‹ Madame Gamelin et les origines de Providence [microforme]Chapitre 1 sur 5 · MADAME G-AMELIN ET · texte numérisé non relu

MADAME G-AMELIN ET

pour tout dire, que requiert de vous ce soir l’audition de ma lecture.

La charité m'a demandé cet entretien. La charité vous l’impose. (C’est ma seule excuse auprès de vous, c’est le seul titre que j'ose invoquer à votre bienveillance.

On m'avait même suggéré, pour me maintenir tout-à-fait sur cet inviolable terrain, une conférence sur Ja charité. Le sujet certes est vaste et beau, trop vaste peut-être pour être présenté, en un temps si court, sous un jour agréable et qnelque peu nouveau. Eu m’y arrêtant, je m'exposais de plus à verser dans le sermon et je m'imposais à coup sûr la tâche au moins inutile de prêcher des convertis : tant que nos œuvres de bienfaisance si nombreuses compteront, Mesdames et Messieurs, un aussi grand nombre de patrons et d'auxiliaires généreux que ceux et celles qui les favorisent aujourd’hui, les sermons et les discours de charité seront superflus.

Et pourtant, me disais-je, ne peut-on faire l'éloge de cette vertu, en aviver l’amour, inspirer le désir de sa constante pratique, sans en

mp

faire l’objet d’un sermon ou d'un traité didactique ? :

Ne prêche et n’écrit-on point tous les jours la morale en action ?

N'est-ce pas même la forme la plus attrayante et la plus persuasive de la présenter à l'auditeur et au lecteur ?

Pourquoi donc ne lirais-je point, dans une soirée de charité, une page de charité en action ? Et dans cette soirée donnée au bénéfice de l’Asile de la Providence, sous les auspices de ses dames patronesses, quelle page mérite plus la lecture et la faveur d’un auditoire ami que celle qu'écrivit il y a quelque cinquante ans, dans les annales de notre ville, la vénérable fondatrice de l’Asile et de la Communauté de la Providence, la révérende Mère Gamelin ?

Le sujet choisi, restait à le traiter. Ce n'était pas aussi facile.

Madame Gamelin a très peu écrit, et l’on a peu écrit sur elle. Les œuvres écrites, les lettres, les lettres intimes surtout sont une révélation décisive de l’esprit, du caractère, de la personne

entière des morts illustres ou modestes. Elles

8 MADAME GHAMELIN ET

expliquent et commentent, lorsqu'elles sont sincères et spontanées, des actions et des œuvres dont le témoin et l'historien ne saisissent pas toujours le caractère et la trame, parce qu'ils manquent de lumière directe sur ce dedans de l’homme où s’élaborent les manifestations du dehors. Elles livrent de plus le secret de tout ce qui fait la vie intime de l’âme : ces pensées, ces passions, ces impressions, tour à tour joyeuses et douloureuses, que la vie extérieure ne reflète jamais tout entières, jamais toutes fidèles et que la tombe enveloppe de son ombre, quand les épanchements de l’intimité n’en ont pas trahi le mystère dans les confidencss écrites.

Ces confidences, me faisant presque entièrement défaut, me privaient d’un élément précieux pour peindre un portrait fidèle et vivant.

Restaient, pour la vie extérieure et l’œuvre de Madame Gamelin, les documents écrits et les souvenirs des personnes encore vivantes qui l’ont connue. Ici encore, il y avait relativement peu à glaner.

Madame Gamelin, qui a peu écrit elle-même, vivait dans un temps où l’on écrivait peu, dans

un temps aussi —le nôtre ne le continue-t-il pas trop sous ce rapport ? —où l’on ne garaait guère ce qui s’écrivait ou s’imprimait au jour le jour, réservant ainsi aux recherches et aux travaux à venir une tâche toujours ingrate et souvent inféconde.

Les souvenirs personnels des contemporains d'âge de la vénérable fondatrice ne peuvent être plus nombreux ni plus fidèles que ne le permettent le petit nombre des survivants et la fidélité d’une mémoire de sa nature infidèle.

Une partie de ces éléments précieux toutefois a été recueillie et groupée par des mains pieuses dans une notice biographique qui m'a grandement servi. J'ai cherché et trouvé les autres un peu partout, à la faveur de bonnes occasions et de bienveillants renseignements dont je remercie très cordialement ici toutes les personnes qui ont eu l’obligeance de m’en communiquer.

