DÉPART DE MADAME DE RAIGECOURT
le moment de communiquer à son amie le sujet de sa
cruelle préoccupation. On devine qu'il s'agissait de décider Mme de Raigecourt à ne point retourner dans sa terre, et à rejoindre son mari et son père en Allemagne, et cela dans le plus bref délai, car Madame Elisabeth savait que, si elle se laissait aller à l'hésitation, le courage ne tarderait pas à lui manquer. Réunissant ses forces, elle parla enfin.
Douloureusement étonnée à la communication de la princesse, la douce et timide Mmo de Raigecourt essaya d'abord de résister. Elle opposait à ses conseils, son chagrin de la quitter, les intérêts qu'elle avait à ménager en restant dans sa terre , les appréhensions que lui causaient le voyage, et un établissement à l'étranger dans son état de santé. Madame Elisabeth répondit à tout et ne recula devant aucune responsabilité. Une délicate prévoyance se révèle dans les actes qui précédèrent le départ, qu'elle réussit à imposer à sa jeune amie. Persuadant à celle-ci que son absence serait courte, elle la convainquit qu'elle lui rendrait service, en se chargeant de transporter en Allemagne divers papiers qu'elle désirait mettre en sûreté depuis longtemps. Au nombre de ces pièces était son testament. Mme de Raigecourt devait l'emporter et ne le confier, en cas de nécessité, qu'à la princesse de Revel, belle-fille du maréchal de Broglie, ou au maréchal lui-môme, en témoignage d'estime et d'affection.
C'était à Trêves, où résidait alors la famille de Broglie, que Madame Elisabeth envoyait son amie. Elle comptait sur les soins de la maréchale et de ses filles pour aider la jeune émigrée à supporter les difficultés de l'exil, et pour lui faciliter des communica-