‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 39 sur 284 · EXIL DU PARLEMENT · texte numérisé non relu

EXIL DU PARLEMENT

L'année 1788 amenait, pour la famille royale, avec les soucis de la politique, de pénibles épreuves intérieures. Le Dauphin, ce beau Dauphin dont la nais sance en 1781 avait causé tant de joie à la France, avait été inoculé en 1785, et, languissant depuis ce temps, ne se rétablissait pas et descendait visiblement vers la tombe. Courbé par le rachitisme, Fenfant prenait l'apparence d'un vieillard. Il souffrait, de plus, des dissensions de son gouverneur, le duc d'Harcourt, avec son ancienne gouvernante, la duchesse de Polignac. Le malheur prenait déjà toutes les formes pour éprouver la reine, dont les soins maternels devaient s'arrêter devant l'étiquette et s'effacer en présence des ambitions des familles attachées à la cour. Seule de la famille royale, Madame Elisabeth se désolait avec elle. Dans une lettre judicieuse et sévère, elle parle de ce chagrin de famille ; puis elle s'alarme des difficultés de la situation générale : elle se montre pour la première fois inquiète de l'irrésolution du Roi, et presque effrayée des haines qui se manifestaient contre la Reine (1) .

Le Parlement avait refusé d'enregistrer l'édit du timbre et de l'impôt, territorial : un ordre d'exil lui répondit. Madame Elisabeth écrit à ce sujet une lettre remarquable par la sagacité de l'avis qu'elle émet (2). Pour elle, le refus d'enregistrement n'avait pas pour motif réel les intérêts du peuple, que cette double taxe ne lésait en rien. Elle reconnaît que le Roi, en exilant le Parlement pour vaincre cette résistance,

(1) Guénard, Lettre communiquée.

(2) Beauchesne, d'après Gnénard.

Page 1