Bref, et pour cesser de vous prodiguer les excuses, avec le loisir et les ressources dont j'ai pu disposer, j'ai fait un travail forcément 1incomplet dont les limites et les lacunes ont dé-

terminé le titre.

Ce n’est ni le portrait achevé de Madame Gamelin ni proprement sa biographie : c’est une esquisse, un croquis, si vous voulez bien, de sa personne et de sa vie dans le monde, de l’origine et des débuts de son œuvre. Voilà pourquoi j'ai cru pouvoir intituler ce crayon:

Madame Gamelin naquit à Montréal, le 19 février 1800, du mariage d'Antoine Tavernier et de Josephte Maurice. Sa famille paternelle était originaire d'Amiens en Picardie. Son bisaïeul, Julien Tavernier, vint s'établir à Ville- Marie en qualité de colon, on ne sait en quelle année. Son aïeul, un autre Julien, sergent dans la compagnie d'infanterie de milice du chevalier de la Corne de St-Luc, avait, suivant la coutume militaire du temps, ajouté à son nom on reçu de ses camarades le sobriquet de Sanspilié qui demeura quelque temps accolé au nom

bad pi

de ses descendants et que sa petite-fille devait, plus qu'aucun autre, si peu mériter de porter. I] fut tué par les Anglais sur le lac Champlain, en juillet 1750, dans une de ces hardies expéditions dirigées de .Carillon par MM. de $t- Luc et de Contre-Cœur contre les différents postes ennemis du voisinage.

Le père de Mme Gamelin, Antoine Tavernier, était voiturier. Sa maison était située au pied du chemin Ste-Catherine, sur un vaste domaine qui s’étendait de Ja rue Sherbrooke ou Ste-Marie au chemin Ste-Catherine. Ce terrain, concédé en fief aux hospitalières de St-Joseph qui y ont construit le présent Hôtel-Dieu, portait, — particularité remarquable, —le nom de Terre ou Fief de la Providence et la maison d'Antoine Tavernier occupait un point de l’espace que couvre aujourd'hui le champ de courses attenant au terrain de l'exposition provinciale.

Mme Gamelin était la plus jeune enfant et la deuxième fille des six enfants d'Antoine Tavernier et de Josephte Maurice. Elle fut baptisée le lendemain de sa naissance, à Notre-Dame, par Messire Humbert, du Séminaire et tenue

sur les fonts baptismaax par Antoine Tavernier, son frère aîné et Marie Claire Perrault, sa cousine germaine. Ceite dernière, qui seule signa avec le prêtre, épousait, deux ans plus tard, Augustin Cuvillier, marchand de cette ville, dont le nom a été intimement mêlé aux évèuements politiques du pays, de 1820 à 1840.

L'enfant reçut au baptême les noms de Marie- Emmélie-Eugène. Elle porta surtout dans la suite le deuxième de ces noms qu’elle signait Amélie; bien que son acte de baptême, celui de ses trois enfants et celui de son mariage porte l'orthographe Emilie.

La patronne reconnue par elle et fêtée plus tard par ses filles en religion, est sainte Emmélie de Césarée, veuve de saint Bazile, qui prit le voile après la mort de son époux et éleva si bien ses enfants que quatre d’entre eux ont été honorés du culte de l'Eglise. Son patronage fut manifestement efficace sur sa protégée qui arriva comme elle à la vie religieuse en traversant l’état du mariage.

Le Ciel commença à la soumettre dès l’âge.

le plus tendre à cette série d'épreuves qui der

en ii

vait la disposer au détachement des meilleurs dons de la terre et à un eutier abandon à la Providence dont la main fut toujouts si visible dans tous les évènements de sa vie.

À six ans, elle était déjà orpheline.

Elle trouva par bonheur ane seconde mère dans sa tante maternelle, Madame Joseph Perrault, restée veuve avec quatre enfants dont l’une, Mme Cuvillier, avait Emmélie pour fiileule. Maîtresse d’une petite fortune, elle prit sa nièce au nombre de ses enfants et la traita comme telle.

L'’instruction des filles, à cette époque, n'était ni très étendue ni très compliquée. Elles pouvaient faire ce qui passait pour de bonnes études sans multiplier les années à l’école et au couvent. Cette instruction n’était peut-être pas conforme à toutes les exigences d’une éducation accomplie, mais elle était proportionnée aux besoins et au niveau moyen de la société : canadienne. Elle excluait surtout très sensément du programme des études et du régime des pensionnats toute superfluité prétentieuse et dispendieuse.

Page 1