DU DAUPHIN
mes sur cet écrit infâme. Et il signe l'acte d'accusation de sa mère, ou plutôt celui des monstres qui ont égaré sa main défaillante.
Quand Hébert, Chaumette, Pache, Friry, Laurent, et Séguy, commissaires au Temple, Heussée, administrateur de police, et Simon eurent signé à leur tour, ils se hâtèrent de quitter le Temple et de se rendre au comité de sûreté générale. Là, ces misérables furent accueillis avec une vive curiosité (1). Pendant quelques moments, leurs regards dépravés dévorèrent avec un appétit cynique l'interrogatoire et les réponses. Ils retrouvaient là les calomnies des temps anciens contre la malheureuse Reine ; mais, cette fois, l'accusation passait toutes les autres. De la fange ensanglantée que remuait la haine, s'élevait une hydre, sans nom humain, devant laquelle ils s'arrêtèrent, effrayés eux-mêmes.
Longtemps ils restèrent lisant et relisant ce papier funeste; Daujon, rédacteur du rapport, se trouvait avec eux, impatient de savoir comment avait été accueilli son ouvrage, et dans quel degré d'estime et de confiance cet acte de dévouement à la République allait le placer, Il reçut des félicitations. Un membre du comité lui dit : « Gomment diable, citoyen, as-tu » pu découvrir tant de choses, et les préciser avec » tant d'aplomb? » Une certaine ironie perçait dans cette observation. « Je les ai lues dans l'opinion pu- » blique, répondit Daujon ; elles sont claires comme » le soleil ! » (2)
(1) Procès des Bourbons, t II. Beauchesne, Vie de Louis XVII. Chantelauze, Louis XVII, p. 208.
(2) Beauchesne, d'après des témoins oculaires.