LB VŒU AU SACRÉ-CŒUR DE MARIE
Elle écrivit enfin la formule d'un vœu au Cœur immaculé de Marie, dans le but d'obtenir la conservation de la religion catholique dans le royaume, « A ce vœu, raconte un des derniers biographes de Madame Elisabeth « s'associèrent avec empressement Mmt" de » Luynes, de Lastic, de Saisseval, de Bombelles, de » Raigecourt et ensuite un grand nombre d'autres. La » première disposition de ce vœu eut pour objet de » consacrer, chaque année, une somme d'argent pro- » portionnée à l'état de fortune de chaque associée, » pour être employée à la bonne œuvre qui paraîtrait » devoir être la plus agréable à Dieu. La désignation » de cette œuvre ne devait être faite qu'à la fin de » septembre 1791, c'est-à-dire une année ensuite. La » seconde promesse du vœu était d'élever gratuite- » ment deux enfants pauvres. Enfin, dans une petite » prière récitée par les membres de l'Association, » on s'engageait à ériger un autel au Cœur immaculé » de Marie, et à offrir un salut mensuel en recon- » naissance de la grâce obtenue. A cette même inten- » tion, les pieuses associées offrirent un Cœur de » Jésus joint au Cœur de Marie, fait de l'or le plu» » pur, à la cathédrale de Chartres, (i) »
Cette œuvre porta des fruits Tannée suivante : elle procura des secours à un grand nombre de pauvres prêtres chassés de leurs paroisses, et leur donna les moyens de fuir et d'échapper au sort auquel Madame Elisabeth ne voulut jamais se dérober. En 1790, elle adoucit les douleurs de sa séparation avec Mmt de
(i) Il y est encore l'objet de la vénération des fidèles. (Beauchesne).
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Raigecourt et leur assura à toutes deux de précieuses consolations.
Bientôt s'éloigna une autre compagne d'enfance de Madame Elisabeth, Louise de La Briffe, marquise des Monstiers. Elle aussi, sur le conseil de la Princesse, quitta sa terre du Limousin pour rejoindre son mari en Suisse. Une à une, Madame Elisabeth voyait se disperser ses amies, emportées par la tempête révolutionnaire, comme ces feuilles tremblantes que le souffle d'automne détachait des arbres du parc royal qu'elles ne devaient plus revoir.
Cruelle destinée, en effet, que celle de ces jeunes Françaises errantes sur la terre étrangère pendant ces premiers mois d'absence, qui devinrent de longues années d'exil ! Madame Elisabeth, en les plaçant, dans sa tendre sollicitude, sous l'égide d'une protection tutélaire, semblait prévoir les épreuves qui les attendaient. La vie des émigrés, moins pénible qu'elle ne le fut ensuite, était, dès cette époque, remplie de troubles, de souffrances et d'incertitudes. En se nourrissant d'espérances constamment déçues, ils se heurtaient à de dures réalités. Les voyageuses avaient à prendre l'habitude des privations, à passer sans transition de l'existence élégante et insouciante de l'ancien régime, aux hasards de la pauvreté, aux humiliations de la dépendance, aux périls de l'aventure. C'était dans ces alternatives que se retrouvait l'importance d'une éducation religieuse, des principes d'une morale sérieuse. Si
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certaines femmes se rapprochaient des cours étrangères
et s'étourdissaient sur leurs infortunes en cherchant à plaire et a briller, si d'autres se livraient aux intrigues et tenaient salon dans leur chambre d'auberge, un très grand nombre, il faut le dire à l'honneur de cette société ;iux apparences frivole?, se consacraient aux devoirs de famille et donnaient à nos voisins d'outre-Rhin les plus beaux et les plus purs exemples de vertu et de charité. Telles furent les amies de Madame Elisabeth. Malgré leur modestie, elles auront place dans la grande histoire qui reste encore à écrire de la France émigrée. Simples, actives et courageuses, elles agissaient comme sous les yeux de leur royale maîtresse, s'entr' aidant les unes les autres de son souvenir, de ses conseils, de l'affection surtout qu'elle leur inspirait. A Trêves, nous voyons ainsi la douce et mélancolique Mm0 de Raigecourt partager son temps entre le travail, la prière, Je roin de ses enfants et la