‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 175 sur 284 · LES FEUILLANTS. — LA NUIT DU 10 AOUT · texte numérisé non relu

LES FEUILLANTS. — LA NUIT DU 10 AOUT

» et celle d'Elisabeth ! » La lassitude et l'ivresse empêchèrent ces misérables d'accomplir leur dessein. Ils finirent par danser comme des sauvages dans le jardin des Tuileries, au milieu des morts, trépignant dans les mares de sang, ramassant des lambeaux de chair humaine qu'ils dévoraient avec une rage de cannibales. Deux fois, il leur arriva d'escalader la fenêtre de la cellule du Roi qui était dépourvue de grilles et de volets. Ils pariaient à qui le premier pourrait y atteindre ; ils montaient sur les épaules les uns des autres, pour venir « raccourcir, disaient-ils en riant, » le gros veto, » « J'admirais, raconte un des fidèles » gentilshommes de Louis XVI (1), le contraste que le » calme de la physionomie du Roi endormi faisait » avec ces figures barbares éclairées par des torches » incendiaires, lorsqu'un redoublement de cris l'ayant » réveillé, il me demanda si la Reine et ses enfants » avaient dormi. »

Ces derniers, grâce à leur âge, avaient reposé tranquillement. Madame Elisabeth, agenouillée sur un des trois matelas étendus sur le carreau de briques de la cellule qu'elle partageait avec Madame de Lamballe et M™6 de Tourzel, avait passé la nuit en prières. Vers six heures du matin, elle appela doucement les enfants et aida leur gouvernante à les habiller, espérant que la vue de leurs frais visages serait la meilleure consolation de la Reine. L'ambassadrice d'Angleterre, lady Sutherland , avait envoyé pour eux des vêtements de son fils, qui était de l'âge du Dauphin. Peu après arrivèrent aux Feuillants les deux pre-

M. d'Aubier.

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