SCENE VI
MADAME FRONTINj URSULE, en vieille jardinière.
Elle a des cheveux blancs , elle est courbée , et se soutient sur une béquille.
URSULE
Air : Brillante jeunesse.
On vient de me dire Qu'en ces lieux quelqu'un m'jesire , IVJadame , dai£;ti<'7. ni'instruire ,
Ici de moi que veut-on?
Est-ce vous , n)a chi re ?
Pour vous que pourrai-je faire ?
3'suisla vieille jardinier»
De la maison.
1—3 pq
Mad. FRONTiN la prenant par le bras , et la conduisant sur Vavant-scène.
TJn peu de mystère , Parlez donc plus bas, ma chère, Il faut que dans cette affaire
Tout lesle entre nous j
Car la vieille Ursule
Est si ridicule.
URSULE , avec intention.
A qui le dit' vous.
Yous allez me dire C'que d'riioi vot' cœur désire, Dépêchez-vous de nrinstruire, N'craignez pas de trahison.
Dites moi, ina chère.
Ce que pour vous je puis faire, Complez sur la jaidinière De la maison.
Mad. FiiONTm.
c/3 1 Je vais tout vous dire ,
^ I De tout je vais vous instruire.
'^ I Par moi laissez-vous conduire,
Surtout point de trahison,
Le plus doux salaire
Dédomuiagfr.i , j'espère.
De ses soins la jardinière De la maison.
Elle glisse une bourse à Ursule,
URSULE
Une bourse!., je ne mérite p^s...
Mad. FRONTIN.
Comment, est-ce que votis ne faites-pas depuis quinze jours passer toutes mes lettres à la jeuiie Emilie?
URSULE, à part.
C'était donc vrai.
Mad. FRONTIN.
Je suis bien heureuse de vous rencontrer, je croyais que vou$ étiez renvoyée...
URSULE, à part.
Elle ne se trompait pas.
Mad. Frontin. 2
Mad. FRomiir.
Prenez, prenez, sans scrupule , je suis Madame Fronlin. URSULE, à part.
Madame Fronlin!... ( Prenant la bourse.) Allons, j'accepte.
Mad. FRONTIIT.
Attendez que je voye si la vieille Ursule ne viendrait pas. Elle remonte un peu la scène.
URSULE , avec intention.
Non , non , die ne viendra pas.
Mid. FRONTiN, avec mystère et à vo'x basse. Ab ça, bonne mère, vous avez promis de nous aider pour le jrand projet.
URSULE, étonnée.
Le grand projet !
Mad. FRONTIIt.
Oui , de remettre Emilie au pouvoir de sa tante.
URSULE, même jeu.
AL ! de sa tante!...
Mad. FRONTIN.
Vous avez mèrne prorais de la faire sortir de ce pavillon , pour qu'tlte puiise s'ech.ipper parla foiêt.
URSULE , feignant de s'en sowerdr.
Ah I oui, oui, je l'ai proisiis.
Mad. FRONTIN.
Vous n'aurez au're chose à faire , bonne vieille , que d'occuper Ursule.
URSULE, ai'ec inten'Jcn.
Elle sera occuper, je vous en reponds.
Mad. FP.ONTi^.
Air : De Marianne.
Ouiiid plie entendra la voiture
Rouler grand train
Sur le cheniin , Voyez-vous d'ici la figura De c»' C(n'])tre i'éiniiiiu.
£!!■» criera^,
b'entporttra,
Appellera ; Mais nul ne répondra.
Pendant ce temps
Nos deux amants ,
Chez leurs parents, Forment clés nœuds < havmants.
Pauvre Ursule , qiuiie grimace!
Vous figurez-vous bien cela, Elle est sotte en restant là , Mettez-vous à sa place. ( bis. )
VRSULE , se redressant et jetant sa héquille , sa perruque et ses habits de jardinière.
Je m'y mets, Madame Frontin.
Mad. FRONTIN , à -part.
Ursule I... je suis prise! [Haut en riant.) Ah! ah! ah! ah! ah !... je l'avais reconnue; il n'y a pas un mot de vrai dans tout ce que je l'ai dit ; je voulais seulement éprouver ta fidélité'.
URSULE
Détour inutile , allez- vous-en.
( Elle va ouvrir la petite porte , et laisse la clef après. )
]\îad. FROKTIN.
