‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 151 sur 284 · LA FAYETTE A PARIS, JUIN · texte numérisé non relu

LA FAYETTE A PARIS, JUIN

C'était recommencer la tentative de 179i , avec La Fayette à la place de Bouillé. Malouet fit rendre compte à Louis XVI des bonnes intentions du général. « Celui-ci, ajoute Mme de Tourzel, se présentait au » Roi comme défenseur de l'autorité royale, n'ayant » d'autre but que de chasser les Jacobins, et d'em- » ployer pour y parvenir l'ascendant qu'il croyait » avoir conservé sur la garde nationale. On demanda » à tout ce qui était attaché au Roi d'avoir pour lui » beaucoup d'égards (i). »

Quelle fut la réponse de Louis XVI ? Sans doute encourageante, car les conciliabules et les échanges de plan se multiplièrent, et les gardes nationaux dont on était sûr reçurent des instructions importantes.

Le 16 juin, La Fayette, retourné à son camp de Maubeuge, écrit à l'Assemblée ; « il accuse devant les » les députés et « la France entière » les Jacobins » d'abord, premiers auteurs de tous les désastres, » puis leurs ennemis, et pourtant leurs complices » aveugles, les Girondins. » La lettre parut le 19 juin et produisit un très grand effet. Selon ;des mémoires de l'époque, l'expédition projetée par le général, d'accord avec le comité Montmorin, devait avoir lieu le soir même du jour où la lettre avait été lue à l'Assemblée. Mais le projet avorta, et l'on ajoute que la démarche de La Fayette ne fit que précipiter l'émeute du 20 juin.

Après cette journée, La Fayette forme la résolution de venir à Paris. Il arrive en effet, et paraît le 29 juin à la barre de l'Assemblée. « Il dit que les vio-

(1) Mémoires de Mme de Tourzel, t. II.

» lences commises le 20 juin ont excité l'indignation » des bons citoyens et de l'armée. Il supplie l'Àssem- » blée, en son nom et au nom de celui de tous les » honnêtes gens du royaume, de prendre des mesures » pour faire respecter les autorités constituées, la » sienne d'abord et celle du Roi ; il veut, en revenant » à son armée, pouvoir lui donner l'assurance que la » Constitution ne recevra aucune atteinte à l'intérieur, » tandis que, pour la défense de la frontière, elle » versera son sang. »

On sait comment fut accueilli ce discours. Le girondin Guadet se leva et demanda que la commission des Douze fît son rapport, pour savoir si les généraux en fonctions avaient le droit de pétitionner. La motion de Guadet fut rejetée à une majorité de plus de cent voix. La Fayette, insulté par les Jacobins et hué par les tribunes, inspirait néanmoins, aux chefs révolutionnaires, une terreur dont le Comité secret espéra profiter. Le général se rendit aux Tuileries. Alors, selon une version digne de foi, Madame Elisabeth se serait écriée, en s'adressant au Roi, qui hésitait à l'accueillir : « Il faut oublier le passé, et nous jeter » avec confiance dans les bras du seul homme qui » puisse sauver la Royauté. » Selon d'autres témoignages, elle se serait exprimée en termes moins confiants : t Je sais gré à M. de La Fayette, aurait-elle » dit, d'une démarche courageuse qui le placera » personnellement, dans peu de jours, entre l'alter- » native de la fuite ou de Ja mort, mais qui restera » stérile pour le salut du Roi. M. de La Fayette ne » possède ni la prévoyance qui empêche les obstacles, » ni la décision qui les surmonte. Il menaçait, il y

» a une heure ; peut-être, à celle où je parle, est-il » au pouvoir de ses ennemis (1). »

Mme de Tourzel assure que l'expédition projetée par

La Fayette devait, comme le premier projet, s'eflectuer le soir même du jour où il avait parlé à l'Assemblée. « On avait, dit-elle, établi une grande surveil- » lance dans le château et engagé tous ceux qui l'ha- » bitaient à n'en pas sortir, ou à être rentrés à huit » heures du soir. M. de La Fayette fit la triste expé- » rience du peu de crédit qu'il avait conservé. Il ne » put réunir qu'une douzaine de gardes nationaux, » et vit évanouir en quelques heures les espérances » qu'il avait fait concevoir sur le succès de sa dé- » marche. »

Cette assertion prouverait que le Roi avait accepté le concours du général, et peut-être sur l'avis de sa sœur. Mais il est vraisemblable aussi que la Cour, moins crédule que les constitutionnels dans l'influence de La Fayette sur la garde nationale, s'était prêtée à l'essai de son projet sans compter sur sa réussite. Le général demeura cependant encore à Paris, bien qu'il s'exposât à de graves dangers. Les Jacobins le représentèrent, dans leurs journaux, comme un traître ayant cédé, ainsi que Luckner, aux intrigues de la Reine et de Madame Elisabeth. La Chambre mit en question le rappel de Luckner, et l'on accorda les honneurs de la séance à des citoyens de Paris qui vinrent dénoncer La Fayette. En peu de temps, ce dernier devint aussi impopulaire que s'il eût passé sa vie à combattre la démagogie.

(i) Beauchesne, 1. 1.

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