‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 37 sur 284 · RÉFORMES DANS LA MAISON DU ROI · texte numérisé non relu

RÉFORMES DANS LA MAISON DU ROI

Le crédit de M. de Galonné tomba bientôt. Le 20 avril, il quittait le ministère, laissant les affaires dans un désordre extrême. Hue de Miromesnil, garde des sceaux, partagea sa disgrâce, et fut invité à donner sa démission, en raison de son grand âge. Enfin, le lei mai 1787, le ministère des finances fut remis à M. de Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse, personnage ambitieux et faible, qui se fit donner par le roi la qua- 1 il i cation imposante de principal ministre d'Etat, avec le don de l'archevêché de Sens et de l'abbaye de Corbie.

Les réformes nombreuses qui signalèrent le début de l'administration de M. de Brienne atteignirent plusieurs charges de la maison de Madame Elisabeth, et l'obligèrent à réduire ses dépenses. Cependant elle réussit, à force d'ordre, à payer à ses anciens serviteurs les mêmes pensions, et à distribuer le même chiffre d'aumônes aux pauvres de Versailles et de Montreuil ; mais ses comptes personnels attestent de notables changements à l'article des parures, à celui des ameublements et des bijoux. Elle prit ces décisions avec sa simplicité ordinaire, sans amertume et sans cette ostentation de sacrifice qui se voyait fréquemment à cette époque. Convaincue de la nécessité des économies, elle faisait plus ; elle les provoquait.

« Les réformes sont indispensables, » écrivait-elle au premier écuyer du roi. « Le roi veut avant tout don- » ner l'exemple dans sa maison : je vous demande » que les premiers chevaux supprimés dans son écurie » soient les miens. Mais j'ai encore un autre service » à attendre de vous : le roi est si bon, qu'il pourrait » croire que la privation de mon exercice favori pût

CORRESPONDANCE DE MADAME ÉLISAJ3ETH. 5i

» être nuisible à ma santé. Promettez-moi que vous » me garderez le secret de cette affaire (1). »

Le sacrifice ne parut pas nécessaire encore. Madame Elisabeth en avoue naïvement sa satisfaction dans une autre lettre : « On n'a pas accepté le sacrifice que j'avais » proposé de faire de mes chevaux, et je ne puis dissi- » muler que cela m'a fait un vrai plaisir. J'en jouis » d'autant plus que je vais demain à la chasse . à » Rambouillet, avec la duchesse de Duras (2). »

Les correspondances de Madame Elisabeth se multipliaient alors, car ses amies se dispersaient pour des raisons de famille ou d'économie. Mmo de Raigecourt souffrante habitait la campagne ; Mme de B ombelles était à Lisbonne ; Mm9 des Moustiers, en Limousin. Ecrire à ces chères absentes, leur communiquer les nouvelles du moment devenait à la fois une consolation et une occupation pour Madame Elisabeth. A Montreuil ou à Versailles, une grande partie des matinées s'absorbait de la sorte. Elle s'intitulait parfois « Mathieu Lœnsberg (3) » comparant son exactitude et ses prévisions à celles d'un calendrier. Sous sa plume incorrecte, mais véridique et gracieuse, on apprend ainsi les nouvelles de la cour et du gouvernement.

9 avril (J787) — « M. de Calonne est renvoyé d'hier. » Sa malversation est si prouvée que le roi s'y est dé- > cidé... Il a eu ordre de rester à Versailles jusqu'au » moment où son successeur sera nommé, pour lui » rendre compte des affaires et des projets... On vient

(1) Lettre citée par Beauchesne .

(2) Lettre à la marquise de Bombelles, 25 juin 1787. Lettre du 9 avril 1787.

MORT DE MADAME SOPllIK.

» de me mander que c'était M. de Fourqueux(l) qui le » remplace. On me mande aussi que M. le garde des » sceaux est renvoyé et que M. de Lamoignon a sa » place.. L'Assemblée continuera comme auparavant » et sur les mômes plans. Les notables parleront avec » plus de liberté.... J'espère qu'il en résultera du bien. » Mon frère a de si bonnes intentions, il désire tant le » bien, rendre ses peuples heureux ! il s'est conservé » si pur, qu'il est impossible que Dieu ne bénisse pas » toutes ses bonnes qualités par de grands succès. Il » a fait ses Pâques aujourd'hui. Dieu l'aura encou- » ragé, lui aura fait connaître la bonne voie : j'espère » beaucoup. Dans son compliment, le prédicateur Ta » infiniment encouragé à prendre conseil de son cœur. » Il avait bien raison, car il est bien bon, bien supé- » rieur à toute la cour réunie ! (2) »

Le 25 juin suivant, Madame Elisabeth arrivait à Montreuil, et reprenait la correspondance après plusieurs jours de fatigue et de tristesse. La mort était entrée dans la famille royale, et avait fait un cercueil du berceau de la dernière fille de Marie-Antoinette, Madame Sophie, délicate enfant d'un an, née au milieu des agitations du procès du collier. « Sophie est morte » le 9 de ce mois, écrit la princesse à Mme de Bombelles : » la pauvre petite avait mille raisons pour mourir. Rien » n'aurait pu la sauver.... Ma nièce (Madame Royale) » a été charmante ! elle a montré une sensibilité extra- » ordinaire pour son âge ! Sa pauvre petite sœur est

(1) Michel Bouvard de Foorqueux. Il fat deux mois contrôleur général des finances.

(2) A Madame de Bombelles, 9 avril 1787.

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