Qt oi î vous roulez... {A part. ) Quel contre-temps ; si je pouvais.,, ( Haut.) Au moius reiidtz-moi mes habits?
URSULE , allant au chalet.
Je ne vous ferai pas attendre ; vous m'avez appris la diflfe'rcnce qu'il y a entre une duègne cl Madame Frontin.
Elle va prendre les habits qui sont dans le chaltt ; pendant ce temps Madame Frouiin s' enw are de la clef delà petite porte du parc , par où elle est entrée.
URSULE, lui rendant son paquet.
Allons, sortez
Mad. Frontin.
Vous ne tiiotnphez pas encore.
Mad. FRONTIN.
Ni vous non plus.
Nous verrons.
URSULE
Nous verrons, c'est ce que je demande.
Air : 7Je Jeannette.
Perfide , tu t'abuses ; Pour déjouer tes ruses J'ai tout <e qu'il me faut.
JVlrtd. FRONiiN, à part.
Je resle sur la brèche.
Ici lieu ne m'empêche De touienir l'assaut.
URSULE , la r<iillant.
Vile et lot que l'on sorte.
Acceptez mo;i escorte, Je ^ il M d'ouvrir 'a porte A Mj.lanie Fr ui in.
Je sais qu'il vous en coûte î Il est bien dur sans doute, Presqu'au bout de la route , De rester eu chemin.
MaH. FuoNTirr.
Vous a^^issez de sorte Qu'il faut bien que je sorte , A'otie tête est si forte, Votre esprit si malin.
Montrant la clef au Publie.
La vieille n'y voit goutte.
Je veux , c rûte qui coûte , Poursuivre eiicornia ruuie, Et faire mon chemin.
Madame Frontin sort.
scejNe vu.
URSULE, seule.
Elle ferme lu yetite porte , en la tirant seulement par le murlvaii.
Dieux î l'ai-jf r'rlitijipc heUc !.„ Mais fiifin la voilà p.irtip... ( En ce moment . Madame Frontin ouvre la porte ^ et rentre douccjneni. ; elle va au chalet, et pose le clef sur une chaise qui est à côté. ) M liiil- iKiiil , f' rinouï; à double lour. ( Elle va à la petite parle. ) lili bicti I où donc est la clef, il nie scuibi.iil l'avcir Jrtissce à la |)t)rlu?... Non, dins mon trouble elle sera fombee de me* mains... cherchons... ( Elle aperçoit la clef sur la chaise. )
Aliî la roilà , elle e'iait sous mfs yeux, et je ne la voyais pas. ( Elle ferme la porte à double tour. Boa voyage, M'^''. Frontin, bon voyage.
Mad. FRONTIN , dans le chalet.
Merci.
URSULE
Ah ! que de peine !
Mal. ¥ R.0 V Ti fi , dans le chalet. Vous n'y êtes pas.
URSULE. ■ J
Que de peine pour garder !ps jeunes filles.
Air : fers le temple de l'Hymen.
Les amants , d'un air bien doux , Les assiécent, les poursuivent, Les tendi's billets arrivent, Et de là les rendtz-vous.
Cragnaiit peu que l'on vous blâme, De plus en plus on s'enflamme , On se parle avec me ame :
Vous , fst remplacé par toi.
Et... je sens qu'il faut me taire.
Je me souviens que ma mère Eut bien du mai avec moi.
Wad. FRONTIN, à part.
Elle se souvient de loin.
URSULE
Faisons UDC petite ronde, et commençons par le pavillon. Mad. FRONTIN à part.
Bien obligée.
Ursule va au pavillon et entre un moment dedans» Mid. FRONTIN, ouvrant la porte du chalet.
Si je pouv lis pene'trcr. ....
Madame Frontin f.u't un pas en dehors ; Ursule reparaît avec un rouet à filer ; madame Frontin rentra vite dans le chalet.
URSULE , sorlant du pavillon.
Ali I je suis Lien tranquille; Emilie est occnpe'e à lire son roman f.ivori , l'Ombre de Marguerite.... Dieu ! que c'est triotc , ces romaui anglais.... il n'y a que des ombres.
Air : Ah ! comme on est régénéré.
On j voit l'orabre d''une tante,
On y voit fombi-p iX^uw. amant,
On y voit IVr„l>re d'une amante,
On y Ti.it Tombre d'un enf;int.