‹ Madame est trop belle; comédie en trois actesChapitre 34 sur 46 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les Mêmes, MONTGISCAR.

MONTGISCAR, eatrant très agité*.

C'est moi... vous voyez un homme tout retourné.

DE CLERCY.

En effet... qu'avez-vous donc ?

MONTGISCAR.

Ah ! si vous saviez la découverte que je viens de faire.. Ernest...

DE CLERCY.

Mon cousin, eh bien ?

MONTGISCAR.

Mon ami, il aime ta femme !

DE CLERCY.

Lui ! allons donc ! c'est impossible ?

CHAMBRELAN

Pourquoi donc, impossible ?

DE CLERCY.

Un ca;Tiarade.. . un ami !.. (Jeanne va s'a?soir à gauche.)

MONTGISCAR.

I! en est amoureux comme un fou ! comme un possédé... et moi, ça no me va pas!

DE CLERCV **.

A moi non plus, parbleu !

* De Clercy, Jeanne, Mon'çriscar, Chamhrelan. *• Jeanne, Charabrelan, de Clercy, Montgiscar.

MONTGIFCAR.

Voilà pourquoi il a refusé la main de la petite Burnett, Baring et Compagnie.

J F ANNE, à part.

Pauvre garçon !

MONTGISCAR.

Et il m'a déclaré tout net, qu'il ne se marierait jamais... jamais!... jamais !...

DE CLERCY.

C'est une folie... un enfantillage...

MONTGISCAR *.

Et le bouquet!... le bouquet... c'est lui qui l'a poussé, c'est moi qui l'ai payé... 1,500 francs de perdus !.., et maintenant il le contemple, il lui parle, il lui envoie des baisers. . . comme à une femme.

CHAMBRELAN, à part, indiquant Jeanne.

Encore une existence broyée sous les roues de son char !

DE CLERCY.

Ceci ne peut être sérieux, il faut user de votre autorité, le raisonner...

J'ai déjà commencé... Je lui ai dit : Voyons, en supposant que ta cousine consente à se laisser fléchir...

DE CLERCY.

Hein ?

JEANNE

Par exemple !

MONTGISCAR.

C'est une supposition... il me semble qu'elle n'a rien d'invraisemblable, quand ou considère les avantages extérieurs de mon fils Ernest...

* Jeanne, Chaml)relan, Monlgiscar, de Clercy.

DE dLERCY.

C'est aimable pour moi,..

MONTGISCAR.

J'ai été plus loin... Je l'ai poussé clans ses derniers retranchements... j'ai ajouté : ta cousine te cède... je l'admets ! très-bien !

DE CLERÇY, se récriant.

Comment très-bien !

MONTGISCAR, continuant.

Et après? songe aux conséquences : Je ne parle pas du mari, qui ne le saura pas... mais où cela te conduira-t-il? à une de ces liaisons bâtardes, à un de ces ménages à trois, qui enchaînent à tout jamais l'avenir d'un jeune homme... Ernest, pense au monde qui te regarde, pense à ton père... à ton malheureux père...

DE CLERCY.

Et à ton cousin.

MONTGISCAR.

Non... je n'ai pas parlé du cousin...

DE CLERCY.

Vous avez eu tort... Certainement, je suis bon garçon... mais je suis homme à lui mettre trois pouces de fer dans la poitrine.

MONTGISCAR, vivomenl.

Ah ! Jules ! tu ne ferais pas cela... un duel en famille... avec mon enfant...

DE CLERCY.

Que votre enfant reste chez lui !

MONTGISCAR.

Ecoutez... aux grands maux, les grands remèdes... il faut couper le mal dans sa racine. . . vous allez m'aider. (a Jeanne) Vous surtout.

JEANNE, qui s'est levée *.

3Ioi ! Que faut-il faire ?

* Cliarabrelan, Jeanne, Montgiscar, de Clercv.

MONTGisCAR.

Il faut lui défendre votre porte... il ne faut plus le voir...

CHAMBRELAN

A la bonne heure!... parceque s'il la voit... c'ost fatal!...

MONTGIhCAR.

11 VOUS a envoyé une loge pour les Italiens... Je lésais... Eh bien ! je vous demande, comme un service, de ne pas y aller.

, JEANNE

Ah ! ça ! bien volontiers !

DE CLERCY.

J'accorde.

CHAMBRELAN, à part.

Comme c'est agréable !

MONTGISCAR, à Jeanne.

Et si, malgré toutes vos précautions, le hasard vous le faisait rencontrer, soyez implacable, soyez impitoyable !... Dites-lui qu'il n'a rien à espérer, que vous ne manquerez jamais à vos devoirs.

DE CLERCY.

Très-bien !

MONTGISCAR, continuant.

Ajoutez même que vous aimez votre mari... allez jusquelà !

DE CLERCY.

Gomment jusque-là !

Ça lui fera de la peine, je le sais bien, mais tant pis ! c'est pour le sauver ! me le promettez -vous ?

JEANNE

Mon Dieu 1 je ferai tout ce qui dépendra de moi.

MONTGISCAR.

Merci... je vous laisse... Je retourne près de lui... je crains qu'il ne fasse quelque sottise... (a de Clercy) Et toi, Jules, surveille ta femme : Je te confie son honneur... Adieu !

DE CLEBCY.

Je vous accompagne, mon oncle, (a part.) Je vais faire défendre ma porte au cousin. (Moatgiscar et de Clercy sortent par le fond.)

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