‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 171 sur 284 · RŒDERER ET LOUIS XVI · texte numérisé non relu

RŒDERER ET LOUIS XVI

» seurs. Déjà, les canonnière, à la seule recomman- » mandatîon de rester sur la défensive, ont déchargé i leurs pièces. Sire ! vous n'avez plus une minute à » perdre. Il n'y a d'abri, de sûreté pour votre famille, » qu'au milieu des représentants du peuple (1). »

Le Roi gardait le silence. Il était plus convaincu de la trahison et du complot que du danger. La Reine indignée s'écria : f Que dites-vous, Monsieur ! vous » nous proposez de chercher un refuge chez nos plus » cruels persécuteurs ! Ah ! jamais ! Qu'on me cloue » sur ces murailles avant que je consente à les quitter. » Mais, sommes-nous donc totalement perdus ! Pou- » vons-nous abandonner tant de braves gens qui ne » sont venus ici que pour nous défendre !» — « Si vous » vous opposez à la mesure que je propose, répliqua » Rœderer d'un ton sévère, vous répondrez, Madame, » de la vie du Roi et de celle de vos enfants. » € Alors, » continue Mme de Tourzel, cette pauvre malheureuse » princesse se tut, et éprouva une telle révolution » que sa poitrine et son visage devinrent en un ins- » tant tout vergetés. Elle était désolée de voir le Roi » suivre les avis d'un homme si justement suspect, et » semblait prévoir d'avance tous les malheurs qui » l'attendaient. » Serrant ses enfants dans ses bras, elle courba la tète et les montra aux ministres, en disant : « Eh;.bien ! c'est le dernier des sacrifices. Vous » en voyez l'objet. »

Rœderer flatta la famille royale du succès de la démarche qu'il lui faisait adopter et l'assura d'un prompt retour au château. La Reine répétait ces mots à ceux

(i) Mémoires de Mm« de Tourzel, t. II, p. 2i4.

qu'elle était si afûigée d'abandonner. Le Roi, profondément affecté, se tourna vers les fidèles amis réunis dans la galerie et à l'entrée de la salle et leur adressa oes paroles : « Messieurs ! je vous prie de vous retirer » et de cesser une défense inutile. Il n'y a plus rien à » faire ici, ni pour vous, ni pour moi. »

Madame Elisabeth comprimait avec efforts son indignation et sa douleur. Prête à mourir aux pieds du Roi, elle ne l'était pas à se dérober avec lui au danger, en abandonnant les serviteurs et les amis qui «'étaient réunis aux Tuileries pour combattre en faveur de la royauté. Cependant, elle sentit, comme la Reine, sa résistance faiblir au nom des enfants, invoqué par Rœderer. Quand le Roi eut cessé de parler, elle s'approcha du procureur général : « Monsieur » Rœderer, dit-elle, élevant la voix comme pour prendre à témoin tout ce qui l'environnait, « vous » répondez des jours du Roi et de la Reine !» — « Ma- » dame, répliqua rudement Rœderer, nous répondons » de mourir à leurs côtés. C'est tout ce que nous » pouvons garantir. »

Ces derniers mots ajoutèrent à la consternation, qui devint générale quand on vit Louis XVI quitter la salle pour se rendre à l'Assemblée. La Reine prit les deux enfants par la main. Madame de Lamballe, étant parente du Roi, obtint de l'accompagner. Mme de Tourzel confia sa fille, jeune et charmante, aux soins de la princesse de Tarente, abandonnant ainsi ce qu'elle avait de plus cher pour suivre le Dauphin. On sortit du château par la grille du milieu. M. de Bachmann, major des gardes suisses, marchait le premier, entre deux haies de soldats. M. le prince de Poix le suivait à quelque distance, et pré-

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