LE VŒU AU SACRÉ-CŒUR DE MARIE
Antoinette est« la Belle-Mère » ; l'empereur Léopold, le comte de Mercy, le baron de Breteuil, M. de Calonne, le maréchal de Broglie, Mirabeau, les dames de Saint- Cyr, M. de Bouillé, ont divers surnoms. Outre ces précautions, Madame Elisabeth prit celle de composer un chiffre destiné aux lettres qu'elle devait adresser au comte d'Artois. Certaines phrases avaient des significations connues seulement des correspondantes.
Elles se ménagèrent des liens d'une nature supérieure : à cette époque, les séparations prenaient un caractère solennel, et quelles que fussent les illusions, ud sombre pressentiment s'emparait des âmes les plus fortes, lorsque sonnait l'heure du départ, quand venait le moment de l'adieu. La philosophie du dix-huitième siècle s'effaçait dans ces circonstances où la foi endormie se réveillait avec le douloureux sentiment de la misère humaine. On cherchait alors à se rappeler des croyances du passé. Souvent une image de la Vierge oubliée dans un vieux missel, une relique d'enfance dont on avait souri, devenait un gage d'amitié, un souvenir précieux. Les personnes pieuses échangeaient leurs livres d'heures, et convenaient de réciter les mêmes oraisons, d'exercer des œuvres de charité aux intentions les unes des autres. On sait combien la religion catholique est féconde en moyens de réunir ainsi les âmes dans les temps d'infortunes et de persécutions. Madame Elisabeth avait songé depuis plusieurs mois à former une chaîne de prières entre elle et ses amies dispersées. Pendant les journées d'été passées à Saint-Cloud, au pied de ce Calvaire du Mont-Valérien vénéré encore dans la campagne environnante, elle avait médité cette pensée religieuse.