surveillance d'un ménage où la moindre dépense est sévèrement calculée. Des copies au pastel, exécutées avec un certain talent occupent les loisirs qui lui restent. Le soir, après un maigre dîner, elle se rend chez la maréchale de Broglie et, plus d'une fois, transmet discrètement au maréchal des recommandations de Madame Elisabeth, relative» au comte d'Artois, à ce comte d'Artois si aimable, si aimé, que sa sœur désirait placer sous la tutelle austère du doyen de l'armée émigrée. En Suisse, la vive marquise des Monstiers anime par son charmant esprit le petit cercle d'émigrés qui l'entoure, élève vaillamment ses trois enfants et ne reste étrangère à aucun des mouvements politiques qu'elle peut apercevoir. A Venise, Mme de Bombelles est mieux encore en mesure
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de communiquer à Madame Elisabeth des détails sur les événements qui se préparent. Quelques-unes de ses lettres à Mme de Raigecourt ont été conservées et peignent son existence et l'état des esprits à cette époque. » « Je me suis mise sur le pied d'être toute » la journée avec mes enfants, écrit-elle en octobre » 1790. « Je dîne dans mon petit ménage.... mais » je consacre la soirée à la société. » Cette société est celle de la duchesse de Polignac et de ses enfants, de la comtesse Diane, du duc et de la duchesse de Guiche, du comte de Vaudreuil et d'autres amis qui les avaient rejoints. L'été se passait pour ces nobles proscrits dans la petite ville de Carpenedo, où ils se réunissaient alternativement chez Mme deBombelle ou chez la duchesse de Polignac. « Nous ne sommes gais » ni les uns ni les autres, comme bien vous pensez, » mais nous vivons ensemble en bonnes gens. Ils » causent souvent des événements passés et présents. » Je ne suis pas toujours de leur avis sur le premier » chapitre. La confiance est assez établie pour que j'ose » leur demander compte de certaines de leurs actions » et les en blâmer ! Us sont d'assez bonne foi pour » convenir de leurs torts ou s'en justifier par des » motifs particuliers. Nous croyons être absolument » dans un autre monde. Nos causeries du soir pour- » raient s'intituler Dialogues des Morts ! (1) »
Le souvenir de Madame Elisabeth se mêlait douloureusement au charme de ces belles soirées d'Italie.
(i) M»e de Bombelles à Mn» de Raigecourt. Papiers de famille de M. le marquis de Raigecourt. Coll. F. de Couches, p. 190.
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« Et notre pauvre petite Princesse! Mon Dieu! que » n'est-elle avec nous! J'ai des moments d'illusion » dont le retour est bien amer. Lorsque je sors le soir, » à neuf heures, pour aller chez M™6 de Polignac, il » me semble que je vais souper chez elle ! Que de » souvenirs ! que de regrets cela me cause ! »
On était encore au moment des espérances et sous l'empire des illusions brillantes. A Bruxelles se réunissait une foule de Français et d'étrangers dévoués à la cause monarchique. A Worms, Condé rassemblait une armée. A Trêves, le maréchal de Broglie, aussi entouré que les princes, entrait en négociations avec les souverains du Nord. « Notre respect, notre atta- » chement pour le maréchal, est proportionné à ce » qu'il mérite de vénération de la part de tout ce qui » est bon Français, attaché à son Dieu et à son Roi ! (1) » A Turin, de jeunes et ardents défenseurs de la royauté se groupaient autour du comte d'Artois et le suppliaient de prendre le commandement de la confédération royaliste du Languedoc.
Mais la direction manquait à la France émigrée comme à la France monarchique. L'hésitation si vivement reprochée à Louis XVI s'étendait au dehors du royaume et paralysait les entreprises. Il résultait de cette déplorable incertitude un ensemble de délations et d'espionnages qui profitait aux progrès du parti jacobin, et plaçait les princes dans une situation aussi difficile que dangereuse. Celle du comte d'Artois devint intolérable à Turin en 1790. Menacé par des agents révolutionnaires, traqué par d'obscurs meurtriers,
(1) Lettre de M«n« de Bombelles. Papiers de famille de M. le marquis de Raigecourt. Coll. F. de Conches, p. 204.