‹ Madame Élisabeth, sœur de Louis XVIChapitre 6 sur 284 · MADAME D'AUMALE · texte numérisé non relu

MADAME D'AUMALE

Elisabeth comme elle aurait élevé sa propre fille, ne lui passant aucun défaut, sachant au besoin se faire craindre, et lui donnant, avec les goûts les plus modestes, l'amour de Tordre, du travail, le respect consciencieux des lois d'une piété ferme, sérieuse et éclairée.

Un des premiers devoirs que s'imposa Mme de Mackau envers la royale enfant, fut de lui faire comprendre l'importance de la perte qu'elle avait subie à la mort de ses parents. Elle lui parla de Jeurs vertus, de leurs exemples, avec toute l'éloquence de son cœur. Elle fit couler les pleurs de l'orpheline, en s'eflbrçant de rester calme devant ces sanglots de l'enfance, si déchirants à entendre. Puis, relevant son courage, elle lui montra le Christ et ses consolations, et l'engagea à reporter son affection filiale sur le Dauphin, son frère aîné, destiné à être son Roi et celui de la France.

Une autre gouvernante, adjointe à Mme de Mackau, exerça encore une heureuse influence sur Madame Elisabeth. Mm8 la vicomtesse d'Aumale était aussi une élève de Saint-Cyr. Elle était indulgente sans faiblesse, douce et gaie. « Sa piété, sa bonté, tout était attirant en » elle, » disait Madame Elisabeth en la regrettant plus tard. M"° de Mackau, fille aînée de la digne institutrice de la princesse, contribua beaucoup à aider sa mère et Mme d'Aumale dans l'éducation de leur élève. « Ma- » dame Elisabeth, a raconté cette jeune personne (1), » demandait sans cesse à me voir ; j'étais la récom- » pense ou de son application ou de sa docilité. Ma- » dame de Marsan, s'apercevant que ce moyen avait

(1) Ferrand, Éloge de Madame Elisabeth. (Notes communiquées par Mme de Bombelles).

SAINT-CTH

» un grand succès, proposa au roi que je devinsse » la compagne de Madame Elisabeth, avec l'assurance » que, lorsqu'il en serait temps, il voudrait bien me » marier. Sa Majesté y consentit. Dès ce moment, je » partageai tous les soins qu'on prenait pour l'édu- » cation et l'instruction de Madame Elisabeth. •

Les visites à Saint-Cyr étaient au nombre des récompenses accordées par Mme de Marsan à son élève. Pouvait-on voir en effet ce couvent sans éprouver une vive et salutaire émotion ? Là, depuis près d'un siècle, étaient élevées les orphelines nobles de la France, dans la pratique de ces fortes vertus qui relèvent la pauvreté, et font du malheur une dignité : royal asile où ces déshéritées du monde, qui n'avaient pour trésor que la croix de leurs pères frappés au champ d'honneur, apprenaient au pied des autels à chercher leur appui et leur consolation dans cette autre croix sur laquelle était mort un Dieu Rédempteur.

Mais Saint-Cyr avait beaucoup perdu de l'éclat dont Louis XIV et madame de Maintenon l'avaient entouré. La cour de Louis XV en redoutait l'austérité. La pieuse Marie Leckzinska même en franchissait rarement les grilles. Les princesses ses filles, élevées dans une autre abbaye, y venaient peu. L'esprit de simplicité extrême des dames de Saint-Cyr, leur culte pour un passé qui semblait la condamnation du présent, ces motifs réunis isolaient Saint-Cyr de Versailles depuis de longues années. C'était peut-être la cause de la confiance que témoignaient à ces religieuses Mesdames de Marsan et de Mackau, en leur conduisant chaque semaine leurs illustres élèves. Madame Elisabeth était reçue avec une joie sincère par les maîtresses et les pen-

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