LES FEUILLANTS. — LA NUIT DU 10 AOUT
De funèbres souvenirs s'attachaient, pour la famille royale, à la demeure passagère que lui assignait l'Assemblée. Les Feuillants du monastère royal de Saint- Bernard, établis par Henri III, avaient reçu de leur fondateur pour mission particulière, celle de veiller les morts de la maison souveraine de France, et de prier pour eux après les avoir ensevelis. Une dernière fois, ils avaient rempli cet office à l'égard du Dauphin, décédé à Meudon en 1789. La Révolution avait ensuite dévasté la maison et dispersé les religieux, dont la majestueuse église, commencée par Henri IV et terminée par Louis XIV, s'élevait au milieu de l'enclos du couvent, que bornait d'un côté la rue Saint-Honoré, de l'autre cette terrasse du jardin des Tuileries qui porte encore aujourd'hui le nom d'allée des Feuillants.
Le logement disposé en quelques heures, dans ces cloîtres délaissés, pour Louis XVI et sa famille, se composait de quatre cellules pavées de briques, ouvrant chacune, par une petite porte pareille, sur le même corridor. Madame Elisabeth occupa la quatrième de ces cellules, avec Madame de Lamballe et Mme de Tourzel. La nuit fut horrible. Une bande d'égorgeurs avait envahi le corridor et criait aux portes qu'ils resteraient là , prêts à massacrer le Roi , si Paris faisait quelque mouvement en sa faveur. Une autre bande hurlait sous les fenêtres : « Jetez-nous sa » tête, disaient ces forcenés à ceux du corridor, ou » nous allons monter. Jetez-nous la tête d'Antoinette