INTERROGATOIRE DU DAUPHIN
leur escorte. Leur entrée dans la chambre de Simon en impose d'abord au jeune Prince, dont l'ivresse, préparée avant l'heure , commençait à se passer , et dont le front perdait insensiblement la fugitive rougeur que l'eau-de-vie y avait fait éclore. L'éclair de son œil s'éteignait par degrés, et sa tête déjà se penchait froide et morne comme auparavant ; mais, poursuivi, harcelé, traqué comme une pauvre gazelle épuisée de fatigue , il cède enfin ; il n'eût jamais tant résisté pour se laisser conduire au supplice (1). Heussée, administrateur de police, fait lecture d'un interrogatoire écrit d'avance et, suivant une tradition contemporaine, préparé par Daujon (2). Dans cette pièce, d'abord absurde, on questionne l'enfant sur de prétendues correspondances existant entre les Princesses et La Fayette, Bailly, Pétion, Manuel et quelques municipaux renvoyés du Temple; puis l'interrogatoire devient d'une nature si horrible, que toutes les calomnies pâlissent devant celle que l'imagination de ses auteurs a enfantée. A ce moment précis, lorsque l'enfant affolé se dérobe à des êtres pires que des bourreaux, et que, de sa poitrine haletante, s'échappe un cri de suprême douleur, la porte s'ouvre avec éclat, Hébert, le sinistre Hébert, parait pour achever de dompter, de briser la victime. L'enfant répondit alors comme on voulait qu'il répondît ; ensuite, on s'empare de lui, on le force à signer, ou du moins à apposer quelques lettres infor-
(1) Si mien- Despréaux. Relation de Madame Royale. Mémoires de Mm« de Tourzel. Beauchesne. Cbantelauze. ^2) Eckard, 179.
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