DÉPART M. DE RAIGECOURT
» crets de l'Assemblée. Il croit que ses inconséquences » finiront par la discréditer, que sa violence et son » despotisme, comparés à sa bonté et à sa modération, » lui ramèneront sans violences les sages et les paci- » fiques ; enfin , que la tranquilité renaîtra d'ellemême ! » Madame Elisabeth connaissait ces raisonnements. Ajoutons que, par instants, elle aussi les admettait. Mais son esprit, plus ouvert que celui du Roi, la ramenait vite au véritable sentiment de la situation. De là ces tristes mots, expression figurée de son découragement : « Je crains que l'engourdissement » n'augmente..., les médecins en voyent des syrap- » tômes effrayants, d
L'incertitude du lloi déroutait ainsi le plan du ministre, et semait des divisions profondes dans le parti royaliste (1). L'émigration commencée en 1789, ralentie pendant l'hiver, reprenait en octobre 1790. Un trouble extrême pénétrait dans les familles déjà si agitées par des divergences d'opinion. Après la déconvenue de La Tour-du-Pin, beaucoup de personnes crurent entraîner Louis XVI à revenir à un parti de vigueur, en lui donnant l'exemple de l'éloignement de Paris, et en rejoignant les groupes de Français réunis à Bruxelles et en Allemagne. C'est ainsi que M. de Gausans, père de Mme de llaigecourt, et M. de Raigocourt ensuite, vinrent à cette époque annoncer à Madame Elisabeth que leur intention était de quitter la France. Mme de Raigecourt, souffrante d'un commen-
(1) Mémoires du comte Valentin Esterhazy. Voir dans les Dotes du Livre-Journal de Mme Eloffe, la citation de la relation qu'il donne d'une tentative d'évasion avortée en octobre 1790.
cernent de grossesse, devait passer l'hiver dans sa terre,
et ne venir aux Tuileries que pour son service. Cet arrangement lui convenait d'autant pLus, qu'elle se flattait d'être réunie souvent à Madame Elisabeth. Mais cette dernière eut bientôt pesé les dangers de cette situation pour sa jeune amie, et quand elle arriva le 8 octobre à Saint-Cloud, la courageuse princesse avait formé un tout autre projet que celui de M. de Raigecourt, et se réservait de le faire adopter, malgré le chagrin qui devait en résulter pour elle. MmedeMacksu reçut sa confidence et l'approuva. Toutes deux accueillirent MmG de Raigecourt avec une tendresse particulière et appelèrent à leur aide la prière d'abord, cette inspiratrice des grandes déterminations. Les trois dames allèrent à Saint-Cyr. Elles firent ensemble le pèlerinage du Calvaire du Mont-Valérien (1) et assistèrent aux exercices d'une retraite prôchée dans l'église par l'abbé de Pancemont, curé de Saint-Sulpice. « A » ces parties bien pieuses, et qui m'enchantent, » disait Madame Elisabeth, se joignaient ces longs entretiens, si doux après une séparation attristée, et mêlés de retours mélancoliques aux années d'enfance et de première jeunesse. Plus d'une larme s'échappait des yeux de Madame Elisabeth quand arrivait le terme de ces journées trop courtes, et quand elle voyait approcher
(1) Il y avait au Mont-Valérien une maison de missionnaires, avec un calvaire et une église qui était un lieu de pèlerinage ancien. J.-J. Rousseau et Bernardin de Saint-Pierre y entrèrent un jour à la suite d'une herborisation dans le bois de Boulogne. Ne pouvant se défendre contre la religieuse émotion dont ils forent saisis, ils se prosternèrent en mêlant leurs prières à celles des assistants. Le calvaire fut détruit en 1793.