AGITATION DE PARIS
de cette plaisanterie, il ajouta : « Eh ! ne savez-vous » pas que lorsqu'un prince de notre maison va mou- » rir, un fantôme blanc se montre autour du lieu x> qu'il habite ! » Mais le temps des légendes était passé, et, en 1792, l'imagination humaine ne s'égarait pas au-delà des sinistres réalités du moment. Si Malesherbes, en traversant le jardin du Temple, se souvint des paroles du Roi et laissa ses regards errer dans le brouillard, aucune ombre poétique ne vint consoler sa douleur. Il ne vit que cet arbre mélancolique dont un débris subsiste encore et semble se contempler dans la fontaine qu'il ombrage, comme un dernier témoin de cette funeste histoire.
La persuasion où était Louis XVI de sa mort prochaine n'existait pas dans Paris. La plus grande partie de la Convention était opposée à la condamnation du Roi à la peine de mort. Autour d'elle s'agitait une foule immense, partagée en fractions diverses, mais, à l'exception d'une seule, désirant toutes l'acquittement. Oui, la France voulait sauver le Roi ! Quelque opprimée qu'elle fût par la tyrannie de quelques misérables, elle ne pouvait admettre qu'un crime sans précédents, vînt ensanglanter les annales de sa grande histoire. Si Louis XVI allait à la mort comme ses ancêtres allaient au combat, avec l'idée de se dévouer pour leur pays, la nation n'acceptait pas la responsabilité du sacrifice et protestait contre sa con-