ASSEMBLÉE DES NOTABLES
M. de Calonne fit alors circuler dans Paris, et dans les principales villes, un avis au peuple, dans lequel il se prononçait violemment contre le clergé et la noblesse. Le gouvernement travailla ainsi lui-même à sa destruction, espérant conserver, par la popularité, le pouvoir que les idées nouvelles affaiblissaient dans ses mains débiles.
Madame Elisabeth, malgré sa jeunesse et la placidité de son esprit, se rendait compte de l'extrême danger d'un pareil système. Le 15 mars 1787, elle sort de sa réserve et elle écrit : « Voilà cette fameuse assemblée • réunie ! que fera-t-elle? Rien que faire connaître au » peuple la situation critique où nous sommes. Le Roi » est de bonne foi dans les conseils qu'il leur demande : » le seront-ils autant dans ceux qu'ils lui donne- » ront ? (1) » Puis, dans la même lettre, elle présente ce tableau de la famille royale divisée et assombrie : « La » reine est très pensive ; quelquefois nous sommes des » heures seules sans qu'elle profère un mot : elle semble » me craindre. Eh! qui peut cependant prendre un in té- » rêt plus vif que moi au bonheur de mon frère ? Nos » opinions diffèrent... Le comte d'Artois ne comprend » rien à la nécessité des réformes ; il croit qu'on aug- » mente le déficit pour avoir le droit de se plaindre et de » demander les Etats-Généraux !... Monsieur s'occupe » beaucoup de son bureau ; il est plus grave de moitié, » et vous savez qu'il l'était déjà assez. J'ai le pressen- » timent que tout cela tournera à mal. Pour moi, les » intrigues me fatiguent. . . J'aime la paix et le repos ; » mais ce n'est pas quand le roi est malheureux que » je me séparerai de lui. »
(1) Lettre citée par Beauchesne.