DÉPART POUR LE TEMPLE
duisit au Comité de l'Assemblée, où Pétion lui donna l'autorisation d'aller retrouver la Reine aux Feuillants. Le bonheur de Mme de Tourzel en revoyant sa fille, apporta un peu de consolation aux infortunés prisonniers.
Le 13 août, vers cinq heures du soir, une foule menaçante se rassembla dans la cour du monastère et envahit le corridor intérieur. Les cellules s'ouvrirent. Le moment du départ était venu et la famille royale arriva difficilement aux carrosses qui devaient la transporter dans sa prison. « C'étaient, dit un témoin. » deux grandes voitures de la cour, attelées chacune » de deux chevaux. Les cochers et les valets de pied » étaient habillés de gris. » Le Roi et sa famille montèrent dans la première, avec les municipaux Michelet, Laignelot et Simon. Pétion et Manuel s'y placèrent également. Un bataillon de gardes nationaux escortait, les armes renversées, ces voitures encombrées, autour desquelles rugissait une multitude armée et furieuse. On se mit en marche. De temps en temps, de hideuses figures s'approchaient des portières, arrêtaient les chevaux et présentaient des piques menaçantes aux prisonniers. Pétion et Manuel, tremblants, se levaient alors et invoquaient la loi. Dans une de ces stations forcées, Madame Elisabeth reconnut avec émotion M. de Tourzel, qui, vêtu d'une carmagnole et la figure noircie, affrontait le danger pour tenter de secourir les captifs. Au milieu de la place Vendôme, on fit arrêter la voiture royale, afin que le descendant de Louis XVI pût contempler la . statue de son aïeul renversée de son piédestal, brisée et foulée aux pieds par la populace en délire, f C'est
ARRIVÉE AU TEMPLE. — 13 AOUT 4792. 32i
» ainsi que l'on traite les tyrans, criaient ces forcenés. » Reproduisant aussitôt cette exclamation, Manuel » dit à Louis XVI : € Voilà, Sire, comment le peuple » traite ses Rois. »
Plus loin, la fureur populaire redoubla de violence. Sur les ormes élevés qui ombrageaient le boulevard du Temple, étaient hissés des mendiants repoussants, des êtres immondes, dont les gestes menaçants indiquaient les desseins criminels. Les branches craquaient et fléchissaient sous leur poids. Un moment, les voitures s'arrêtèrent. Un garde municipal à cheval s'approcha de la portière et remit à Manuel un arrêté de la Commune. Madame Elisabeth et Mme de Tourzel s'aperçurent qu'il pâlissait et se troublait en en prenant lecture. (1) Puis on se remit en marche et le cortège atteignit sa destination au moment où le jour s'assombrissait.
Une estampe, devenue rare, a retracé la triste scène de l'arrivée de la famille royale au Temple. Sur le perron du palais du Grand-Prieur, élégante et noble construction dans le style de la Régence, se tient San terre en uniforme. Entouré des magistrats de la ville, ayant tous le chapeau sur la tête, il fait signe au cocher de la voiture royale d'avancer jusqu'aux marches du perron. Le cocher est arrêté par un geste de Manuel, qui penché hors de la portière, lui défend d'obéir, ayant ordre de faire descendre Louis XVI au milieu de la cour. Les grilles sont fermées et des individus, coiffés du bonnet rouge, se cramponnent aux barreaux pour assister à l'humi-
(1) Mémoires de Mme de Tourzel, II.