Voltaire.
Mais vous êtes fou !
VOLTAIRE
Non. Il est inutile de prolonger ce: te plai.^niitcrie ; d'ailleurs elle a réussi.
SAINT-I.A.MBEUT.
Ah!...
VOLTAIRE
Oui. Faites bien attention !
SAINT LAMBERT, avec intention.
Oh ! j'écoute.
VOLTAIRE
Qu'imaginent les deux personnes en question ? De détourner sur un tiers des inquiéUules dangereuses.
M""' DU CHATELET
Arrêtez î
SAINT-LAMBERT
Permettez, madame, qu'il continue... Je commence a comprendre.
M'"'^ DU CHATELET. bas à Sajnl-Laniberi d'un ion de tendre repiorhe.
Saini-Lambeil !...
SCErvE
VOLTAIRE
Or donc, tel iiiipoiluii...
SAI>T-L\MBEUT.
C'est 1\I. du Chàtelet.
VOLTAIRE
Et cet ami , dont on se sert pour écarter le danj;er...
SAINT-LAMBERT, avec uii sourirtî force.
C'est moi.
VOLTAIRE
Vous l'avez dit.
SAINT-LAMBERT, bas à la marquise avec colère et dédain.
Vous m'avez jout*.
M^e DU CUATELET , à part.
Que va-t-il penser de moi ?
VOLTAIRE
Le succès a couronné nos espérances : recevez maintenant tous nos remercimens , mon cher
M"* DD CHATELET
Ne croyez donc rien de tout cela ; c'est une relie.
SAINT-LAMBERT
Qui me paraît 1res vraisemblable.
M™^ DU CHATELET, à part.
lime méprisera!... il souffre! Et moi!...
VOLTAIRE
Mais , madame , en bonne conscience , vous auriez dû l'instruire.
SAINT-LAMBERT
Je n'aurais peut-être pas si bien joué mon rùle... Pour madame, elle s'est acquittée du sien à merveille.
VOLTAIRE
Sans doute; mais, en la supposant de bonne foi, votre pauvre cœur pouvait se laisser prendre. SAINT-LAMBERT, avec aigreur.
Oh ! ... je ne m'y suis pas trompé.
M"« DO CHATELET , à part.
Malheureuse!...
VOLTAIRE
A la bonne heure... Je n'en ai pas moins accompli un acte de charité en vous mettant au Tait.
SAINT-LAMBERT
J'en suis reconnaissant.
M"* pc CHATELET , avec colère , è part. Voltaire m'a contrainte à rougir !
SAINT-LAMBERT, bas à M"* du Châtelei.
Que de fausseté !
M™" DD CHATELET, bas.
Non, il n'y eut point de fausseté.
SAINT-LA.MBF,RT
Je suis charmé d'avoir pu \ous être utile, et je ne m'élonne plus qu'on m'ait retenu tantôt quand j'étais prêta partir: maintenant que tout est fini, que vous n'avez plus besoin de moi, vous me permettrez de prendre a l'in^latil mémo congé de vous.
M""' DU CUATIIKT , à pail.
Grand Dieu !
VOLTAIRE , le ranieiiuiil au milieu.
Non pas, vraiment. Restez... au moins jusqu'à ce soir; c'est nécessaire à votre rôle.
SAINT-LAMBERT
Ah!
VOLTAIRE
11 faut que ce soit le marquis lui-même qui vous congédie.
SAINT-LAMBERT
En vérité !... Est-ce l'avis de madame'.*
M"'* DU CHATELET
Monsieur'... { .\ part. ) Tout, plutôt que son mépris !
SAINT-LAMBERT , avec une ironie aigre.
Rien ne me coûtera pour la servir.
VOLTAIRE , à part.
Il est furieux... J'ai bien fait de parler; je crois qu'il était temps!
M™« DU CHATELET , bas à Saint- Lambuil. Saint-Lambert!...
SAINT-LAMBERT , bas.
Eh bien!
M""' DU CHATELET , bas.
Celte bague!...
(M""' du Châtelei lui glisse la bague dans la main.)
SAINT-LAMBERT , avec joic.
Ah!...
VOLTAIRE , à part.
Bon! les voilà brouillés à tout jamais! (Haut.) Vous comprenez , mon ami , que notre reconnaissance vous est acquise pour toujours.
SAINT-LAMBERT
Trop heureus de vous être agréable! .. Mais je conçois que mon rôle n'est pas achevé; j'espère m'acquilter du reste à votre satisfaction.
VOLTAIRE
Merci , mon cher Saint-Lambert !
SAINT-LAMBERT
Oh ! il n'y a pas de quoi.
M"'= DU CHATELET
Il eût mieux valu sans doute ne pas commencer, et si l'on m'avait écoutée , cet inconvenant badinage n'aurait jamais eu lieu... Mais vous l'avez voulu... Adieu, je vous laisse , et je rentre dans mon appartement.
(M""' du CliAlelet sort par la porte de droite , el Saint-Lanibcrl sort par le fond. )