LA NOUVELLE ANNÉE. — ÉTAT GÉNÉRAL
dans le surcroît d'infortunes qui l'accablent, elle est sans courage pour l'abandonner et pour aller demander à l'étranger le calme et la liberté de conscience.
Sombre et menaçante, l'année 1791 s'ouvrit au milieu de ces agitations. Les partis extrêmes, conservant . seuls quelques chances de succès, s'abandonnaient à toutes les violences, a Le Roi, surveillé comme un » coupable, espionné comme un traître, ridiculisé » par la Révolution qui l'étreint, tiraillé par l'émi- » gration qui l'isole, tourmenté dans ses affections, » soupçonné dans son patriotisme et môme dans sa » bonne foi, n'est plus qu'un infortuné captif traînant » une vie sans espoir et sans but. » A ses côtés, la Reine était plus menacée encore. Le parti jacobin redoutait son énergie, son influence sur Louis XVI et s'inquiétait des relations de la cour avec Mirabeau. Madame Elisabeth, comme on l'a dit, alarmait le peuple par sa piété, irritait les ministres par l'influence qu'ils lui attribuaient sur son frère. Les divisions s'étendaient dans toutes les familles. Les salons où se réunissaient encore les nobles, les magistrats, avaient perdu le charme délicat des mœurs élégantes de l'ancien régime. Les entretiens étaient incohérents et passionnés. Les propositions les plus disparates y étaient posées, discutées, tranchées sans cesse. Dans certaines familles, l'agitation était telle que Ton éloignait les enfants pour les envoyer en Angleterre, chez des