‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 101 sur 284 · ÉTAT DU PAYS · texte numérisé non relu

ÉTAT DU PAYS

maîtres étrangers près desquels ils pussent au moins grandir et étudier en paix.

Un spectre terrible se dressait aussi pour cette société affolée : la banqueroute, imminente dans Paris et dans toutes les autres villes de France. La misère l'annonçait ; une misère qui chassait les habitants de leurs foyers éteints, et les poussait vers les places publiques ou dans les clubs, pour écouter les orateurs salariés par les Jacobins, dans le but d'exalter leurs cerveaux égarés, a Tous les ressorts sont rompus, écrivait un voyageur à Paris, à cette époque : * il n'y » a plus aucun ordre, aucune subordination dans les » troupes ; personne ne veut obéir ; tous veulent com- » mander. Les lois sont sans vigueur, ou n'existent » pas ; tous les pouvoirs sont confondus et en oppo- » sition ; tous les crimes restent impunis, excepté celui » d'être attaché au Roi. Le découragement et la peur » ont gagné tous les esprits. Celui de révolte est géné- » rai ; la propagande, ce gouffre infernal, a partout ses » agents cachés. Déjà, en Espagne, en Savoie et en » Suisse, il y a eu des petits mouvements. En Bra- » bant, ils en excitent d'assez considérables, et l'on a » même essayé de séduire les troupes de l'Empereur, » en leur vantant la liberté française, et en leur of- » frant jusqu'à un louis par homme. Le juif Ephraïm, » émissaire de M. Hertzberg, de Berlin, leur fournit de » l'argent ici. Il n'y a pas longtemps qu'il a touché » encore 600,000 livres. Toutes ces tentatives, sou- » vent répétées, peuvent enfin réussir (1). »

(1) Fersen au roi de Suède. Paris, 8 mars 1791. Papiers du comte de Klinckowstrom.

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