DE CLERCY ET JEANNE
Quoi donc ?
MONTGISC.AR.
Je vous avais prié de ne pa> paraître aux Italiens... il faut y aller.
DE CLERCV.
Pourquoi ce changement!
MONTGLSCAR.
Pour Ernest... nous avons été trop durs avec lui ! si vous aviez été témoin de sa douleur quand je lui ai dit qu'on n'acceptait pas sa loge... J'ai coloré votre refus en
* Jeanne, Montgiscar, de Ciercy.
lui faisant entendre que Jeanne était souffrante... alors, il va venir prendre de ses nouvelles...
JEANNE, vivement.
Non! je ne veux pas le recevoir!
DE CLERCY.
11 n'entrera pas... je l'ai consigné à la porte.
MONTGISCAR
J'ai levé la consigne... en passant.
Ah ! bien !... très-bien !
MONTGISCAR.
Il est si malheureux !... il a refusé de déjeuner, et pourtant il y avait des huitres... il a déclaré qu'il ne dînerait pas... j'ai voulu lui faire écrire une lettre à mon agent de change, pour le distraire ; il lui a parlé tout le temps de la grotte d'azur.
DE CLERCY.
Qu'est-ce que c'est que ça?
MONTGISCAR.
Ça ne te regarde pas... C'est entre ta femme et moi.
JEANNE, à de Clercy.
Plus tard... jeté dirai...
MONTGISCAR.
Et il pleurait... lui, si gai!... il répétait à chaque instant... elle ne m'aime pas... elle ne m'aime pas! J'avais beau lui dire : mais ne te désole pas, avec les femmes, il y a toujours de l'espoir.
DE CLERCY.
Je vous remercie.
MONTGISCAR.
Dame ! on ne sait ni qui vit, ni qui meurt, tu te portes bien aujourd'hui... mais demain...
JEANNE
Par exemple !
DE CLERGY
C'est ça, enterrez-moi tout de suite.
MONTGISCAR.
Ça ne tue personne ce que je dis là.
DE CLERGY
Tenez, sans vous en douter, vous poussez l'amour paternel jusqu'à la férocité... vous êtes un monstre de tendresse.
MONTGISCAR.
Si tu l'avais vu comme moi, la tète dans ses mains, le regard fixe... c'éiait cft'rayant !. .. j'en tremble encore... et s'il devait lui arriver un malheur... (pleurant.) Je n'ai que lui, moi... Qu'est-ce que je deviendrais... tout seul au monde?... (Sanglotant. ) Mon pauvre enfant! mon pauvre enfant! (ll se jette dans les bras de do Clercy.) DE CLERGY, le consolant.
Voyons, mon oncle, remsUez-vous... à son âge... on oublie.
MONTGISCAR.
Oh non ! pas lui !... (a Jeanne, comme un homme qui fait une déclaration.) Ce n'est pas un amour vulgaire, un amour banal que le sien !... (Se passionnant.) Il vous aime profondément, de toutes les forces, de toutes les ardeurs de son âme... 11 vous a vue, madame, une minute a suffi !... (il est prêt à tomber à genoux.)
DE CLERCY, l'interrompant *.
Dites-donc! dites-donc ! je suis là, moi!...
MONTGISCAR.
Je le sais bien, malheureusement.
Comment ?
* Jeanne, de Clcny, Moul-ibcar,
MONTGISCAK.
Mais c'est la faute aussi !... c'est toi qui a fait tout le mal.
Diî CLERCV.
3Ioi?...
JIONTGISCAR.
Tu as voulu absolument épouser une jolie femme, par amour-propre... par orgueil.
DE CLERCV, à part.
La tète n'y est plus.
MO-NTGISCAR.
Qui sait, sans toi, c'est peut-être Ernest qui aurait épousé ta femme; elle serait heureuse.
DE CLERCY.
Mais il me semble qu'avec moi !...
MONTGISCAR *.
Enfin le mal est fait !... il faut le réparer maintenant. (a Jeanne.) Il va venir, ne soyez pas trop sévère. Faiteslui l'aumône d'un regard.
Ah! permettez !...
MONTGISCAR.
Un regard, qu'est-ce que ça te fait ?
DE CLERCY.
Vous êtes superbe!
MONTGISCAR .
Gomment ! quand un seul regard peut sauver ton cousin, tu refuses?...
DE CLERCY.
Oui...
MONTGISCAR **.
Toi, que j'ai élevé, toi, que j'ai marié !
* Jeanne, Montgiscar, de Clercy.
•* Jeanne, de Clercy, Montgiscar.
DE CLEUCY.
\o\is m'avez marié... pas pour ça!
MONTGISCAU.
Tiens ! veux-tu que je te dise... tu manques de sens moral .
DK CLERCV.
Ah ! allez au diable !
UN DOMESTIQUE, anaonçant.
M. Ernest Montgiscar.
MOMGISCAR *.
Lui... (a Jeanne.) Vous ne savez rien... un peu de bienveillance... de compassion, (a deCiercy.) Et toi, du calme .. je te le demande au nom de la famille!
DE CLERCY.
Soyez tranquille, (a part.) J'aurai avec lui une explicaiion sans témoins.