SCÈNE YII CIIAMBRELâN, JEANNE
CHAMBRELÂN.
Voyons, comment le trouves-tu? Tu as eu le temps de l'étudier...
JEANNE
Dame ! papa, il me paraît comme il faut.
CHAÎIBRELAN.
Oui, il est distingué.
JEANNE
Seulement, il parle trop souvent de ses ponts.
CHAMBRELAN
Qu'est-ce que tu veux? il a l'amour de sa profession... après ça... s'il ne te convient pas.,, ne te gêne pas...
JEANNE
Je ne dis pas ça...
Avec ta beauté, tu peux choisir...
JEANNE
Vous me parlez toujours de ma beauté, mais tout le monde n'est peut-être pas de votre avis?
CHAMBKELAN.
C'est impossible ! Comme i)èrc, je ne dois pas te faire de
compliment?, je le sais... mais je ne puis m'empécher de reconnaître qu'à la perfection du visage, tu joins la grâce, le charme. . .
JEANNE
Oh ! papa !
CHAMBRELAN
Est-ce la vérité ? Dans la rue, dans les promenades, lu fais sensation ; on nous suit, j'entends[murmurer les propos les plus flatteurs... Et dame ! je ne le cache pas, ça me fait plaisir.
JEANNE
Ah bien! moi, ça ne m'amuse pas!... ces messieurs qui vous regardent sous le nez.
CHAMBRELAN
Ce n'est pas leur faute... ils ne peuvent pas s'en empêcher.., dis-toi : ils ne peuvent pas s'en empêcher!... Il faut t'habituer de bonne heure, m^a chère enfant, à recevoir les hommages qui te sont dûs... Ta mère, qui était belle aussi, voyait tomber toute la ville de Saumur à ses pieds, sans en être émue... Elle cueillait les cœurs sur son passage, comme on cueille des roses, dans un jardin qui vous appartient. Fais comme elle, mon enfant, la nature t'a comblée... marche dans ton triomphe.
Mais papa...
CHAMBRELAN
Maintenant, nous disons que cet ingénieur ne te plaît pas... très-bien 1
JEAN'NE, vivement
Mais je n'ai pas dit un mot de cela.
CHAMBRELAN
Alors il te plaît... très-bien!
JEANNE
Mais...
MADA?iIE EST TROP BELLE 19
CHAMBRELAX.
Avec ta beauté, tu peux choisir... si tu le veux, il sera ton mari...
je4N]s:e.
Ce n'est pas si pressé... Quand le reverrez-vous ?
-CHÂMBRELAN.
Tout de suite !
JEANNE
Mais il est parti.
CHAMBUELAN.
Chut !... l'oncle a laissé tomber son gant... le voilà!... Tu es censée ne pas le savoir... moi non plus.