‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 248 sur 284 · LA REINE ET MADAME ÉL1SABETH INTERROGENT TISON · texte numérisé non relu

LA REINE ET MADAME ÉL1SABETH INTERROGENT TISON

Simon venait d'apprendre l'entrée du duc d'York dans Valenciennes, et sa colère s'épanchait sur son élève, dont il harcelait la marche par des jurements et des blasphèmes ! (i). La Reine, sans jeter un cri, tomba dans les bras de sa sœur, témoin comme elle de cet horrible spectacle, et toutes deux empêchèrent Madame Royale de s'approcher de la cloison, lui disant que le Dauphin avait quitté la plateforme. Madame Elisabeth redescendit avec Madame Royale, et la mère, la malheureuse mère, se remit à son poste, le regard avide, sec et désespéré ! Une fois encore le Dauphin repassa, la tète baissée, marchant à côté de Simon, qui ne jurait plus. Le silence du maître, l'attitude humble et soumise de l'enfant achevèrent d'accabler la Reine. Immobile, elle restait à cette place funeste bien après le départ de son fils. Tison, l'appelait inutilement. Il vint lui demander de redescendre. Assise sur une des marches de l'escalier, elle tenait sa tête penchée entre ses mains ! « Vous m'avez trompée, » dit-elle, d'un ton déchirant à Tison! « Non, » Madame, je ne vous ai pas trompée ! ce que je » vous ai dit est vrai ; seulement, par ménagement, » je ne voulais pas tout vous dire. Maintenant, je vous » dirai tout, puisque je n'ai plus rien à vous cacher.»

Il ne lui révéla pas tout cependant, par pitié pour elle. Ce fut à Madame Elisabeth qu'il apprit la vérité entière (2). Elle eut non seulement à connaître ce que Tison entendait et savait, mais ce que racontaient les amies de Marie-Jeanne et le chef d'office Gagnié,

(1) S. Despréaux, Fréville, Beauchcsne, d'après les récits des femmes Sémélé et Crevassin. Notes de Turgy, etc.

(2) Ferrand. Eloge de Madame Elisabeth.

\n MADAME ÉLISABETH CONSOLE LA REINE.

qui portait chaque jour au cordonnier son vin et ses provisions. Elle apprit que Simon ne parlait au Dauphin qu'en jurant, qu'il ne lui commandait qu'en menaçant, qu'il voulait le contraindre à chanter des couplets infâmes et des chansons régicides (1). que l'enfant résistait et que les coups n'avaient encore rien obtenu de lui, mais que Simon l'accoutumait à boire de l'eau-de-vie pour en essayer l'effet. • Oh ! s'écria la pauvre Princesse, après avoir tout » écouté, de grâce, cachons désormais ces atrocités » à ma sœur ; dites-moi tout, à moi seule, Tison ; je > saurai adoucir les scènes affligeantes et choisir le » moment de les lui dire. Faites cette recommanda- » tion, s'il est possible, à ceux qui nous donnent des » nouvelles de mon neveu. J'espère, Tison, que vous » trouverez chez eux cette pitié que je réclame de » vous pour cette pauvre mère î »

Madame Elisabeth parvint ainsi à diminuer un peu les douleurs de la Reine ; elle réussit à cacher alors entièrement la vérité à Madame Royale, dont la jeunesse et la santé délicate n'aurait pu supporter de telles révélations. La jeune Princesse demeura persuadée que le cher petit compagnon de sa vie, que le frère adoré auprès duquel elle avait déjà tant souffert et tant pleuré, était confié à des gens grossiers, mais bons, qui le soignaient et le traitaient aussi bien que cela était possible. On lui dit même qu'il se fortifiait et que la femme Simon le soignait avec quelque affection (2).

{{) Eckard. Relation de Madame Royale. Beauchesne. Chantelauze.

(2) Cela était vrai dans les moments où elle n'était pas ivre.

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