MADAME DE MACKAU
témoignages contemporains la montrent, à l'âge de six ans, « comme une petite sauvage, avec un air déterminé » et doux en même temps, avec je ne sais quoi d'en- » tier et de rebelle qui ne se laissait pas aisément » apprivoiser. Elle offrait des aspérités, des disparates » bizarres de caractère ; elle passait volontiers d'un » excès à l'autre, tantôt fière et hautaine, tantôt sen- » sible et charmante. Ses inégalités rappelaient le duc » de Bourgogne (1). » Longtemps les exhortations, les punitions se succédèrent sans amener d'amélioration ; mais, vers l'âge de dix ans, l'enfant s'adoucit, touchée par les tendres soins que lui avait prodigués sa sœur aînée, Madame Clotilde, pendant une longue maladie. La reconnaissance avait ouvert son cœur à l'affection, et l'affection le donna à l'obéissance. Bientôt, enfin, une gouvernante nouvelle, et d'un mérite particulier, acheva de transformer en qualités les défauts de la petite princesse.
Marie-Angélique de Fitte de Soucy, baronne de Mackau, ancienne élève de Saint-Cyr, vivait modestement dans un château de l'Alsace, quand Louis XV,cédant aux conseils de Mœe de Marsan, l'appela près de sa petite-fille, en qualité de sous-gouvernante. Chrétienne austère, Mme de Mackau possédait la foi et la simplicité des premiers temps de l'Eglise. Sans s'inquiéter des critiques de la Cour, elle éleva Madame
(1) Eloge funèbre de Madame Elisabeth de France, par M. Ferrand, conseiller au Parlement de Paris. Ratisbonne, imprimé chez J.-B. Restermundt, imprimeur du prince évêque, mars 1795. Petit in-8° de 134 pages. Voyez aussi l'histoire de Madame Elisabeth, par M™ Guénard (Paris, Lerouge, 1802), et l'article de Sainte-Beuve (Nouveaux lundis) déjà cité.