LA REINE ET MADAME ÉLISABETH INTERROGENT TISON
à lui, le caressaient et parfois même reprochaient à Simon sa barbarie. En sortant, elles se gênaient peu pour exprimer leur indignation. Leurs bonnets ronds, décorés de la cocarde rouge, les défendaient contre tout soupçon de royalisme.
Quant à Tison, il voyait sa fille séparée de lui, sa femme folle et enfermée dans un hospice , son cœur malheureux s'amollissait; il détestait Simon et se reprochait peut-être aussi d'avoir contribué à la séparation du Dauphin el de sa mère. Pressé par Madame Elisabeth, il consentit à lui donner des nouvelles de l'enfant, et à ménager aux prisonnières un moyen de l'entrevoir quand on le menait respirer sur le haut de la Tour. Elles l'aperçurent ainsi plusieurs fois pendant le mois de juillet.
« Nous montions sur la tour bien souvent, dit le récit de Madame Royale, parce que mon frère y allait de son côté, et.quele seul plaisir de ma mère était de le voir passer de loin par une petite fente. • Le fidèle Turgy, avec lequel Madame Elisabeth correspondait encore, leur donnait aussi des nouvelles du Dauphin ; mais, ainsi que Tison, il leur cachait soigneusement les détails du traitement cruel qu'il subissait et s'efforçait de les rassurer sur son sort.
Le 30 juillet leur ôta cette dernière illusion. Ce jour-là, la fente du mur avait été agrandie, et la Reine aperçut mieux son enfant qu'elle n'avait pu le faire encore, car la promenade sur la plate-forme se prolongea davantage. Oui, elle vit son fils. Il ne portait plus le deuil de son père ; sa tête était coiffée du bonnet rouge (1). Par une fatalité singulière,
{{) Eckard, p. 175.