DÉPART DE LA FAMILLE ROYALE
pas, les fit rentrer et se montra seule. Un moment de silence l'accueillit. Puis des cris frénétiques de vive la Reine I répondirent à son courage.
Enfin, à une heure, la famille royale quitta pour jamais Versailles. Une même voiture reçut le Roi, la Reine leurs deux enfants, le comte et la comtesse de Provence, Madame Elisabeth et madame la marquise deTourzel, gouvernante des enfants de France. M. de La Fayette et M. d'Estaing étaient tous deux à cheval aux portières (1). La populace de Versailles et un grand nombre d'habitants riches témoignèrent la plus vive joie au départ du roi, et Madame Elisabeth apprit avec indignation que la conduite de la garde nationale de cette ville, pactisant la veille avec des assassins, y était généralement approuvée.
La princesse occupait dans la voiture royale le siège placé à la portière de droite. En passant devant la terrasse de Montreuil, dont les tilleuls jaunis brillaient au soleil, elle se leva pour revoir sa demeure qu'elle abandonnait. « Vous saluez Montreuil?» lui dit le Roi avec un triste sourire. Et, serrant doucement la main de sa sœur, il parut la remercier du sacrifice qu'elle lui faisait en unissant sa destinée à la sienne.
Bientôt disparurent les abords de la ville royale, voilés par cette brume chaude qui s'élève de la terre le lendemain d'un jour d'orage, et le cortège, suivi de son immonde et sanglante escorte, s'engagea avec la lenteur d'un convoi funèbre sur la route de Sèvres et
(1) Histoire de Versailles, de ses rues, places et avenues, par J.-A. Le Roi, t. II.
90 l'assemblée nationale change de résidence.
atteignit Paris, où la famille royale devait habiter les Tuileries. Cette détermination avait été prise, comme les autres, en quelques instants, sans préparatifs, et l'Assemblée nationale allait s'établir dans la salle de l'archevêché, en attendant qu'elle s'installât dans un bâtiment construit dans le jardin des Tuileries pour servir â un manège, au bout de la terrasse des Feuillants.